20.07.2009

Véronique Sanson - Théâtre du Casino, Deauville - Samedi 11 Juillet 2009

J'en entends déjà certains s'écrier : "Encore ! Encore cette chanteuse... Mais, il l'a déjà vue plusieurs fois ! Il n'en a pas marre ?"
Non, je n'en ai pas marre, et je suis loin d'être rassasié... Après 5 concerts : Bordeaux, Montauban, Arcachon, Toulouse, Ivry-sur-Seine uniquement pour cette tournée, et après la déception de ce dernier, aller à Deauville me semblait une folie, 7 heures de route à l'aller, autant au retour, et pas les moyens d'aller à l'hôtel... Près de 15 heures de route, pendant le week-end le plus chargé de l'année, tout ça pour un spectacle que j'ai déjà vu 5 fois, et qui ne dure que 2 heures ! Faut-il être fou ?
Oui, sûrement... Mais, encore une fois : Sans regrets !

Non seulement Deauville, que je ne connaissais pas du tout, est une petite ville magnifique, ce qui m'a permis de faire bon nombre de belles photos. Ensuite, nous n'avons eu aucun embouteillage. La route à l'aller est passée très rapidement, entre plusieurs fous rires dont je ris encore... Le retour nous a semblé plus long, mais nous étions chargés de tant de souvenirs et d'émotions que le lever du Soleil nous a paru un moment poétique.
Et puis... le concert... Titanesque !

Je ne ferai pas plus de commentaire sur ce concert. Tout d'abord, parce qu'il est trop récent, trop frais dans ma tête pour que je sois capable d'écrire dessus. Ensuite, parce que même le plus détaillé de tous les comptes rendus ne serait pas assez complet, assez exhaustif pour relater tant de rires, de larmes et de plaisir d'être là... Le plus détaillé des comptes rendus ne saurait rendre une infime part du bonheur de vivre un tel concert. Pour mémoire, je vous renvoie à mon compte rendu du concert de Véronique Sanson à Bordeaux, le 27 Mars 2008. Enfin, peut-être que les moments échangés autour de Véronique à la sortie sont trop intimes ou, du moins, trop personnels pour être compris par les quelques lecteurs de ce blog, qui n'ont pas connu l'instant et qui ne prennent pas totalement conscience de la portée émotionnelle de ces quelques mots échangés...

Pour le souvenir, tout de même, j'ai réalisé plusieurs vidéos...

 

15.07.2009

Catherine Lara - "Au-delà des murs" - Palais des Sports, Paris - Mardi 23 Juin 2009

Ecoutez un extrait de "Behind the wall" :

podcast

affiche-audela.jpgDu haut de la terrasse du Panthéon, deux touristes se demandent s’ils ne vont pas être en retard. Il faut vite redescendre, prendre le métro ou marcher, passer à l’hôtel, manger, reprendre le métro, trouver la bonne station, entrer dans le Palais des Sports… Le Palais des Sports… Ce nom soulève en moi bon nombre d’images quasi-mythiques : « Véronique Sanson au Palais des Sports 1981 » est le titre d’un de mes albums préférés…

 

Petit attroupement devant la salle, nous entrons. A peine le seuil franchi, nous sommes surpris de recevoir en pleine face le parfum « Aral – Un des sens » dont la salle est emplie. La placeuse distribue des cartes sur lesquelles on peut sentir le parfum, mais l’atmosphère de la salle est pleine de cette senteur originale, terriblement féminine, capiteuse, forte et inédite. Plusieurs images se dessinent déjà dans ma tête : un bord de mer, des couleurs, une terre mouillée, des palettes de maquillage, une loge d’actrice dans un petit théâtre rempli de plumes, un marché d’épices… Le voyage a commencé ! Le pari de Catherine Lara, nous faire traverser le mur vers l’inconnu, aller au-delà des murs, prend forme, une forme inédite, jouant sur une corde rarement utilisée par le spectacle vivant : le sens olfactif. Aujourd’hui, sentir ce parfum me replonge dans l’ambiance de ce concert. Je ferme les yeux et je m’y retrouve…

 

Enivrés par cette odeur, les décors paraissent tourner autour de nous. La configuration de la salle est atypique. Les musiciens sont relégués à un angle de la scène, derrière un rideau. Ils feront partie du spectacle, mais à la marge. Passée la politesse insistante et indélicate de la placeuse qui réclame son pourboire avant de nous avoir laissé le temps de le sortir, nous retrouvons les amies laissées quelques jours plus tôt à Ivry-sur-Seine dans l’ambiance morose du dernier concert de Véronique Sanson. Tout le monde semble enchanté d’être là. Pendant que nous discutons, nous voyons passer Annie Cordy, visiblement ravie d’être là elle aussi. Quentin arrive, nous allons nous renseigner pour l’achat du parfum. Plusieurs autres stars feront leur apparition à cette soirée : Muriel Robin, Alice Dona, Lara Fabian, Mathilde Seigner, Sophie Davant, Alain Chamfort, Corinne Touzet… et d’autres dont le nom m’échappe encore ou que j’oublie. Tous les regards convergent vers le « rang des stars », quelques fauteuils derrière notre premier rang. Je profite de ces quelques minutes de flottement, où les photographes se concentrent sur le public et non sur la scène, pour photographier le décor initial.

 

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Un enfant arrive au premier rang, vêtu d’un gilet et d’une chemise. Il demande à un des spectateurs à notre droite de l’aider à monter sur scène. Le spectacle commence. Un vieil homme descend des gradins et monte aussi sur scène. Les lumières s’éteignent dans la salle. Ils traversent la scène. Le silence se fait doucement. Le parfum est toujours là, présent, imposant, puissant, envoûtant. Quelques phrases passent sur les tissus tendus. Une femme entre sur scène et débute un chant doux et lent au début, puis puissant et très émouvant vers la fin. Elle traverse la scène et vient se tenir devant nous, à quelques mètres seulement. Je suis saisi par une chair de poule, tous poils dressés, chair de poule qui ne me quittera que quelques heures après la fin du spectacle.

 

A peine le temps de demander à Quentin si cette chanson était sur le DVD, les premières notes d’introduction de « Tant que nous danserons ensemble » se faisaient déjà entendre et Catherine Lara était sur scène. Vêtue d’une ample chemise noire, violon à l’épaule, elle fait courir les notes rapides de ce morceau endiablé dans un Palais des Sports uni dans un seul éclat, dans une même ovation. Son enthousiasme, son bonheur d’être là, véritable bonheur au sens littéral du terme, m’ont tiré une sévère quantité de larmes, émotion incontrôlable. Rapide coup de fil à Paddy, « celui qui n’a pas pu être là », pour lui faire entendre quelques notes. En me retournant, je vois la salle, certes pas totalement pleine, mais terriblement enthousiaste. De nombreux danseurs entrent et décrivent des chorégraphies indescriptibles autour de la violoniste. Quel sourire ! Catherine Lara est rayonnante, sa tignasse blanche remue dans l’air imprégné de sa création, de son parfum. Mais, les surprises olfactives ne s’arrêteront pas pendant l’heure et demie que durera « Au-delà des murs », un nombre incalculable d’odeurs traverseront la salle, de la barbe à papa, au goudron mouillé, en passant par la pomme d’amour, la vanille, la mer… et tant de fragrances que je n’ai pas su reconnaître ou même isoler des autres. Je regrette la rapidité du spectacle, pour n’avoir pas permis de s’attarder sur ces très nombreuses et très délicates odeurs.

 

Catherine quitte le centre de la scène pour se placer sur le côté gauche. D’autres danseurs envahissent l’espace. Des tissus apparaissent et disparaissent, accrochant la lumière de nombreux projecteurs et des immenses vidéos. « Valse pour Lilah », mieux connue sous le nom d’« Intro-violon » lors de la tournée trio de Catherine. Je me revois chez moi, au piano, avec Quentin au violon, en train de déchiffrer ces quelques notes, si simples et si efficaces.

Petit moment de magie et première vidéo :

A partir de ce moment, tout ce mélange dans mes souvenirs : l’ordre des tableaux, des morceaux, les vidéos, les chorégraphies, les odeurs, les sourires de Catherine ou ses expressions concentrées. Parti, embarqué dans ce grand vent de poésie, je sens mon fauteuil décoller dans un tourbillon de danses, de musiques, de senteurs évanescentes, où les minutes fuient inexorablement vite, beaucoup trop vite…

 

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Une danseuse de flamenco s’invite au devant de la scène et nous exécute une danse empreinte de vigueur, de désespoir et de folie. Elle tourne, tape, tourne, tape, lance ses bras, tourne sa tête, tape, tourne, tape, tourne…

 

L’enfant entre sur scène, s’allonge sur le ventre et ouvre une boîte à musique d’où s’élève une petite lumière. Pendant ce temps, une boîte beaucoup plus grosse, que nous n’avions pas vue arriver, s’ouvre au centre de la scène et une danseuse vêtue de noir se met à tourner sur une petite musique, comme les danseuses des boîtes pour enfant. Elle prend les poses classiques des danseuses artificielles, de ces petits objets gracieux, symboles délicats et fragiles du corps de la femme. Ces poses se transforment petit à petit, pour devenir un exercice contorsionniste des plus raffinés, des plus périlleux, des plus époustouflants. Ces différentes positions sont accompagnées de cris d’admiration du public, applaudissant à chaque mouvement, de plus en plus subjugué. L’exercice nous laisse ébahis.

 

Les tableaux se succèdent, tous plus soignés, plus beaux, plus complets, plus fins… Les masques, symboles effrayants et amusants arrivent. Le masque de l’affiche allume des feux de vidéo sur les rideaux blancs au rythme de la musique d’« Exode ».

 

 

Le Diable est parmi nous ce soir, s’invitant dans la musique qui tient de Paganini, avec des arrangements modernes. Le violon est parfaitement maîtrisé, Catherine lance son archet, pince les cordes, vibre de sa petite main, transcende les partitions en encourageant la verve du public d’un mouvement de bras ou par de petits cris. L’effet est immédiat : le public, sûrement intimidé par la perfection des tableaux, n’attend que les instants de silence pour clamer des « mercis » et des « bravos ».

 

Les odeurs se brassent dans l’air lorsque deux hommes et une femme, métaphore du tiraillement intérieur d’un jeune homme entre l’amour d’une femme et l’amour d’un homme, entament une danse extraordinaire. L’homme vêtu de noir symbolise la tentation pour l’homme torse nu. La femme s’éloigne peu à peu, vaincue par l’attirance charnelle et irrépressible émise par l’homme en noir. Mais celui-ci arbore un sourire malin, diabolique. La danse des deux hommes sera celle d’un combat entre attirance et répulsion, combat entre amour et haine, entre rejet et main tendue, trahison et réconciliation… Catherine Lara joue, dans la demi-pénombre d’un coin de la scène le frissonnant « Behind the wall ». Pour la deuxième fois, des larmes incontrôlables m’étreignent, devant la beauté de cette danse, face à la musique. « Il nous faut maintenant aller voir derrière le mur… le gravir pierre à pierre… » Catherine dit un court poème. Les deux danseurs terminent leurs contorsions érotiques et émouvantes, tous deux vaincus par le poids de leur lutte, par celui de leur amour peut-être…

 

Christophe Willem, prévu en invité-surprise de la soirée arrive et interprète une belle chanson, très éloignée de son style. Les pieds nus, dans sa tenue noire habituelle, il a su s’adapter au spectacle et mettre sa voix légèrement nonchalante au service de cette entreprise collective. Il chante de profil, face à Catherine heureuse et fière de sa présence.

 

Un danseur se glisse entre les gouttes d’une pluie d’encre. Les gouttes tombent, au hasard, sans retour, et l’homme tente de les éviter, de naviguer entre les chutes de cette pluie mortelle, pour finir exténué.

 

Les tableaux s’enchaînent, traversés par l’enfant et le vieil homme, entrecoupés par la « Valse pour Lilah ». Je suis sûr d’en oublier un grand nombre, dont l’image reviendra peut-être, au détour d’un souvenir. Un texte d’Akhenaton me laisse très surpris, et un nouveau tableau commence avec une musique absente du disque, avec des vidéos de dessins d’enfants. Une odeur de fête foraine, de barbe à papa nous fait voyager. Un autre tableau sur le morceau « Gipsy soul » avec beaucoup de couleurs et une référence au masque symbolique. 

 

Le clin d’œil musical à Paganini est explicite dans la mélodie. Je déborde à la fin et ne peux m’empêcher de bouger sur mon fauteuil et de crier mon plaisir.

 

Le spectacle prend fin sur un tableau où presque tous les danseurs sont présents. Il me semble que tous morceaux du disque n’ont pas été joués, ce que je regrette un peu car cela aurait prolongé ce moment exceptionnel. Le public entier est debout. Muriel Robin a mis ses mains en porte-voix et crie des bravos. Catherine Lara dit quelques mots de remerciements, salue longuement, félicite tous les danseurs un par un, le chorégraphe, les artistes des lumières, des vidéos, des parfums, les musiciens, Christophe Willem, et revient après de nombreux saluts pour mentionner son producteur qui a su croire en l’idée folle d’un spectacle extrêmement coûteux et original, pour une unique représentation. Le fait que ce spectacle ne soit représenté qu’une seule fois me surprend beaucoup. Mais, peut-être n’en est-il que plus magique ! Il n’y en a eu qu’un, et j’y étais !

 

A la sortie, après un long moment, nous voyons une Catherine fatiguée mais terriblement joyeuse et énergique se faufiler entre les vigiles et les fans. Sylvie lance : « Merci Catherine pour ce moment de poésie », ce à quoi Catherine répond : « Ah voilà, c’est ça, de la poésie, c’est ce que je voulais ». Un beau moment de poésie qui n’aura laissé personne insensible, car « derrière le mur, on est à l’abri de rien » !

 

Pour une belle série de photos et pour prolonger votre découverte ou vos souvenirs, cliquez sur le site officiel : http://www.lalapassion.be/palaisdessports.html

27.11.2008

Diane Dufresne - Théâtre des Bouffes du Nord, Paris - Samedi 15 Novembre 2008

bilde5.jpgDiane Dufresne, c’est la première cassette audio écoutée dans mon enfance. « Top secret » sur les trajets en voiture, à en vriller les oreilles de mes parents, pourtant fans eux aussi. Et puis, Diane Dufresne, c’est la première chanteuse que j’ai vraiment aimée, bien avant Véronique Sanson, avant la musique classique. Diane Dufresne, c’est les réminiscences de mes premières amours musicales, amours toujours aussi vivaces plus de quinze ans plus tard. Diane Dufresne, c’est une tournée ratée en 2003 à Toulouse, car personne ne voulait m’accompagner et que je ne pouvais me déplacer seul à l’autre bout de la ville. Diane Dufresne, c’est aussi tout ce que j’en disais, dans les premiers articles de ce blog, une chanteuse délirante, capable de tout, tant vocalement que comme tragédienne, une vraie diva.

http://rocktambule.hautetfort.com/archive/2007/06/05/dian...

 

Diane Dufresne, tournée européenne 2008… Tournée très restreinte : 9 dates à Paris, dans un petit théâtre : les Bouffes du Nord, et quelques dates en province et en Suisse, mais rien à Bordeaux ou à Toulouse. Qu’à cela ne tienne. Je l’attends depuis bien trop longtemps, et Noël approchant, un week-end à Paris ne serait pas de refus. Les réservations partent très vite, je précipite mon choix sur un cinquième rang droite, il n’y a pas mieux !

 

Quelques mois plus tard : Paris, boulevard de la Chapelle, devant le théâtre des Bouffes du Nord. Ce lieu correspond exactement à l’idée que l’on se fait des petits théâtres parisiens : une brasserie à gauche, pleine à craquer de spectateurs, petit couloir sombre autour de la salle, beaucoup de gens devant, une hurleuse qui tente vainement de caser son journal gratuit sur les spectacles, et le métro qui passe, aérien, à quelques mètres, dans un fracas sonore.

En entrant, je suis frappé par l’originalité de la salle. C’est littéralement minuscule ! On dirait que le théâtre est en ruine, « destroy » dira Diane Dufresne. Il n’y a pas de scène ; rien que des fils qui dessinent l’emplacement où elle aurait pu être. Un piano noir Yamaha, aux beaux sons ronds et graves et aux aigus veloutés ; j’aime ces pianos, le piano de Véronique Sanson, le piano de mon ancienne prof, sur lequel j’ai beaucoup appris. Derrière la non-scène se trouve une autre salle, petite, étroite et vide, séparée de nous par une voûte, comme une caisse de résonance. Au fond, le mur est plat, rouge, déchiré, comme le mur d’un immeuble en travaux. Les colonnes qui supportent la voûte sont abîmées, certaines sculptures sont cassées. Le programme explique qu’en restaurant ce lieu, les propriétaires se sont rendus compte que le charme naissait de ce côté ruines, de cet aspect cassé, délabré… Ils ont donc rebâti le théâtre, en travaillant une dégradation volontaire. On se retrouve donc dans un théâtre qui sent le neuf, avec des bancs blancs et confortables, et dans un décor d’un autre temps. La coupole au dessus de nos têtes surplombe trois étages de balcons. Nous sommes au cinquième rang du parterre, légèrement sur la droite. Le plafond est très bas, mes cheveux le frôlent alors que je suis debout. La salle est en forme de corbeille très resserrée. De chaque côté de la scène, des portes donnent sur les coulisses.

 

Trois caméras fixent la scène, trois caméras pour un film qui sera diffusé sur une télévision québécoise, pour Diane Dufresne, pour la directrice du théâtre. Le caméraman nous confie que les moyens sont sommaires, et qu’ils filmeront aussi le lendemain. Les spectateurs passent autour des installations. Les rangs sont très serrés. Les lumières s’éteignent. Un jeune homme nous demande d’éteindre nos portables… Ca commence !

 

Le pianiste entre. Gérard Daguerre s’assied et lance une introduction pleine de circonvolutions, de glissendos brillants, d’accords de jazz. Le public est brûlant. « Depuis votre départ, aucune nouvelle de vous… » La voix de Diane Dufresne résonne sous la coupole du théâtre. Elle entre. Ses cheveux sont parsemés de fleurs et de nœuds. Elle porte une longue robe, avec traîne ; une veste qui dessine sa taille ; un petit miroir rond pend à sa ceinture. La sophistication de sa tenue demanderait de plus amples descriptions ! Mes yeux restent ronds, fixés. Je n’ose plus les fermer, Diane Dufresne est là… Plus de quinze ans qu’elle n’est qu’une photo glacée sur des pochettes d’albums, qu’une image rapide sur des DVD. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. Chanson si adaptée à une ouverture de spectacle. « Un show, une autre robe de star, que pour vous ! Les projecteurs servent d’accessoires… » Le dernier couplet est modifié pour coller mieux à la situation. Le dernier accord n’a pas encore sonné, que les applaudissements volent dans l’étroit espace qui nous sépare d’elle. Plusieurs « merci », un petit cri aigu auquel le public répond, réminiscence des hurlements lancés au début de ses shows des années 1980, comme un moyen de faire s’exprimer le public autrement que par de conventionnels applaudissement et les « ouééé » habituels. « Quel bonheur d’être avec vous ce soir, dans ce lieu mythique, différent, destroy un peu. Ce soir, je réalise un désir, un rêve, celui d’être avec vous, et de chanter avec lui. A lui seul, il est toutes les symphonies : Monsieur Gérard Daguerre. Avec vous, nous souhaitons Partager les anges ».

 

L’intro de cette chanson est jouée plus lentement que sur le disque. Les graves sont très profonds. « Un matin près des hommes… » La voix est là. Quelle voix ! Ca me frappe particulièrement ! Il est très clair qu’elle chante mieux que sur disque. Pas de hurlement, un vibrato parfait, toujours bien placé. « Traverser le désir… » Les notes aiguës sont nettes. Diane se renverse en arrière et place sa main sur son estomac quand elles résonnent. Elle a le don se traverser les octaves en une seule phrase. Je la revois chanter Verdi et Mahler en 1988 ; mais, alors, elle n’avait pas ces notes graves enrobant la phrase, qui vont chercher l’âme en elle, jusqu’au plus profond du ventre. Elle reste assez statique, au centre, plantée sous la coupole. Ses bras dessinent des arabesques dans l’air, ponctuant la douceur et la violence des paroles et des vibrations.

 

Sans transition, les chansons passent très vite. Les dessous chics. Interprétée très vite. « Les dessous chics, ce sont des contrats résiliés, qui comme des bas résillés, ont filé… » Avec le piano, cette chanson n’a pas la portée de l’orchestration de 1986, même si cette dernière est un peu démodée aujourd’hui. L’interprétation est plus parlée que chantée ; dommage, peut-être le seul bémol que je pose à ce concert. « Lorsqu’on est à bout, c’est tabou ». Gainsbourg en son exposition, à quelques rues de là, doit sentir les notes, sorties de ses doigts quelques décennies plus tôt, venir lui « transpercer le cœur »… La note finale, comme sur le disque, fend l’air, pure et juste. Magnifique.

 

« De nos jours, beaucoup de gens veulent être des stars, pas des créateurs, pas des artistes, mais des stars… » Partir pour la gloire. Diane rate le début, le pianiste fait tourner l’intro. Le public rit, elle aussi, on applaudit. Je regrette légèrement l’interprétation du disque. Celle de ce soir la reproduit, mais n’apporte rien de plus. L’accompagnement au piano est assez classique. Je remarque que le pianiste dispose de partitions, qu’il dépose au pied de son tabouret à la fin de chaque chanson. Je donnerais cher pour des photocopies de ces pages !

 

Après un verre d’eau derrière le piano, verre qu’elle trinque avec le public, Que. Cette chanson littéraire est soulignée par le rythme métronomique, presque mécanique du piano. « Qui es-tu pour lire dans mes pensées ? » Les « je t’aime » sont lancés, très fort. La chanson décolle avec le dernier refrain, Diane est amoureuse, elle vit sa chanson. Nous l’aimons aussi.

 

J’taime plus que j’taime. L’interprétation est très proche du disque. Le refrain est chanté comme un cercle tournant autour de lui-même, la mélodie tourbillonne. Je goûte les paroles, « J’t’aimais déjà sans t’avoir rencontré ». Je t’aime plus que l’expression, trop courante, trop banale, trop galvaudée du « je t’aime ». Le public lance des bravos, des cris, un public de fans ! Un spectateur du premier rang lance un bouton de rose qui tombe sur le bord de sa robe. Diane le ramasse et le garde dans sa main tout au long de la chanson. Elle le lancera au premier rang à la fin.

 

Le dernier aveu. Là encore, l’interprétation est proche du disque. Diane est penchée sur un être imaginaire. Elle semble le voir, elle le caresse, lui chante sa complainte. A la fin de la chanson, si triste, si désespérée, si chargée de regrets, elle pleure. « S’il est trop tard pour notre histoire, pour certains mots, il est trop tôt. Je te les dirai là-haut ». Cette chanson prend âme sur scène, elle n’avait sûrement pas sa place sur disque.

 

L’intro scandée de Noire sœur démarre, lente, sournoise… Diane s’accroupit sous le piano : « Je suis l’enfant qui s’imagine un monstre sous le lit ». La tragédienne se réveille. Chaque mot est mimé, chaque intonation prend corps : « tu es menace, corbeau, rapace ». On la sent terrorisée, entre l’admiration et la répulsion. Le refrain est très accéléré. Diane va s’asseoir sur une chaise et s’enroule dans un grand châle de tulle rose fushia. Elle s’en protège, comme l’enfant terrifié par le noir. J’aime particulièrement cette chanson, la plus belle du disque, interprétée et vivante sous nos yeux.

 

Assise, Diane entame Psy quoi encore. Elle reste dans le registre de la terreur, terrifiée cette fois par les monstres, les démons qui ne sont pas dans le noir tout autour d’elle, mais en elle. Bien plus effrayants ! « Et je vous entends, psy quoi encore ? Quoi encore ? Démaniacosez, osez, causez-moi ! Dépressionnez, sonnez, sauvez-moi… Je vous entends ! » La voix de la folie se fraye un chemin à travers les « Je vous entends ». Diane se lève et quitte la scène, entraînant derrière elle la longue traîne de sa robe, de son châle rose, et la chaise, posée sur le châle, qui s’enfuit de scène, suivant sa maîtresse, la folie qui déplace les objets, un monde de rêves incroyables… La première partie est terminée.

 

Le piano sert d’entracte. Le son de l’instrument est différent de la première partie. Il ressemble à celui des enregistrements de l’entre-deux-guerres. Le son hésitant des rythmes de musiques de bordels, des tavernes sur les ports, repères de tous les pirates et autres brigands de grand chemin, entre putes, alcools, rires sonores, bagarres et portes de saloon qui grincent. L’univers de Kurt Weill se déploie avec ce solo de piano. Un univers de vulgarité, de sexe rapide, de froufrous, d’ambitions démesurées et d’espoirs déçus, un univers instable où pourtant rien n’évolue, un univers violent, où les femmes sont des objets méprisés, où les marins sont sans vertu, l’univers des marins, de la mort facile, de l’insécurité, un univers plein de pirates, plein de rag time, d’insouciance et d’égoïsme, de bière et de whisky, de barbes non rasées et de cris gouailleurs. Et de musique, qui jamais ne s’arrête, même pendant l’abordage… L’intro se termine.

 

Diane entre sur scène par une la porte de droite, latérale à la scène. Sa robe est retroussée jusqu’en haut des cuisses. Comme on fait son lit on se couche. « Si quelqu’un doit gagner, ce sera moi ; si quelqu’un doit crever, ce sera toi ». Elle porte une veste rouge, à galons dorés et gros boutons. Elle porte de grosses chaussettes dans ses talons, un bas coloré et déchiré autour d’une seule cheville. Ses jambes sont fines et élancées pour une femme de son âge. Elle est belle en tenue de putain, de fille de rien. « Messieurs Dames, voilà ce que ma mère, un beau jour m’avait prédit… Tu finiras à la morgue, à l’asile ou sur l’échafaud… Oui, cause toujours, tout ça, c’est des mots, moi j’vous dis, vous n’aurez pas ma peau… Comment je finirai, je n’en sais rien… et vous n’en savez rien non plus M’sieurs Dames… On n’est pas des chiens ! » Les spectateurs rient… Pendant le refrain, elle mime des coups de reins, avec plaisir, avec lassitude, ses hanches marquent le rythme…

 

« Au rayon des amours à vendre, on m’a mise à 17 ans… » Le piano est plus brillant que sur le disque Kurt Weill, disque si atypique dans la carrière de Diane. Nana’s lied. La voix est parfaitement posée. Diane s’assied sur le bord du piano. Sa jupe remonte le long de ses cuisses, mais le nœud nonchalamment noué vient tomber sur le lieu défendu aux regards. Elle lance ses bras en l’air, l’air excédé de la Dufresne, arpentant la scène et venant flirter avec les premiers rangs.

 

Petite phrase en allemand lancée au pianiste… « On riait en buvant comme des perdus… Et sous l’parquet l’herbe poussait drue… » Bilbao song… Cette chanson n’est pas sur le disque. La musique est assez aride, mais l’interprétation lui donne tout son sens, pleine d’humour, caractéristique des chansons de Kurt Weill. « Fume ton cigare là-haut. » Elle apostrophe les balcons… La chanson se transforme est devient une complainte. Barbara song. « Mon cœur est si silencieux… » Une histoire d’amours déçues, de femme délaissée, abandonnée… « C’est là que j’ai rencontré Johnny… Le bonheur a duré quelques semaines… »

 

« J’étais jeune, 17 ans, une môme… » Surabaya Johnny. La musique passe au second plan. Elle hurle, elle pleure, elle l’insulte : « Ah ce que je te hais Johnny… Quand t’es là que tu ricanes Johnny… Tu retires cette pipe de ta grande gueule, ordure ! » Le pont et le refrain sont l’occasion pour chahuter les paroles, torturer la mélodie. Le dernier couplet est particulièrement réussi, porté par sa voix chaude, elle semble très triste au dernier refrain, refrain musicalement très accéléré. Elle semble ne pas dire Surabaya, mais Surabaye, ce qui fait perdre en sens, pour la colonie indonésienne. « Il t’fallait pas d’amour Johnny, il t’fallait du fric Johnny… » A la fin, elle appelle Johnny et sort de scène, croyant le reconnaître en coulisses.

 

Elle ressort par la porte latérale avec un lave-pont. Elle s’avance dans la salle, jusqu’aux premiers rangs, nettoyant le sol, chantant penchée en avant. La fiancée de pirate. « Me v’là en habits loqueteux au fond de cet hôtel miteux… » Le rire est sonore et l’interprétation comique, jusqu’au bombardement. Les lumières se font rouges ; au fond, sur le mur, un feu de lumières consume le théâtre. Le piano se fait inquiétant lorsque le bateau entre dans la ville… « Et le navire de haut bord, loin de la ville où tout sera mort n’emportera vers la vie… » Le rire de la folie résonne à la fin et Diane part en coulisse.

 

diane21.jpgUne sirène d’ambulance retentit… Le bruit d’un respirateur, qui décroît… Au bout du respirateur, la personne qui se meurt a besoin d’Oxygène. Nous allons assister à la version la plus originale de cette chanson jusqu’à ce jour. L’interprétation n’a plus grand-chose avoir avec celle du disque, vieux de quinze ans. Diane crie le refrain plus qu’elle ne le chante. Le son du respirateur continue tout au long de la chanson, la sirène s’invite au deuxième couplet. « Je respire et j’expire dans un mouvement machinal... » Diane s’assied sur la chaise, mime un essoufflement exagéré. Le public remue, certaines personnes aux premiers rangs sont debout et dansent ; nous tapons dans nos mains. Toujours assise, Diane imite la sirène et meurt sur la chaise.

 

Elle porte un immense châle noir, dont les plis et les volutes de tissu tournoient autour de sa silhouette. « A l’époque où nous vivons, le changement climatique, j’ai de plus en plus besoin d’oxygène… » Le piano fait virevolter les arpèges, dégringolant les octaves. « Peut-être même que dans quelque temps, l’été n’aura qu’un jour. » La voix se fait intense et poignante. « Sous tes yeux purs se cachent des milliers de papillons bleus… papillons… papillons… papillons… » Sorti d’on ne sait où, un discret accompagnement rythmique et guitare vient souligner les complaintes du refrain.

 

« Nous sommes là, sur cette toute petite planète bleue… Ne tuons pas la beauté du monde… » Hymne à la beauté du monde. Cette version est très raccourcie et accélérée. Je commence à ressentir une certaine angoisse. Il ne reste qu’une chanson ! La musique passe très vite. Des spectateurs descendent sur scène pour lui offrir des bouquets de fleurs, beaucoup de roses… Diane les prend tous, émue. Dans le public, entièrement debout, certains lancent des bravos ; l’excitation des spectateurs fait brutalement monter la température dans la petite salle, température qui devient rapidement insupportable. Diane Dufresne entre et sort plusieurs fois, par la porte de gauche cette fois. Le pianiste aussi se lève. Elle l’appelle pour saluer. Diane se laisse rappeler plusieurs fois. Elle se replace au centre de la scène. Elle nous parle de la vieillesse, et le fait qu’elle a 64 ans me revient en mémoire, j’ai eu tendance à l’oublier au regard de sa prestation. Elle nous parle de son bonheur de revenir à Paris chanter pour nous, « Y a pas de frontière dans la musique… » Elle présente l’équipe. Gérard Daguerre souligne chaque nom avec une petite série d’accords. Un baiser à Richard Langevin… « Il est le maître de toutes les couleurs de la musique, Monsieur Gérard Daguerre ! » Dans son euphorie, Diane remue les bras et en oublie de parler dans le micro. La salle est tellement petite que nous l’entendons quand même, sous les applaudissements. « Prenez soin de vous mes amours, je vous aime… » Elle nous explique qu’elle a besoin de nous, que nous sommes interdépendants.

 

« Y en a qui ont le cœur si large qu’on y entre sans frapper… » Les cœurs tendres, de Jacques Brel. Magnifique chanson, au texte riche, sur une mélodie rythmée par des accords plaqués. « Y en a qui ont le cœur trop tendre, moitié homme et moitié ange… » Le refrain est magique, souligné par cette voix magnifique, qui n’a pas faibli sur une seule note en près d’une heure et demie. « A plein de fleurs dans les yeux, les yeux à fleur de peur, de peur de manquer l'heure… qui conduit à… Paris. » Paris… Je suis heureux d’être là. Paris, qui a su rendre ce moment, ce concert, ce spectacle possible.

 

Près d’un quart d’heure de standing ovation et d’acclamations n’y feront rien. Diane entre et sort une dizaine de fois, sous les hourras d’une salle euphorique. Mais, elle ne chantera pas une note de plus. De nombreuses personnes continuent à applaudir, alors même que les lumières se sont rallumées dans la salle, que les rangs se vident et que le personnel nous prie de sortir. Une fois le silence retombé sous la coupole du théâtre, je reste assis plusieurs minutes, incapable de bouger, malgré la chaleur qui me presse vers la sortie. Une fois levé, je tente de prendre quelques photos de la salle, mais il n’y a pas assez de recul. Je tente un œil en coulisses, mais un membre du personnel me retient… Dommage…

 

Après une demi-heure d’attente, Diane sort par une porte latérale à la salle. Elle est rapidement prise d’assaut par les quelques fans restés là pour la voir. Elle signe très vite mon billet, ne s’attarde qu’à un bref regard et une main serrée. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je la regarde s’engouffrer dans son taxi, tout en prêtant mon stylo à un homme désespéré qui n’en a pas. Le feu est au rouge sur le boulevard. Diane nous regarde à travers la vitre, regard à la fois vide et légèrement triste. Elle descend la vitre et continue distribuer les autographes. Une fois mon CD Effusions dédicacé, la quinzaine de personnes présentes regarde le taxi s’enfoncer dans l’ombre des rues parisiennes, entrefilets où ira se perdre une diva pour se reposer en vue de son ultime spectacle, le lendemain. Je suis légèrement déconcerté par la froideur apparente dont Diane a fait preuve envers son public qui l’a attendu sur le trottoir ou dans les couloirs de la salle. Mais, à l’écoute d’une interview quelques jours plus tard, je comprends mieux son absence de « débordements emphatiques d’amour » : elle explique que, pour elle, le spectacle n’est pas encore fini lorsqu’elle sort de scène, qu’il reste vivant encore plusieurs heures après, qu’il n’est pas fini mais plutôt qu’il commence. Je pense à la chanson qu’elle a offerte face à la salle vidée des spectateurs quelques minutes après le spectacle, chanson dédiée aux disparus, à ceux qui n’ont pas pu être là. Je crois aussi que Diane est timide, et elle n’en est que plus touchante.

 

Ce spectacle, qui n’est pas qu’un concert, cette brève rencontre à la sortie, l’émotion de cette superbe voix, la beauté et le talent de Diane Dufresne la tragédienne de la variété québécoise… ce « moment » restera. Je l’ai beaucoup aimée sur disque, sur DVD ; je l’adore sur scène. « Il existe pourtant bien des frontières / Quand de vous à moi, de moi à vous / Ailleurs, n'importe où, entre ciel et terre / Restons étrangers presque au garde-à-vous / Nous sommes entre nous la clé du mystère / Intimement liés à ce rendez-vous / Vous souviendrez-vous de ces quelques heures ? / Qui seront pour moi plus qu'un rendez-vous… »

25.08.2008

Au milieu de nulle part : aventure paysanne autour d’un concert de Catherine Lara :

Catherine Lara en concert, cela a pour moi l’éclat du double souvenir de mes onze ans à Toulouse et de mes vingt et un ans au Haillan, dans la banlieue bordelaise, pleine du froid et de la buée blanche de l’hiver. Catherine Lara à Bergerac, l’été, le 24 Août, un Dimanche… pourquoi pas ? Je réussis avec des arguments sincères basés sur mes délices passées et avec, je l’avoue, quelques arguments fallacieux, à convaincre Pierre de m’accompagner à Bergerac, ville qui, finalement, ressemble à sa campagne originelle. Si toutes les campagnes se ressemblent, alors je reste chez moi. Pierre tente désespérément de me prouver, à moi : sale petit-con-urbain-bourgeois-prétentieux-suffisant, que la campagne aussi c’est « fun » ; alors que je tente désespérément de le persuader que Catherine Lara est une grande musicienne, au talent énergique et au dynamisme chevronné. Finalement, personne n’aura convaincu personne…

 

Après une route longue et verte, de ronds-points en village et de stations-service en nobles vignobles, notre voiture tourne sur l’avenue des Grands Ducs, qui, comme son nom ne le laisse pas présager, est un parking gris et long. Après la photo d’usage devant l’affiche du concert, double mini poster, le vigile et ses doigts précieux détachent (ou déchiquettent, on ne sait pas vraiment) nos petits billets. Devant nos yeux ahuris s’étale la vaste foire-exposition de Bergerac. L’événement de l’année. La démesure agricole. L’instant agraire. La ruralité saisie dans son apogée. A gauche, tracteurs, tractopelles, moissonneuses-batteuses et tout l'équipement du parfait paysan. Les couleurs sont franches, le rouge boucher, l’éternelle mode du dernier modèle, le dernier cri est là, à Bergerac, sous mon nez ! Et je me permets le luxe de râler ? Quelle honte !

A vrai dire, à cet instant précis, je ne râle pas. Je découvre les stands piscines-en-plastique-grillages-clôtures-et-matériel-de-jardin, et me trouve partagé entre l’effroi et l’éclat de rire. Une phrase qui ne quittera pas mes lèvres de la soirée commence à se former dans ma tête : « Mais, qu’est-ce qu’on fait là ? »

La « salle » se profile entre le stand du pâté de terroir et celui de danseuses vêtues d’un épais maquillage aux couleurs bigarrées. La « salle »… Un toit de tôle ondulée, posé sur quelques poteaux en fer. Au milieu, des chaises bleues en plastique alignées pour une quinzaine de rangs. Nous retrouvons Patrick et Christine, qui nous fait la très agréable surprise d’être là. Ils me semblent sortis d’un autre âge, comme retrouver dans un autre monde des gens d’une ancienne vie. Patrick nous raconte qu’il a gagné, en fournissant la réponse à une question très sélective sur Catherine Lara le premier prix d’un concours : un verre de punch. Visiblement égayés par nos retrouvailles, nous nous mettons en marche vers le stand restauration, bâche blanche tendue au-dessus de l’herbe, où Catherine Lara dîne (hahaha) avec ses musiciens, entre une 405 d’occasion en vente et des enfants qui hurlent. Deux tréteaux, une planche, quatre chaises bancales, nous voilà mâchonnant un repas ponctué par les SMS stressés (et stressants) de Quentin, qui nous informe que la salle est en train de se remplir. Je ne peux m’empêcher de rire tout seul en écrivant cela.

 

En entrant sous ce hangar (qui n’est pas un hangar à bestiaux, selon Pierre, car les animaux ont besoin d’espaces moins ventés et plus confortables), mon visage, marqué par la surprise, s’allonge encore plus : la salle est à moitié vide et le concert commence dans une dizaine de minutes. Quelques salutations, quelques repérages, et l’on comprend qu’il y a plus de monde derrière les barrières, sur les côtés du hangar, qu’assis sur les chaises. Les spectateurs bergeracois sont séparés des spectateurs venus d’ailleurs (beaucoup moins nombreux…) par un fil rouge et jaune de chantiers tendu au milieu des chaises. Les néons du hangar s’éteignent et le spectacle commence. Les musiciens n’entrent pas tout de suite, deux personnes, un homme et une femme entrent sur scène (je crains alors la première partie… mais non). Ils viennent nous présenter le concert, nous parler du concours aux deux foies qui aura lieu le lendemain, nous rappeler les délices des spectacles d’Arthur et des futures prestations de Lâam ou Dick Rivers… Les affligeants présentateurs dont on retiendra le fameux « ah oui quand même ! » de surprise exprimé par la dame endimanchée, après avoir retrouvé sa ligne sur sa fiche… Deux écrans géants encadrent la scène, pour les spectateurs qui, depuis le quinzième et dernier rang, n’auraient pas tout vu…

Je suis envahi par une grande tristesse. Catherine Lara est une grande artiste qui n’a rien à faire ici. Son public habituel n’est pas là, personne ne connaît ses chansons dans ce petit parterre éteint, à part quelques inconditionnels égrenés sur les trois premiers rangs. Les ruraux, éreintés par leur dure journée à la foire n’écoutent pas, n’entendent même pas. C’est un public difficile à capter. Ce que Catherine Lara tentera de faire, avec plus ou moins de succès.

 

L’intro au violon est, à mon avis, l’un des plus beaux morceaux du spectacle. Après avoir créé une ambiance douce et bleue, lumières et musiciens nous forcent à retenir notre respiration jusqu’à l’arrivée ondulante du violon, violon qui tient en son bout un petit bout de femme, aux doigts terriblement courts, qui courent et basculent de descentes chromatiques en accents sensuels. Des gouttelettes de magie nous parviennent ; je m’installe et sens vibrer mon ventre de la chaleur ronde des notes.

Un problème de son nous fait « friser le Larsen-Lupin »… Chez certains, un sourire se dessine à ce jeu de mots ; chez d’autres, un sourcil se lève… Les réglages sont longs et Catherine Lara doit meubler. Pas de répétition dans l’après-midi pour ajuster tout ce qui doit l’être sans le spectateur ? Il y a un moment étrange où tout peut basculer… Les chansons s’enchaînent, dans le même ordre qu’au Haillan. Mais, si en Décembre toutes les notes s’équilibraient jusqu’à former un ensemble parfait, des joyaux de notes pures aux éclats d’étincelles, ici rien ne s’élève, le piano est trop présent et pourtant on l’entend à peine, la voix de Catherine Lara est trop poussée au début, peut-être pour lancer un concert qui peine à démarrer, le cymbalum semble désaccordé dans les graves et surtout sonne terriblement faux avec le piano. A croire que le temps de deux saisons, cet instrument trois fois centenaire aurait perdu sa justesse ! Certaines chansons tombent à plat. Certaines tombent juste. L’irrésistible gradation, cette heure et demie sans temps morts en Décembre se transforme en alternance de vides et de pleins, tant ce concert a la capacité de laisser de marbre ou bien de mettre les larmes aux yeux. De belles réussites : Au milieu de nulle part, Aime-moi comme ton enfant, Nuit magique, Genoux écorchés… Des gâchis qui m’emplissent de tristesse : Johan, La vérité sort de la bouche du métro, Petit homme… Là où le public du Haillan avait chanté jusqu’à se sentir voler, le public de la foire se murait dans un silence timide aux premiers rangs ou hostiles dans les derniers. Les musiciens sont incapables de faire décoller un public qui n’ose pas. Le bizutage de Chopin par le pianiste reste un bon moment, mais n’a rien du brillant de l’hiver, morceau très raccourci et moins drôle. Le solo de cymbalum, moment d’extrême finesse en théorie, devient un passage lourd et difficile à supporter.

La voix de Catherine, qui a beaucoup donné au début, peine à la fin. Je ne retrouve pas non plus son énergie à couper le souffle, son étrange balancement, ses trépignements. Tout ça est là, bien sûr, mais avec une faible intensité. Peut-être que le concert du Haillan était trop fort, trop beau, trop magique pour être reproduit ou surpassé.

 

Il y a tout de même de beaux instants, des instants où la magie passe enfin, comme à travers un filtre qui aurait voulu nous cacher l’essentiel. Des beaux moments comme ce Nuit magique, où ma voisine de devant se retourne les joues baignées de larmes. Des beaux moments comme Aral ou Aral 2, avec la douce folie, le rythme du Diable, les accents lointains, les battements de mains et de cœur du public, uni enfin dans un même élan, un public qui chante, qui crie, qui s’anime, même les indécis des derniers rangs entrent dans la danse, dans le jeu. Cette communion, mes pieds qui veulent remuer, me porter au pied de cette scène pour chahuter ces spectateurs mornes et calmes, cet enthousiasme et surtout ce sourire de Catherine, qui lui déchire le visage, qui la transporte loin de cette foire. J’en oublie le lieu et les mésaventures de la soirée. Aral est un voyage, il nous soulève, nous fait planer loin, nous fait plonger, comme la ronde d’un oiseau assoiffé d’espace et de liberté. Aral, le chant de la peur et de l’angoisse, le chant de l’espoir, de la vie, de la force. Aral et les cris de Catherine, son archet qui vole, ses mains qui battent l’air, sa tignasse blanche qui se balance enfin. Aral et la scène qui s’enflamme. Aral qui se termine et la lenteur, qui revient. Aral sublime parenthèse…

La « mémoire du futur » de Je m’en souviens déjà me passera sous le nez sans que je m’en aperçoive. Seuls les rappels et les deux standings ovations, et le public qui afflue en masse au pied de la scène pour la Rockeuse de diamants, où nous chantons et vibrons debout permettront de finir ce concert avec mieux qu’un mauvais goût au fond des oreilles. Sur la fin, la voix de Catherine est fatiguée. Et cela se comprend bien à la lumière de ses efforts du début.

 

Nous sortons pour retrouver les stands de crêpes, frites, bières à l’arrière de la salle. Après quelques dizaines de minutes d’attente, Catherine sort du hangar, serre des mains, se plie au jeu des dédicaces et accepte plusieurs photos. Elle semble de mauvaise humeur, même si son contact transparaît au moment où Lalapassion lui montre un beau violon noir qu’elle vient d’acheter. Elle signe mon billet, salue quelques personnes et disparaît dans son taxi pour 600 km de route. Elle ne restera donc pas au concours des deux foies, d’oie et de canard du lendemain comme le prétendait le présentateur… Catherine en route vers… ailleurs !

 

Nous lui emboîtons le pas, après des au revoirs à Paddy et Christine, Quentin restant introuvable, avec la promesse de nous retrouver bientôt autour de Véronique Sanson à Arcachon dans moins d’un mois et demi.

 

Pour mémoire, mon compte rendu du concert du Haillan, le 14 Décembre 2007 :

 http://rocktambule.hautetfort.com/archive/2007/12/index.h...

14.07.2008

A la claire fontaine... Delirium très (très) mince

000_0042.jpgPréoccupés à distraire leurs lecteurs des vétilles estivales, entre les futurs légendaires concerts de Véronique Sanson le 26 Juillet à Montréal et de Diane Dufresne le 03 Août, les journalistes québécois n’ont rien trouvé de plus palpitant que de se lancer dans une grande enquête de fond, ce dernier mot étant choisi à dessein, pour analyser la profondeur, les abysses mêmes des constructions humaines, le côté obscur de la force, le fondement même de la vie, cet essentiel que l’on oublie si souvent dans les vaporeuses activités du quotidien : le « petit coin ».

Et la sérieuse équipe journalistique de se lancer dans une généreuse étude comparative des lieux d’aisance de la noble cité montréalaise. Quartier par quartier, la liste se veut exhaustive !
Pour ceux que cela intéresserait, je vous laisse apprécier par vous-même :
http://www.cyberpresse.ca/article/20080712/CPACTUEL/80711...

Les auteurs, qui ont donc uni leurs efforts pour nous proposer un compte rendu accompli, un homme et une femme, c’est la commodité de la parité, pour la gloire de la vérité et de l’objectivité, n’épargnent aucun des détails croustillants qui ont ponctué leurs visites attentives. N’oubliez pas le guide !
Nul doute que la carte de presse était l’instrument indispensable de ces introspections intimes. Nul doute non plus que les pigeons citadins furent sûrement surpris par ces locataires ambulants, déversant leur joyeuse encre pisseuse sur les vespasiennes à l’hygiène variable, à l’odeur  transitoire, lieux de tous les flux, transits des hommes et à l’intérieur des hommes.
« Ah! » me dit le noble vieillard en sortant de la vespasienne. « L'homme est comme un temple. Quand la colonne est brisée, il tombe, et les femmes n'y portent plus leurs dévotions » (RENARD, Journal, 1887).


Cette investigation par le trou, le trou d’une serrure qui ne ferme pas toujours sur ces portes mal isolées, révèle-t-elle une once de vérité sur l’homme ? Révèle-t-elle une part de la passion qui l’habite ? Si l’on en croit par le succès phénoménal que connaît le site www.aupetitcoin.ca, la source urinaire, encore insoupçonnée il y a quelques jours, n’est pas proche de se tarir. Tant qu’il y aura de l’urine… L’or, l’or blanc, l’or noir… L’or marron ? Qui aurait pu croire que l’or du XXI° siècle était en fait notre merde à tous !
Buvons ensemble à l’avènement de nos productions personnelles, et bénie soit la matière, pour les siècles et les siècles.


Rappelons d’urgence à la haute sagesse de Coluche ces journalistes en errance : « quand on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire ! »

14.06.2008

Suicide - Diane Dufresne

Un magnifique texte de Serge Gainsbourg... Pour la richesse de la langue... Et pour la voix de Diane Dufresne :  

J'me verrais bien m'taper de l'arsenic
J'entends mes râles émouvants
Je vois quelques sables mouvants
Se coller à mes cosmétiques

J'verrais assez ma tête au bout d'une pique
Mon joli petit cou sanglant
Ou me faire les cartes en trichant
Et me tirer l'as de pique

J'me verrais bien là-bas dans l'Antarctique
Me mettre autour de mon séant
Au beau milieu de l'océan
Une bouée marquée "Titanic"

J'me verrais bien mordu par un aspic
Ou encore par un chien errant
La proche pharmacie manquant
De sérum antirabique

J'me verrais bien sur un pain de plastic
Comme Larousse semé à tout vent
Mes quatre membres et moi crevant
De cette chirurgie esthétique

J'me verrais bien le crâne entre deux briques
Une à une crâcher mes dents
Exhaler en caillots de sang
Tout mon amour égocentrique

Je verrais bien ma guitare électrique
Me foudroyer en un instant
J'me vois aussi innocent
Assassiné par la critique

J'me vois lynché sur la place publique
Par mes admirateurs d'antan
Qui m'aiment encore, qui m'aiment tant
J'me vois hué par mon public

...

Texte: Serge Gainsbourg / Musique: Claude Engel

26.04.2008

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 3 : Sans regrets à Montauban :

137361945.JPG Elle nous salue, se laisse longuement applaudir avant d’attaquer Sans regrets. Version strictement identique à 2005, avec de longs « Aaaaaaah » magnifiques et très réussis. Cette chanson, comme Toi et moi, a un pouvoir, un pouvoir d’évocation, le pouvoir de nous plonger dans un univers lunaire, cette Lune qui nous appelle et qui veille sur cette petite salle, dans ce soir si particulier.

Encore une des versions inédites de 2008 : Sad Limousine. L’intro si atypique de cette chanson a disparu, je mets un certain temps à la reconnaître. Ca bouge pas mal, notamment le refrain et le pont. L’ensemble est bon, même si ce n’est pas ce soir ma chanson préférée. Peut-être aurait-elle dû arriver plus tôt dans le programme. Mais suivie par Marie, cela s’avère parfait. Marie, à l’intro si triste, si mélancolique. Cette chanson si étonnante, qui bouge énormément, et qui commence comme une des plus sombres. Véro appuie sur le « pas » de « j’te l’ai PAS volé, c’est ton homme »… La tension monte vite, les musiciens entendent bien faire du rock ! « Est-ce que tu l’aimes enco-ore ? » La batterie tombe et la page mélancolique est tournée, « Houn di di da… » Les onomatopées sont gutturales, elles arrachent les cordes vocales du public qui est uni dans un même élan de joie et de vie.

La petite bande du premier rang crie, hurle, exulte, s’excite… Alia Souza démarre. Le public, même les non fans, connaissent cette chanson. Véro la chante bien, elle tient bien les « Aaaah » du début. Je suis content de l’entendre aussi bien chantée. Elle se plante un peu dans les paroles, ce qui la fait rire et nous fait rire par ricochet. Les musiciens se lancent dans un pont aux accents de salsa. On se revoit à la Rochelle, il nous manquerait presque Fugain. Mais c’est bien aussi sans lui. On sait bien qu’elle va laisser nos cœurs tous vides là, à la fin du concert… La pression monte, les trois-quarts du concert sont déjà passés. Il faut absolument profiter des minutes qui restent. Les quelques secondes que Véro nous offre encore seront la fête à Sanson… Et nous n’avons pas encore utilisé notre arme magique ! Les pétales attendent sagement dans leurs poches. Le public se déchaîne, ça va vite, ça sourit de partout, ça crie, ça bouge, ça tape des pieds.

Indestructible est lancé par une batterie agressive. Les guitares électriques lui emboîtent le pas, pour ce rock puissant et bagarreur. Cette chanson compte parmi mes préférées. Elle est l’hymne des sansonniens, fragiles mais indestructibles, sensibles mais solides, comme Véro. Un passage du documentaire de Didier Varrod me revient en mémoire : « On est indestructibles, puisqu’on s’est déjà détruits… » La salle entière lance des poings levés sur les derniers refrains. Avant de conclure par le dernier « In-des-truc-ti-ble », Véro ménage une pause de quelques secondes. Paddy à côté de moi lance les premières notes. Véro se racle la gorge, les choristes se sont rapprochés d’elle. Le cri est lancé, plein de rage, des flammes dans les yeux. Nous l’aimons comme ça notre Véro : Indestructible. Avec un grand I.

Les guitares entament un rock enflammé. Rien que de l’eau. Cette chanson a un étrange pouvoir en concert, elle fait se décoller les fesses du spectateur du dernier rang, qui n’avait pas encore osé se lever. Je me retourne plusieurs fois, tout le monde, sans exception, est debout. Tout le monde tente de se masser autour de la scène. Nous sommes écrasés les uns sur les autres. Des gens montent sur les baffles sur le côté. Une secousse de délire nous traverse. Je tremble un peu, car les pétales ne vont pas tarder à sortir de leur poche. Il est prévu que Véro sorte de scène un petit moment, et revienne pour un dernier refrain. Nous nous tenons prêts pour cet instant. Les poches sont contre nous, contre la scène, nos mains sont plongées à l’intérieur. Les pétales, douces caresses veloutées, glissent entre nos doigts. Tout à coup, Véro entre sur scène. Elle revient. Je tremble. Je regarde mes amis. Nous attendons la seconde propice. Elle approche. Elle arrive devant nous. Un nouveau refrain commence. Un dernier coup d’œil de connivence entre nous. Nos bras se déplient. Véro est arrosée de pétales. Nos six bras sont parfaitement synchrones. La pluie de pétales monte relativement haut, et nous rejaillit dessus. La scène est inondée sur plusieurs mètres. Véro sourit. Elle marche dessus, et nous gratifie d’un pouce levé. Je suis tellement dans l’euphorie de l’instant que je ne fais pas trop attention aux réactions de la salle ou de la scène. Cet instant est magique, ça sent bon, et c’est si beau !

Véro fait venir tous ses musiciens près d’elle, devant le piano. Elle nous les présente, un à un, avec tant de mots gentils, tant de tendresse… L’équipe est là, ils s’aiment, ils forment un ensemble parfait, d’amour et d’amitié. Michael Hernandez est là aussi, et Véro entame un petit bout du refrain : « l’Amour est un voleur… » La petite formation quitte la scène.

Nous languissons un long moment, dans un tintamarre, un brouhaha de fans hystériques. Véro se fait désirer pour ce rappel. Elle est longue à revenir. Hervé Le Duc entre en scène discrètement, comme à son habitude. Ils vont nous jouer Quelques mots d’amour, comme en 1994, comme en 2000 ; comme à chaque fois qu’ils la jouent tous les deux, une des plus belles chansons de la variété française, par la plus grande des interprètes. Avec le temps des chansons en piano solo, revient aussi la voix de mon voisin de droite, trop content de montrer que, celle-là aussi, il la connaît. Mince, il les connaît toutes… J’avais décidé de chanter encore plus fort et plus faux que lui, bien dans son oreille. Mais, peut-être était-ce l’émotion, il fut relativement silencieux. La voix de Véro est délicieuse et déchirée.

Visiteur et voyageur. Nous avions eu la chance en 2005 d’entendre cette chanson à Toulouse. Véro voulait rendre hommage au Pape Jean-Paul II, décédé quelques jours plus tôt. Cet instant avait été très émouvant. Ce soir, Véro nous demande la tonalité. La salle lui crie des tonalités farfelues. Mais je sais bien qu’elle nous dit n’importe quoi, et qu’elle la sait bien sa tonalité ! La version piano solo de cette chanson est magnifique, surtout les accords de jazz à la fin, qui traduisent l’horloge qui « s’arrête pile à l’heure », comme le cœur de tout ce public, si triste de devoir se séparer bientôt. Véro se lève et crie « Merci » sans micro. Elle rayonne.

Une femme dans le public lance « Ma Révérence ». Quelle idiote ! Nous savons bien que c’est l’heure. Qu’il va falloir se quitter. Deux heures sont passées, tant d’émotions. Je suis épuisé, mais j’en reprendrais bien encore plusieurs heures. Une très belle Révérence ce soir, sans excès de douleur. Les talons de Véro battent le sol, notamment pendant le solo de piano, où elle assène à la scène des coups très violents.

Elle nous salue pendant plusieurs minutes. Des gens commencent à partir, car on sait bien qu’il n’y en aura pas d’autres. Pourtant, elle l’a eu fait… Mais pas ce soir, malheureusement. En quittant la scène, elle recule dangereusement sur un élément technique qui la fait vaciller. La salle s’exclame « attention » d’une seule voix, mais plus de peur que de mal, « ça, je le savais ».

La tension redescend d’un coup. En quelques secondes, ce sommet d’adrénaline et de plaisirs chute à un niveau vertigineusement bas. Il nous reste encore l’espoir de la croiser à la sortie. J’étais loin d’imaginer tant d’événements post-concert. Nathalie prend une photo de la salle avant de sortir. L’amie de Paddy lui saute dans les bras pour le remercier de l’avoir invitée ce soir, elle a tant aimé ce concert.

Pour être complet sur cette soirée, il faudrait aussi vous raconter les mots échangés avec mes amis à la sortie, les rencontres si sympathiques avec Michael Hernandez, si ouvert, si bavard, si gentil ; avec la jeune fille à la caméra, qui sera très agréable aussi, qui offrira son autocollant Véronique Sanson à Criket ; avec Rycko, que je rencontre pour la première fois, alors qu’il est l’ami de mes amies ; avec Iron, énorme chien de cent kilos et d’un mètre de haut ; avec Véro enfin, qui nous a offert de longues et trop courtes minutes, en sortant de sa loge et avant de monter en voiture. Véro habillée d’un blouson « d’un papillon à une étoile », avec modestement brodé devant un petit « Véro ». Véro, que je vois plus de dos que de face. Christian, qui se méfie de moi, « attention à son bras »… comme si j’allais lui faire du mal à ma Véro ! Personne ne lui veut autant de bien que nous. Véro veut rencontrer le chien et, douceur du danger aidant, lui trouve un air « si gentil », enfermé dans sa muselière. Un bon du chien, dû à des flashes d’appareils photo auront raison de la patience de Christian, qui pousse Véro dans la voiture. Le temps pour Nicolas de demander au vigile de prendre une photo, ce que ce dernier refuse, en suggérant lui de faire prendre la photo « par le Monsieur là », en l’occurrence, moi. Je prends donc la photo, très jolie, que vous connaissez. Je n’ose demander ni photo, ni bise. Criket l’embrasse. Véro monte en voiture. Criket se plante devant la fenêtre et lance des « Yes » très appuyés. Elle poursuivra même la voiture, en courant derrière sur le parking, avec ses désormais légendaires « Yes ».

Pour être encore complet, il faudrait raconter l’épisode champagne et boudoirs dans mon petit appartement, avec notre courte errance en voiture dans ce quartier de Bordeaux qui n’est vraiment pas le mien, avec Paddy assis sur un tabouret pour enfants, avec ma capitalisation active de toutes les photos et vidéos de la soirée, avec les verres dépareillés…

Pour être complet, il faudrait encore remercier Paddy pour les pétales, pour avoir engagé la conversation avec Michael Hernandez ; Michael Hernandez pour la magnifique dédicace qu’il a réussi à nous obtenir ; Véro pour les autographes sur le ticket, sur le programme ; Véro pour le spectacle, l’énergie, le partage, pour nous tous, pour nous avoir fait nous connaître, nous rencontrer et nous aimer.

Merci à mes amis, à Nathalie, à Laurence, à Martine, à Sylvie, à Patrick, à Christine pour la soirée. Merci les filles pour cette errance organisée le lendemain dans les rues de Bordeaux. Bordeaux, au temps si gris ce jour-là, avec sa bruine caractéristique des jours tristes, tristes d’être le 28 et non le 27… Ces rues où vous avez traîné des pieds, bouquiniste, boutique atypique pour collectionneurs de gadgets et de verres de bars, promenade nonchalante, croque-monsieur et lasagnes, moi qui avais pensé faire un périple énorme, pour TOUT vous montrer. Merci Nathalie de m’avoir offert ce repas ! Un dernier au revoir à l’hôtel, et je rentre… Seul ! Face à cet appartement vide, avec mes trésors sur le bureau : t-shirts, stylo, programme, post-it… Tout est là, cadavres d’une soirée enflammée, vestiges de souvenirs inoubliables, ruines souriantes d’un moment d’exception !

Je me connecte. Je regarde le site. Il y a une date, bientôt, à Montauban. Un rapide coup de fil aux filles. Elles y vont, bien sûr… Ni une ni deux, je saute dans la rue, jusqu’au Virgin : « Bonjour, je voudrais une place pour le 8 Mai, Véronique Sanson à Montauban ». Billet en poche, j’appelle Paddy, toujours sur son nuage, à écouter sa vidéo de « Ma Révérence ». Il nous fera savoir quelques jours plus tard qu’il viendra aussi.

A bientôt les amis ! A bientôt Véro…

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 2 : Monsieur Dupont à Bahia :

546897746.JPGQue ressent un individu placé sous hypnose ? Que perçoit-il de la réalité ? Dans quelle mesure est-il conscient des événements qui l’entourent ? Nous sommes tous un peu hypnotisés par Véronique. Elle est là à moins d’un mètre de nos bras tendus, on l’entend parler, même sans micro.

Les chansons se suivent, dans un ordre bien choisi.
Monsieur Dupont, Je suis la seule.

Je suis la seule, dont je ne garde pas de souvenir. Je n’arrive pas à atterrir sur cette chanson. Je regarde tellement Véro que même la musique n’a pas d’importance. Peut-être le mot fascination est-il plus exact que le mot hypnose. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas personne dans la salle que Véro et moi, ou plutôt, Véro et mes yeux. Véro au piano, Véro debout. Rien n’existe plus, mes voisins ont disparu, les musiciens aussi. C’est un état de pure hébétude, comme le sommeil, une sorte d’absence. Comme dans un concert classique où j’ai toujours tendance à tellement me focaliser sur le chef d’orchestre, j’ai besoin de faire un effort sur moi-même pour entendre le concert, le son, la musique, profiter du spectacle entier, et non que de l’image.

Véronique est contente de retourner à Bordeaux, surtout depuis que la ville est propre, « avant elle était toute noire ». Elle espère que nous allons partager la musique. « No problem » s’écrit une voix dans la salle. « Alors allons-y, je suis contente de vous voir. » Nous aussi !

« Dans la vie, c’est toujours pareil, pareil… » Ca fait tellement plaisir à entendre, je crois que nous nous levons.

Elle est une grande piégeuse… On rêve un coup sur Toi et moi. L’intro est un peu ratée, mais l’ambiance de la chanson est tellement magique qu’on décolle directement vers la Lune, dans une navette en forme de piano et conduite par une petite femme blonde chaussée de bottines noires à talons. Cette version ne ressemble ni au Zénith 1993, ni à la tournée d’été 2005. C’est un arrangement nouveau, assez intéressant.

Sans transition, Un peu d’air pur et hop ! La soirée est décidemment placée sous l’étoile du rock’n’roll, un rock tendre et bestial, comme on ferait l’amour. On tape dans nos mains, je tape du pied sur le sol, la rangée de fauteuils remue beaucoup, mes voisins sont tous aussi agités que moi. Cette chanson n’avait pas eu la carrière qu’elle méritait ; heureusement, elle est le centre de la tournée. C’est une des rares fois que l’on pourra l’entendre avec uniquement Véro (soit l’ancienne version 1988, soit le duo avec Clémentine Célarié, soit avec les 907 choristes). Véro nous fait signe de nous lever, ce que je fais au milieu de la chanson. Elle le voit, me fixe, me montre du doigt et lève son pouce en signe d’approbation. Yeah !

Entre les chansons, nous crions des « Bravos », des « Vérooo », « on t’aime Véro », et beaucoup de « ouééé »… le vocabulaire est assez limité. Vers la fin, des « Merci » viendront aussi.

Vancouver. La même version qu’en 2005, avec en plus, des petites originalités du nouveau choriste Medhi entre les « je danse ». Véro nous demande de chanter avec elle, elle nous écoute, elle nous veut. Je crie « on t’aime Véro » qui la fait sourire. Les lumières valsent sur scène. Chanson typiquement sansonnienne. Elle n’est pas ma préférée, mais un concert sans Vancouver est inimaginable. « … ils vous accueillent avec des rires et des bravos », la salle hurle, éh oui ! Mon voisin de droite crie « tu vas trouver » quand Véro chante qu’elle « cherche quelque chose ». Je ne trouve pas ça malin, mais ce monsieur tout au long du concert l’indélicatesse de chanter plus fort que Véro, de préférence avec une mesure d’avance, pour nous montrer qu’il a bien appris les paroles. Sans commentaire, je suis aussi sûrement un spectateur pénible.

Amoureuse, déchirée, en trio avec les choristes (ou en quatuor avec mon voisin de droite). Très belle version. La salle s’envole sur la montée chromatique qui ferme les couplets.
Véro nous remercie pour nos silences qui sont encore plus beaux que tout le reste.

Les musiciens reviennent sur Je me suis tellement manquée. La version ressemble encore à celle de 2005, même si les musiciens sont plus discrets. Véronique est encore déchirée, l’émotion est bien là. La tension est palpable sur chaque mot. La voix est impeccable. Un régal. Tout comme Seras-tu là ? Debout ou calée contre le piano. Toute la salle est au bord des larmes. Une grande version, comme en 1993. Le public est un peu anesthésié après cette chanson, il faudra quelques secondes à Véro pour pouvoir sortir de l’émotion et reprendre le concert, tout comme nous…

Elle nous dit quelques mots sur les dédicataires des chansons, sur leurs titres provisoires, sur Bernard’s song, sur une certaine chanson intitulée Diplodocus, mieux connue sous le nom de Donne-toi.

Les choses qu’on dit aux vieux amis. Cette chanson résonne particulièrement en moi, notamment car elle est peut-être ma chanson préférée de Véro, dans un contexte amical très tourmenté. Cette chanson est tellement bien écrite, tellement juste, tellement écrite pour moi, sur la situation actuelle avec celui que j’appelais mon meilleur ami ou mon frère. Ces démons, ces moments théâtraux, ces années brûlées…

Sans transition, les Tyrans… Cette chanson si atypique dans le répertoire sansonnien. Véro est au centre de la scène, bien en face du prompteur, pour la liste si longue de ces « rois imbéciles ». Elle a un peu de mal sur les paroles, mais dans une bonne humeur époustouflante, et puis, elle est à quelques centimètres de moi. Je suis tétanisé, les yeux grands ouverts. Elle demande à la salle de se lever. Un spectateur fait de la résistance au premier rang, elle le fixe pour qu’il se lève. Elle ne le lâchera pas tant qu’il ne sera pas levé et il l’a bien compris : il reste assis, un grand sourire aux lèvres. Cette petite affaire durera près de deux minutes, j’ai envie de me rasseoir.

Bien souvent je me retourne, regarder la salle derrière nous. Seul le premier rang est debout, je nous sens un peu isolé. Mais la chaleur vient de la scène…

Dans la même ville, dans une version que je ne comprends pas trop. On est très loin de la version studio, et à part sur le refrain, je ne saisis plus la mélodie de départ. Chanson très transformée. Etonnante, intéressante à voir en live. Cela mériterait d’être réécouté.

Le public lance des cris de rythme, des « yeah ». Criket est ancrée dans la musique. Elle hurle « bravo Véro ». Véro, qui est toujours si proche de nous…

Bahia, transformée, qui n’est plus une chanson de rappel. Une ballade douce et souriante. Elle nous demande de chanter avec elle. No problem ! La version ressemble à celle chantée par Alain Chamfort à la Rochelle en 1994, mais chantée cette fois-ci par une vraie voix, celle de Véro, et celle du public enthousiaste. « Encore ! Et je t’aime, oh ! Caresse-moi… » Violent, félin, érotique… Le Casino virevolte de douces délices.

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 1 : Monsieur Dupont au Casino :

1616363213.JPGJe savais Véro capable de beaucoup de choses. Je savais que Véro m’étonne à chaque fois. Je savais que je ne serai pas déçu. Je savais que la revoir après tant d’années me bouleverserait au plus au point. Je savais qu’elle allait mettre le feu au Casino, faire tout sauter, dépasser les records, tout démolir avec son énergie débordante, avec cette folie qu’elle nous donne et que nous lui donnons, et qui rend ces moments beaux, si beaux. Je savais que Véro serait Véro, que c’est déjà beaucoup. Mais je ne savais pas à quel point j’allais être surpris par ce concert-là, par ce soir-là, par cet instant de deux heures qui est plus qu’un concert, plus qu’un show, plus qu’un spectacle, plus qu’un moment de vie et de partage. Ce ne sont pas des chansons que Véro a chanté ce Jeudi 27 Mars 2008, ce Jeudi que j’attendais depuis si longtemps, depuis les chaleurs de Juillet, jour où j’ai réservé ma place, depuis les chaleurs de Carcassonne en Juillet 2005, jour où je l’ai vue pour la dernière fois… Véro, ma Véro, notre Véro… Rien qu’évoquer votre nom, vous imaginer entrant sur scène fait surgir l’émotion. Véro, pouvez-vous savoir comment et à quel point j’ai pu attendre ce jour, cette soirée-là, qui nous a vus tous réunis, nous, petit peuple de fous, de fans, petit peuple de chaleur, petite famille et grands amis ? Ce Jeudi, je pensais avoir du plaisir à vous voir. Je m’étais bien trompé. Ce n’était pas du plaisir, c’était du bonheur.

Si ce texte est très lyrique, très emphatique, pardonnez-moi. Mais, sachez que tous les mots ont été pesés, et aucun ne dépasse le sentiment ressenti.

En commençant ce compte-rendu, je me rends compte de l’immensité de la tâche. Je voudrais tant raconter seconde par seconde, mot par mot, regards par regards tout ce qui s’est dit, fait, chanté, dansé… Chaque seconde, chaque mot et chaque regard sont pleins de tant de sensations, de tant de frissons, de joies mêlées, de confusions de sentiments, de larmes souriantes et de sourires humides… Il n’est pas possible de tout dire. Et tant mieux ! Le plus beau, c’est ce qui restera au fond de nous, dans nos cœurs, à jamais. J’avais écrit les comptes-rendus de Toulouse et de Carcassonne avec des objectifs d’exhaustivité, mais, des années après, je réalise que je n’ai rien oublié, que tout est là, que ces souvenirs ne sont pas prêts de s’évanouir… L’objectif de ce texte sera alors d’évoquer ce qu’a été cette soirée, plus poétique que factuel, plus tendre et plus proche de la réalité qu’un récit journalistique, malgré mon désir de complétude.

La folle parenthèse commence Jeudi 27 Mars 2008, aux alentours de 17h, pour se terminer environ 24 heures plus tard.

Drôle d’idée, le Jeudi, jour où normalement je n’ai pas cours, notre bien-aimé professeur de droit administratif a décidé de rattraper un cours Jeudi 27 Mars de 17h à 18h30… Tellement excité par la soirée en perspective, j’en oublie l’heure du cours et arrive plus de 20 minutes en retard. Vers 18h35, le prof estimant que nous n’étions pas pressés, décide de prolonger le cours jusqu’à 19h pour pouvoir terminer son programme… Je quitte la salle en claquant la porte, personne n’aura compris…

J’arrive à Bordeaux, devant le Flunch. Nathalie, Martine, Laurence et Sylvie sont là. Je suis ému de les retrouver, cela faisait si longtemps. Je n’arrive pas trop à parler, les mots ne sortent pas et il me suffit de penser à Véro pour avoir le souffle coupé. Nous mangeons dans la bonne humeur et dans une excitation redoublée d’être tous ensemble face à ce moment qui approche… Paddy et son amie ne peuvent pas nous rejoindre et nous attendent à la salle.
En route vers le Casino, mon estomac se noue de plus en plus. Je me sens ridicule d’avoir autant le trac ; ce n’est pas moi qui serait sur scène !
On arrive, Paddy est là. Nous prenons les sacs pleins de pétales de roses, magnifique idée de Paddy pour faire la fête à Véro. Impossible de me retenir d’acheter le programme. Tout noir, il est simple et la plupart des photos sont déjà connues. Nous montons dans la salle, c’est là !

A8… Je suis loin d’eux… Je négocie un déplacement de toute la rangée, et très gentiment, ces personnes acceptent. La moitié du petit peuple de Sansondamour est là, 1er rang à gauche. La Noiraude est là. Les instruments aussi. La fumée aussi. Nous avons froid, Paddy a mal à la tête. Il me fait jurer de ne pas penser à « l’après », quand Véro sera partie, quand le concert sera fini et qu’il n’y aura plus rien à espérer…

Mickael Hernandez arrive, après quelques mots de Véro en voix-off. Paddy a encore froid, la salle est gelée. Mickael chante, joue du piano. Il joue bien, il chante bien. Je regrette, mais je suis incapable d’écouter. J’applaudis vaguement, je suis là sans être là. Je le regrette d’autant plus que Mickael sera à la sortie et se révèlera être un des anges de la soirée. Il chante 6 ou 7 chansons, je ne sais plus, dont « Vue sur la mer » qu’il a écrite pour Véro en 2004. Tout cela est bien agréable, mais ça manque de Véro. Rien ne peut avoir d’importance quand Véro est sur le point d’arriver. Une jeune fille filme tour à tour le piano et le pianiste, et la salle.

La tension monte. Mickael s’en va et nous remercie. Nous mettons rapidement au point une stratégie pour le lancer de pétales. Ceux-ci nous attendent sagement sous nos fauteuils. Tout est en ordre. Nous attendons.

Les musiciens entrent discrètement. L’introduction mélancolique de « Monsieur Dupont » commence. Ils sont tous là : Basile, Eric, Medhi, Hervé Le Duc… à leur place. L’écran de l’ordinateur (Mac) d’Hervé Le Duc était en veille jusqu’à présent, un écran violet et vert, des vagues de couleurs, comme les écumes de notes qu’il va nous offrir lui aussi dans quelques secondes.

Je guette l’entrée de Véro. Plus rien n’existe à ce moment-là. Je n’entends plus la musique. Je ne vois plus mes voisins du public, la scène et les musiciens. Il n’y a rien qu’un rideau qui se soulève, la main d’un technicien qui prend doucement un pan de tissu noir dans sa main, la tire vers lui, une main, un micro, une attelle étoilée, une jambe moulée de cuir avec des étoiles en strass sur le tibia, une cravate noire à poix blancs, un large sourire, des cheveux blonds, un regard pétillant, des grands yeux, … Véro… Véro est là. Je n’y crois pas, je n’y crois plus, depuis si longtemps que je l’attends… Véro arrive, elle marche sur scène, elle vient juste devant nous… Elle est là, à moins d’un mètre. Nous sommes tous debout. Le concert prend résolument des accents rock dès les premières notes.
Je n’avais pas voulu lire la liste des chansons sur les comptes-rendus des concerts précédents. J’ai toujours beaucoup de mal à contenir mon impatience, mais je tenais absolument à la surprise. A part quelques chansons, je ne savais rien… Je ne serai pas déçu ce soir ! Les meilleures, les plus rock, les plus vibrantes sont là. La voix de Véro est là, elle aussi, elle que je redoutais tant, elle pour laquelle j’avais fait toutes les suppositions négatives voire malhonnêtes suggérées par mon esprit malade. Tout le monde est en place, tout le monde est là, tout le monde est en forme. On se rassied, on va pouvoir commencer.

21.02.2008

Liszt / Scriabine / Strauss – Lazarev / Ghindin au PDS le 08/02/2008 :

832114458.jpg Deux musiciens célèbres, le premier à la direction, le second au piano, que je ne connaissais pas. Le programme seul avait décidé mon choix, ce concert étant le seul de la saison proposant du Liszt. Echaudés par notre expérience précédente, nous étions là et assis bien en avance. L’orchestre entre, il y a deux petites orgues au fond à gauche (pour Strauss), et deux harpes, instruments que nous n’avons pas l’habitude de voir.

Liszt : Prométhée, poème symphonique : En un mot, ce court morceau de 13 minutes est « efficace », le mot est de Julien. Ce petit bijou mélodique, romantique, torturé, nostalgique… fait peur, fait trembler, transporte dans des élans de rythme et des cascades de notes. C’est magique, c’est Liszt, ça marche à tous les coups. Le chef Lazarev est un personnage excentrique, un show-man extravagant. Il bouge dans tous les sens, dans sa chemise de satin noir, ses lunettes et son brushing bien accroché. Le spectacle pourrait n’être que sa gestuelle.

Scriabine : Prométhée, poème du feu : Le long piano noir s’avance sur scène. Le pianiste entre, dans la tenue rituelle, queue-de-pie, nœud papillon, mine fermée et sérieuse du pianiste classique. On est loin, très loin de l’exubérance des sœurs Labèque. On est loin de l’enthousiasme du chef d’orchestre. On est loin d’être en face d’un bon pianiste. Ghindin est inaudible, nous n’entendons presque rien, même dans les moments où le bonhomme remue son embonpoint pour faire sonner le piano. La musique ne sort pas. Les 20 minutes sont longues et le chef n’arrive pas à relever le niveau.
Le pianiste se fend d’un rappel, rappel qui ne pouvait pas plus mal lui seoir : Etude opus 25 n°24 de Chopin, dite « l’Océan ». Ghindin est brutal, trop rapide et… faux… Sans regrets !

Strauss : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique : Après une introduction très célèbre, les 34 minutes du feu symphonique se déroulent sans grand événement majeur. Le chef est toujours égal à lui-même, grandiose et grandiloquent. Très intéressante version. Les solos d’orgues et de harpes sont de douces délices de préciosité et de pureté.

Un concert inégal du fait des musiciens, mais qui donne le sourire, de l’énergie. Un plaisir !

13.02.2008

Caféine-moi

J’avance vers toi, je te regarde.
L’œil clignotant scrute l’air fade.
Je n’ai pas de honte à me mettre face à toi,
Pour commencer mes caresses, du bout des doigts.

C’est combien ?
Je fouille dans ma poche, et pourtant…
Je suis un habitué, mais c’est mon rituel pour te séduire.
Et j’ai besoin de ça pour jouir.

Je glisse ma pièce en toi,
Un indice, tu frémis déjà…
Ma main effleure et déflore ton corps pendant cette rencontre furtive.

Voulez-vous café avec moi, ce soir ?
Je te porte jusqu'à ma bouche, je frémis quand on se touche.
Je laisse errer mon nez dans tes parfums suaves.
Tu es l'homme, le mâle, l'excellence...
La première goutte touche ma lèvre,
Tu m'as enfin pénétré,
Je suis ému et possédé.

La gorgée emplit ma bouche et je la fais rouler pour te garder entre mes dents.
T'aspirer, te laisser couler, avaler, aspirer, lécher, sucer,
Ou, quand tu es refroidi, te deviner sous de la crème glacée...

Au fond de ma tasse, ce diamant noir,
Liquide viril et créature chaude,
Sa chaleur me brûle de l’intérieur.
Palais d’or et de feu,
Son palais, mon palais, palais du roi café.

Il danse en moi,
Il danse avec ma langue enfiévrée de son goût, de ses charmes…
S’il vous faut opium, héroïne, morphine, aspirine…
Donnez-moi ma caféine.
Sans chercher bien à mal, voulez-vous boire un café ?
Parler de mon cas – fais-moi te désirer…

Désire mon désir,
Café mon amour, ma chaleur incertaine.
Dans ta tasse de porcelaine,
Tu défies l’âme humaine.
Tu portes en toi la chaîne où il faudra bien m’accrocher,
M’arrimer, atterrir sur la mer de café.

Tu parles encore en moi par l'odeur de ma bouche,
Que tu donnes à mes mots, haleine de l'amour.
Diamant noir qui brûle le palais.
Mes yeux qui pétillent ; ça sera après t'avoir fait l'amour, mon amour caféine...

25.01.2008

La télévision mélange tout

Une publicité pour un DVD de témoignages sur les camps de concentration nazis immédiatement suivie d’une publicité pour le Club Med : vu à la télévision. Une incarnation caricaturale de la féminité censée être à la mode, c’est-à-dire une blonde immense pourvue de seins immenses, moulée dans un uniforme de la Croix-Rouge : vu à la télévision. On appelle ça de l’humour. L’humour qui recouvre tout. L’humour qui associe détestablement le glamour et l’humanitaire. La Croix-Rouge qui intervient dans des situations d’urgence vitale, de tragédie humaine, est représentée par cette blonde certes sculpturale et sympathique, mais qui prodigue des gestes de premiers secours, comme autant de renvois évidents à d’autres gestes pas moins secourables.

Efficacité, efficacité chérie. On marque les esprits comme autrefois le bétail, ou les prisonniers des camps. Un signe identifiable et identifiant. L’important est d’inscrire son slogan, sa marque ; peu importe la marque, peu importe le slogan.

La télévision mélange tout ; aussi tout y ressemble à tout, et cette indifférenciation produit un effet d’éternelle récurrence. Les promos font passer les invités avec leur livre/film/disque d’une émission à l’autre, comme par vagues successives, en alternance. Ils font leur tour, ils investissent l’écran, l’envahissent aussi soudainement qu’ils en disparaissent. Ils reviendront. Ou pas. En attendant, un autre prend leur place. Il se soumet partout aux mêmes questions, au point qu’on devance bientôt les réponses. Il est docile à l’extrême, aussi depuis quelques années s’est développé un sadisme soft chez les animateurs qui le reçoivent. Participer à des émissions pour y vendre quelque chose exige en contrepartie quelques sacrifices du côté de l’honneur, ou de la simple dignité. Il existe, en plus, un semblant de hiérarchie dans la condition qui est faite à l’invité.
Les plus punis, évidemment, sont ceux qui ont le plus besoin d’audience. Ceux qui n’ont que leur statut de célébrité à proposer, ces déclassés de toute sorte qui n’aspirent qu’à revenir au premier plan. Un noir androgyne et maquillé, connu pour ses talons aiguilles déposés dans la boue d’une ferme et son costume de lapin rose de chercheur d’œufs en chocolat : vu à la télévision. Chez Fogiel, ceux frappés de ringardise subissent une peine rédemptrice qui consiste à accepter le discours injurieux de cet arrogant inculte et méprisant, à l’issu duquel il faut avouer sa ringardise et l’assumer publiquement. Une prestation réussie ouvre droit à une reconnaissance médiatique, pas forcément artistique, peu glorieuse mais effective, sous la forme d’un nouvel /livre/film/disque, qu’il faudra retourner vendre chez Fogiel, où il faudra supporter à nouveau les mêmes épreuves. Fatigue !

La télévision mélange tout. Souvenons-nous… Ces 100 plus grands Français de tous les temps, émission ambitieuse qui mélangeait les plus grands hommes politiques, les artistes et assimilés, les sportifs et intellectuels, les grands d’hier et de toujours et ceux du moment… Certains ont laissé des œuvres magistrales à la postérité, d’autres sont passés chez Drucker, un dimanche après-midi, sorte de coin du feu, où les ministres viennent causer léger avec quelques figures populaires, pour fournir la preuve qu’ils sont humains.

La télévision mélange tout. Elle va même jusqu’à défier les tabous les plus fondamentaux de l’humanité, comme la séparation entre les vivants et les morts. Une série de duos impossibles, il y a quelques années, où la technique de l’image et du son permettait de faire chanter les vedettes regrettées et les vedettes imposées, selon un processus méthodique de recyclage des défunts. Jacques Brel et Hélène Ségara faisant scène commune, ce qui établit de fait, une forme d’autopromotion inespérée pour la sous-star élevée jusqu’à lui, et surtout malgré lui. Les morts qui ont laissé une empreinte de leur image voient cette image leur échapper. Cette greffe monstrueuse dit toute la fadeur de cette époque qui se régénère dans l’ancien. Si seulement, par contact, ces figures mortes pouvaient donner un peu de charisme aux personnalités de synthèse que forme la gamme limitée de la télévision d’aujourd’hui.

La télévision mélange tout. Elle va même jusqu’à défier les tabous les plus fondamentaux de l’humanité, comme la mort. Le choix de Jean nous impose au regard la volonté d’un homme de se donner la mort en public. Se donner la mort devant la caméra. Dernier sursaut d’exhibitionnisme. Dernière volonté de célébrité ? Quel intérêt de voir cet homme mourir en plans-séquences minutés ? Quel plaisir à regarder ces images ? Quel intérêt aussi pour Jean de mourir pour être vu, ou d’être vu pour mourir ? Se rend-on compte que cet homme est en train de vivre, oui vivre, le passage vers la mort ! Qui peut admettre un tel silence, le silence de la chambre d’un mort, empli par les pleurs d’une sœur, et le ronronnement d’une caméra qui tourne ! Qui peut admettre que le réalisateur lance le rituel Coupez, coupez oui, il est bien mort. On peut la refaire ? On nous dit que Jean fait preuve de courage, pour quitter ce monde avec dignité. Où est la dignité ? Qui a tenu un jour la main d’un ami, d’un proche, pour l’accompagner dans ce terrifiant instant, dans cet instant si grave, peut-il penser filmer cela ? Peut-il vouloir partager ce qu’il y est de plus intime ? Où est la pudeur ? Oui, la mort est spectaculaire, donc tout doit être filmé ? J’ai honte…

Cette télévision qui mélange tout, que va-t-elle inventer demain ? J’ai beau creuser mon esprit, je ne trouve pas de nouvel étage à cette échelle du pire. Vous me trouverez sûrement trop candide, mais j’ai la naïveté stupéfaite de quelqu’un qui ne comprend pas que le service public décide de ne pas diffuser de film pornographique, mais choisit de diffuser, à une heure de moyenne écoute, un documentaire d’un tel genre.

Ma télévision ne mélange décidemment pas grand-chose. Elle reste souvent close, malheureusement. Mais la télévision n’est jamais vraiment éteinte, et les émissions que nous choisissons de ne pas voir s’imposent à nous, par ses amis qui, choqués et interdits, nous font un compte-rendu détaillé de leurs émois de la veille. Tu ne sais pas ce que j’ai vu ? C’était vraiment horrible…

Alors, bien sûr, il y a la demande, il y a le public. Mais croyez-vous réellement que c’est la demande qui fait la qualité des émissions ? Je suis persuadé du contraire. L’offre crée sa propre demande, ici aussi.

Stephen Kovacevic - Récital au Grand Théâtre le 21 Janvier 2008

3e6a5e5592fa0c0d1fecce5b6684aaf2.jpgStephen Kovacevic… Un nom bien connu, en tant que partenaire de Martha Argerich. Mais je le crains, l’association s’arrête là. Le vieil homme n’a rien de ce qui me rend amoureux de la lionne-pianiste, du dynamisme, de la puissance titanesque de l’argentine.

Bach : Partita n°4 : Prévisible, long, ennuyeux. Je ne m’étendrai pas plus sur ma détestation de Bach, mais Kovacevic n’aura pas réussi, ce soir, à me faire changer d’avis. On assiste là à un étalage de technique, de mécanique digitale, ô la belle souplesse, ô le beau rythme, ô la belle gamme… Où la belle émotion ? Où la passion ? Où la déraisonnable flamme qui fait vibrer les murs du Grand Théâtre ?

Schumann : Scènes pour enfants : Doux souvenirs. Heureusement que mes souvenirs sont là, eux. Mes souvenirs de Martha donnant vie à ces instants de l’enfance, avec la naïveté de l’enfant fougueux. Mes souvenirs de moi-même devant ces partitions. Kovacevic passe trop souvent à côté du ton. Il joue ces partitions comme un morceau classique, alors que ce ne sont que des pépites de joie, la joie brûlante d’être en vie, d’avoir la vie devant soi, d’avoir tout à découvrir encore.
Certains passages sont réussis, mais de façon éparse.

Beethoven : 33 variations sur un thème de Diabelli : La pièce forte du concert. Le thème est attaqué avec conviction, les variations animées sont animées, les variations lentes sont ennuyeuses. Le pianiste n’habite jamais sa partition ni son piano. Sa valeur ajoutée est nulle. Sa quête artistique me semble être justement de ne rien faire paraître au piano de sa sensibilité ; la difficulté est de ne rien ressentir. C’est contraire à l’idée que je me fais de l’art. Que j’aime les pianistes qui surjouent, ces pianistes de l’excès !
Beethoven, qui est le premier à avoir inventé la passion, la fameuse flamme, est réduit par Kovacevic à l’état de musique insipide, soupe unicolore incapable de réveiller les foules. De la musique de poseur !

Pas de rappel. Raison : un marmonnement incompréhensible, dans une langue indéterminée. Inadmissible : les rappels font partie du spectacle ! Peut-être le dernier morceau était-il trop long (une heure), et Monsieur Kovacevic était-il fatigué ? Finalement, nous l’étions aussi, et il en est bien ainsi.

Mon spectacle aura été la salle. La salle petite et riche, ouvragée et habitée (elle) d’une étrange harmonie et de tant d’Histoire. Mon spectacle aura aussi été Julien, qui piquait du nez (je ne trouve pas de meilleure expression, tant ses mouvements désespérés de lutte contre l’inéluctable endormissement, conduisait son nez à frôler dangereusement la perruque de notre voisine de devant).
Un spectacle au bilan mitigé ; une très belle soirée, mais cela n’a rien de musical.

Francesco-Tristano Schlimé - Récital au Grand Théâtre le 22 Décembre 2007

b14d79e56f055ad539763ae89b677318.jpgPianiste inconnu de ma discographie, de mes références musicales, de mes lectures et des noms récurrents d’interprètes connus.
Programme mitigé : les préludes de Debussy ne comptent pas parmi mes œuvres préférés du compositeur, et ce compositeur ne compte pas non plus parmi mes préférés ; des compositions originales de Schlimé lui-même ; du Berio, agréable mais peu transcendant ; des toccatas de Frescobaldi (1583 – 1643), peu réjouissant quant aux dates…
Pour couronner ce tableau gris, j’avais réservé pour un amour et moi-même, l’amour s’étant éteint entre la réservation et le concert. Tout avait été tenté pour revendre au mieux ces places, et finalement, la rage aidant et Romain acceptant de m’accompagner avec une très agréable bonne volonté, nous voilà en route pour découvrir ce si fameux et tant loué Grand Théâtre.

L’endroit est magnifique, et il méritera un article spécifique. Je m’en tiens ici au compte-rendu du concert.

Debussy : Préludes livre II : Une longue et lente réflexion. Du Debussy immobile. Debussy explore tout, il ne passe aucun détail, il vient et revient, inlassablement, dans la rigueur continuelle du compositeur exhaustif. 43 minutes, je sens l’ennui poindre. J’écoute d’une oreille toute prête au cynisme. J’écoute et j’écoute. Et j’écoute… Et je sors de là captivé. Tout le mérite en revient à l’interprète. Il habite sa partition, il vit ses notes, il est là, il n’y a que lui. Enfin un pianiste qui a quelque chose à dire ! Enfin un pianiste vivant qui égale Jacques Février dans l’épreuve Debussy.

Schlimé : compositions : Rapides, courtes, intéressantes, dans la veine de Debussy, il explore chaque thème à fond, à l’extrême, jusqu’à la folie. On comprend sa tentative de fusion entre la musique classique et la techno. C’est réussi, un travail peu transcendant, mais passionnant.

Frescobaldi : Toccatas : J’avoue, je découvre. J’avoue, j’ai des a priori tenaces quant à l’époque de composition et aux titres (Toccata, ça rime avec Bach et avec ennui). Ces partitions sont en fait très intéressantes ! Le compositeur touche au romantisme. Schlimé a exhumé des oubliettes des bibliothèques musicales des notes enthousiasmantes, à retenir et à réécouter.

Berio : Ce court morceau et le rappel seront des petits moments choisis, délicatesses délicieuses.

D’autres compositions du pianiste : Improvisations, petits délires sur des thèmes bien gentils. C’est doux, fin et distingué. Plaisant ! Pour Hello, il se lève et trifouille dans les cordes du piano. Je n’aime pas trop ces pianistes qui détournent l’instrument. Le piano, ça se joue assis, avec les doigts et les pieds. Mais Schlimé reste modéré dans son délire, et reprend ce rythme effréné de thème techno traité de façon classique. Romain adore, moi aussi.

Le pianiste est un homme magnifique, ce qui ne gâche rien. Un grand jeune homme, mince, brun ténébreux, habillé d’un costume noir parfait. Un homme de goût, un homme goûteux !
Un très bon spectacle, une très bonne soirée.

30.12.2007

Catherine Lara à l'Entrepôt du Haillan, le 14 Décembre 2007

48c3bd3a642b086a28bfadc720b9f071.jpg De la buée blanche sort de nos bouches, il fait très froid ce soir-là. Nous arrivons devant la salle, quelques personnes sont déjà là, et nous sommes en avance. L’entrepôt du Haillan. Petit endroit au loin perdu en banlieue bordelaise. Je ne cachais pas mon appréhension. C’est loin, inconnu, égaré dans cette périphérie qui résonne pour moi comme « sans intérêt ». A priori, faire un concert dans ce genre d’endroit était pour moi synonyme d’échec, ou de début de carrière ; or, ça n’est pas cette dernière hypothèse. A quand une tournée des supermarchés ?

Nous entrons, la salle est sympathique. Nous retirons nos places, nous buvons un café. Enfin, nous gravissons l’escalier pour redescendre dans la salle et nous placer. Place B1, deuxième rang, au centre de la scène. Devant moi, la spectatrice est petite. Je suis content de ma place !
Je fais la connaissance de Quentin. Nous discutons rapidement avant le concert, promettant de se retrouver à la sortie.
Les musiciens entrent. Un piano noir, un équipement informatique. Un micro sur un pied, typique des concerts de Lara. Un cymbalum, instrument charmant et original.
Les musiciens commencent à jouer, un morceau doux et sensuel. Catherine Lara entre, en jouant du violon, cette musique est troublante. Pleine de contours, de richesses, et en même temps simple et tendre.
La deuxième musique démarre elle aussi très doucement, toute en volutes sensuelles. « On a fermé les cahiers un soir… ». La salle frémit pour La craie dans l’encrier. Après la chanson, Lara nous remercie d’avoir bravé le froid pour venir la voir et vibrer en harmonie avec elle et sa musique. La salle et le public sont chaleureux, vifs, attentifs, passionnés. Le pianiste lance une improvisation sur un thème mi-jazz, mi-rock… De loin en loin, on devine les harmonies de Au milieu de nulle part, la salle réagit aux stimulations du rythme, à l’enthousiasme de Lara, à son énergie communicative, au pianiste d’un dynamisme à couper le souffle, génial de technique, de facilité, de rapidité. Patrick me dira « ce type est dégoûtant ». Il a parfaitement raison.
Claquements de doigts. Lumière douce. Ambiance intime… Petit homme. Le piano est piqué, le cymbalum ponctue le tout de sa finesse. La salle murmure, la salle entre dans le rythme, rythme dont on ne sortira jamais vraiment.
Chaque chanson est une claque. Chaque chanson va plus loin que la précédente. Dans un concert, il y a des hauts et des bas. Dans un concert, il y a des moments pleins et des moments vides. De l’émotion, de la folie, de l’intensité, et aussi du vide, de l’ennui, des chansons où l’on décroche. C’est normal, et c’est aussi préférable, pour ne pas arriver au bout épuisé par tant d’attention et de concentration vigilante au bout de l’heure et demi réglementaire. Il n’en est rien avec Catherine Lara. Chaque note fait vibrer, chaque mot est prononcé, chanté, porté, transcendé avec la magie nécessaire. Chaque morceau amène un peu plus loin. Les « tours du monde qui s’arrêtent à Bordeaux » de Johan. Les amours délicieuses de George Sand et Musset, de George Sand et Chopin, de George Sand et son siècle… Aime-moi comme ton enfant, La langue des anges, Les romantiques
Le pianiste, l’immense Thierry Eliez, s’amuse et improvise sur Chopin, sur cette valse bien connue. « Il le chahute légèrement ». La première valse brillante de Chopin commence, légère, brillante oui, musique pour les pieds, musique qui fait tourner la tête, les sens et l’âme. Musique qui tourbillonne, qui virevolte, qui décolle et retombe toujours juste. Lentement, le rythme se saccade. Jazz, tzigane, ragtime, rock, salsa… Ca semble si facile, c’est déconcertant ! Chopin est éternel, Chopin s’adaptera à tout. Le piano aussi, le piano est capable de tout quand de tels amoureux se penchent au dessus de lui. Ce piano qui peut faire rire et pleurer dans la même minute. Ce piano si talentueux. Le public sort de cette improvisation « soufflé ». Catherine Lara danse derrière le piano, heureuse d’être là. Nous aussi.
Les genoux écorchés, on renoue avec l’émotion, avec la douleur de l’enfance… Lara joue parfois des phrases au violon pendant les chansons. Quand les cordes se frottent, un léger sourire se dessine sur ses lèvres, et ses yeux se ferment derrière ses lunettes teintées de violet. La passion est là, sa passion, son violon, sa vie, une vie toute entière consacrée à la musique, à cette magie encore, qui est là, bien présente. Toute une vie pour des cordes qui vibrent. Quelques cordes pour émouvoir un public entier, pour aller toucher au plus profond de nous. Aral 2 qui fera l’objet d’un prochain album, d’un prochain spectacle, pour mélanger « lézard »… Musique tzigane, musique follement entraînante. Musique pleine de vie, pleine d’optimisme, chargée d’inquiétudes aussi. Une conclusion vive, le public est conquis, saisi en pleine lancée. Je suis assis sur le bord de mon fauteuil, je vibre à et de chaque note. Les applaudissements éclatent. J’hésite à me lever, mais ça viendra…
Le cymbalum est invité à un long solo. Cet ancêtre du piano a quelque chose d’envoûtant. Un son légèrement distingué, un peu hautain, comme la harpe. Le musicien démontre les possibilités offertes, et son épreuve ressemble un peu à celle du pianiste quelques minutes auparavant. Le piano d’ailleurs entre dans la danse, et la musique s’éteint en un tourbillon de notes.
« Ok ! »… En écrivant ce compte-rendu, je réalise à quel point ce concert était sensuel… Nuit magique. Une chanson d’amour… Une chanson physique et érotique. La salle reprend en chœur le dernier refrain, et je pense à Diane Dufresne lorsqu’elle disait que « la voix des hommes englobe celle des femmes, et c’est vraiment l’une des beautés du monde… »
Un peu de sérieux dans cette soirée, La vérité sort de la bouche du métro… Cette chanson, par la richesse de ses paroles, m’avait déjà beaucoup ému sur le disque. « Malheureux, naufragé… » Elle évoque ses engagements auprès des Restos du Cœur. « Il habite chez dehors… »
Inquiétude, angoisse et fol optimisme. Aral, cette mer qui recule jusqu’à s’éteindre. La mélodie est entraînante, prenante, convaincante, persuasive… Ca va vite, ça bat fort. Lara jubile, nous aussi. Un grand vent de musique pure dont on ne se lasse pas.
J’aime sa façon de frôler le micro sans le toucher. Sa façon de bouger, de nous amener doucement dans cet univers flamenrock ; sa façon de claquer des doigts, sa façon de marquer le rythme d’un coup de pied au sol. Sa façon de tenir son violon, comme on tient le corps d’un amant entre ses mains, l’archet et le violon dans la même main, délicatement, ou l’archet dans la main gauche, comme un long doigt pour nous désigner, nous public, nous conquis, nous à l’unisson. Sa façon de balancer sa tignasse blanche au gré des avalanches de notes.
Je m’en souviens déjà, aux mots si subtils, chanson que j’ai tant entonnée modestement dans mes rêves les plus fous. I.E.O. repris en chœur par le public. Cette chanson est l’hymne des spectateurs de Lara. « Simplement… » On aurait tous envie de brandir un poing levé au dessus de la salle. Quelques spectateurs commencent à se lever entre les chansons, cela devient presque systématique, et à la fin, nous resterons debout, pas la peine de se rasseoir, la bonne musique doit se vivre debout, se ressentir des pieds à l’âme, sans coupure.
Premier rappel : Les romantiques, cette chanson me replonge près de dix années plus tôt, lorsque je faisais un exposé de collégien sur le romantisme en littérature, exposé que j’avais illustré par cet extrait de Plamondon/Lara, ode rock à ce courant « qui a réinventé l’amour, qui a réinventé la vie ». Ma voisine ne se tient plus, elle aussi s’époumone, crie, trépigne, transpire. Lara, l’amour et nous…
Le second rappel est long à venir. Je sais qu’elle termine son spectacle par La rockeuse de diamants, je ne suis pas trop inquiet. Cette chanson a l’étrange pouvoir de me coller un sourire indélébile dès les premières notes. Toute la salle est debout. Tout le monde saute, tout le monde danse, tout le monde chante. Ce petit bout de femme nous met littéralement le feu, des millions de lumières, de paillettes, l’électricité ambiante de son talent. Quelques minutes de rock, de déchaînement sur ce joyau du répertoire.
La salle se rallume, c’est sans appel, sans rappel supplémentaire. Je me tourne vers Patrick, et nous poussons un « ouaaah » à l’unisson. Nous sommes en sueur, soufflés par cette bombe musicale, cette détonation mélodieuse, cette déflagration si courte et si réussie ! Une bouffée de bonheur, comme on en fait peu.
Je pensais innocemment « voilà, c’est fini ». Erreur !

J’avais aussi prévu de vous raconter la suite de la soirée, en détails. Mais je me rends compte de l’inanité de cette tâche. Il serait bien vain de reproduire ce qui a été dit, ce qui a été fait, ces regards partagés, ces mots échangés. Il serait bien impudique de recopier ces instants de tendresse et de partage entre une artiste et son public de fans. C’est pourquoi je vais simplement brosser la scène en quelques mots. Lara, que nous attendions dans la salle, près de la scène, puis dehors, est finalement venue nous rencontrer dans le hall de la salle. Séance dédicaces, où finalement tout le monde a versé son petit mot, gâté toujours d’une tendre attention, de regards fins, de photos prises de bon cœur, de bises échangées, d’affection transmise entre une femme si proche de nous, et nous ce public encore brûlant, vibrionnant des notes plein les yeux. Lara n’est pas avare, elle prend autant de plaisir que nous. J’ose lui tendre timidement la pochette de Passe moi l’ciel sur laquelle elle appose sa « Tendresse ». J’aimerais aligner trois mots pour lui dire qu’elle est mon premier souvenir musical, ma première émotion live, pour ce concert d’il y a presque dix ans déjà, à la Halle aux Grains, avec l’orchestre symphonique de Toulouse, concert qui m’a laissé tant de traces et tant d’images indestructibles. Bien sûr, j’ai eu d’autres émotions, j’ai eu d’autres concerts, d’autres moments inoubliables, des moments peut-être plus forts encore ; mais cet instant garde pour moi l’intensité et la charge émotive d’une première fois. Voilà, Catherine Lara, ma première fois, c’était vous.
Voilà ce que je voulais oser lui dire, pensant seulement débiter quelques mots, peut-être dans le désordre, incapable d’écouter sa réponse, tellement ému d’avoir réussi ma performance. Mais Catherine Lara, musicienne magique, est aussi une femme magique et ses yeux rieurs derrière la fumée violette de ses lunettes nous détend tous, et les mots sortent, pas dans l’ordre convenu, pas aussi bien qu’il eût fallu, mais ils sortent. Lara, chaleureuse et naturelle.

Le temps de dire quinze fois au revoir à Quentin et ses amies, de lui faire promettre mille fois de m’envoyer les photos qu’il a pu prendre du concert et de nous, nous revoilà dehors, à souffler cette buée blanche, buée blanche ce soir en forme de violon, en forme de cymbalum, en forme de piano, en forme de tignasse blanche se balançant sous le choc de la mélodie, en forme de diamant électrique.
« Alors, tu maintiens toujours ce que tu disais sur les petites salles ? »

28.12.2007

Poulenc / Mozart - K&M Labèque au PDS le 22/11/2007

8ad36c585d4dec266142531349e15541.jpg Concours de circonstances malheureux, nous étions en retard.
En attente dans le hall, on perçoit quelques notes de Darius Milhaud, je trépigne me disant que nous avons peut-être raté quelque chose d’intéressant. En entrant, il y a trois pianos sur scène. Le piano de l’orchestre et les deux superbes Steinway tête bêche, encastrés, prêts à faire l’amour sur Poulenc, à communier sur le concerto, à s’éprendre de passion sur ces quelques notes de tendre folie et de nébuleuse douceur.
Pour notre premier concert de la saison, nous n’avions eu qu’une seule main (concerto pour la main gauche de Ravel), nous passons directement à 2 pianos, quatre mains…

Les sœurs Labèque entrent… Comme je les imagine. Marielle, réservée, manteau blanc, timide, sourire discret, cheveux tirés. Katia, fantasque, en robe déstructurée noire, très maquillée, cheveux exaltés, démarche dilettante. Deux caricatures.
Au piano, on retrouve toutes ces drôleries, en pire. Nous sommes derrière Katia. Pour le spectacle, nous sommes bien placés. Pour la qualité du jeu, il eût peut-être mieux valu être de l’autre côté. Katia remue, Katia trépigne, Katia bouge… Marielle est concentrée sur son jeu. Katia envoie valser ses cheveux dans l’air, Katia lance son bras au dessus du public, gestes de d’humeur, gestes sensuels, gestes inutiles… Katia joue parfois debout… Katia se croit à un concert de rock. Katia est drôle et fait rire la salle. Jusque là, Katia m’amuse… Elle fait rire Julien, pourquoi pas !
Le problème, c’est que Katia n’est pas juste. Katia est laborieuse. Katia se trompe, je trouve cela scandaleux. Se tromper sur Poulenc ! Où sont passées les grandes Labèque ? Ces pianistes incroyables qui transcendaient toutes les difficultés, toutes les partitions ? La folie créatrice, le style, l’allure sont toujours là, mais la technique se meurt. Partition mal choisie ? Mauvais soir ? Ou bien, je le crains, meilleures sur disque ?
Globalement, le concerto n’est pas mauvais. Je regrette que les traits limpides et les envolées lumineuses du clairvoyant Poulenc soient parfois gâchées par des notes en trop, des notes en moins. Ce ne sont pas des libertés avec la partition, ce sont des erreurs. L’interprétation reste grandiose, mais je ne peux m’empêcher de penser que cette emphase proche de la prétention n’est là que pour masquer des manques douloureux. Et puis, on ne vient pas à un concert classique pour voir une exubérante diva, mais pour entendre de la musique. Le spectacle est correct, mais détourné du but initial.
Le rappel, sur Ravel à quatre mains, est mignon et ne laisse aucun souvenir.

Le chef Tortelier est à l’opposé de Katia Labèque, rigoureux, sans brillance, sans éclat, sec et dur, le geste sans hésitation. Il est direct et précis, agréable, mais peu mélodieux. La symphonie de Mozart n’avait déjà pour moi aucun charme sur disque, l’interprétation donnée par Tortelier n’en aura pas plus. Julien, lui, apprécie. Je trouve cette musique trop naïve, trop simple, loin des volutes, des tortures et des langueurs romantiques. Rien ne choque l’oreille, rien ne force l’attention.
Oh, ça n’est pas désagréable. C’est juste sans intérêt.

05.12.2007

Le bon français

Aujourd’hui, j’aimerais aborder devant vous un concept oublié, négligé, tu, gommé peut-être des bouches de certains francophones… Le bon français.

Fautes de langage, impropriétés, barbarismes, négligences des accords, prononciations boiteuses, inventions de néologismes inutiles ou obscurs, emplois abusifs de vocables étrangers ou dérivations absurdes de ces langues, liaisons malheureuses… La langue française ne cesse de se dégrader. On peut bondir sur son fauteuil en entendant une monstruosité proférée par les radios, la télévision, rayer d’un trait plein de rage l’erreur dans une revue ou un journal, s’indigner devant une page Internet rédigée et publiée solennellement… avant d’avoir été relue…
On devrait s’attaquer à l’indifférence des médias en matière de langue, aux faiblesses de l’enseignement du français, aux jargons prétentieux et inutiles de quelques spécialistes dans certaines professions, ou même aux erreurs des ministres ou de nos hommes politiques.
Où est le bon français ? Qu’est-il ? Pourquoi est-il en danger ? Pourquoi le combat pour sa sauvegarde en vaut-il la peine ?

Pour démarrer mon modeste plaidoyer (et non le débuter), je dois préciser que mon objet n'est pas ici de chasser la faute avec délectation. On reconnaîtra que la faute du quidam est excusable, par définition, mais qu’elle est plus gênante lorsqu'on a affaire à des professionnels de la communication. On ne peut pas parler ici d’évolution de la langue quand le premier venu fait bon marché des règles les plus indispensables.

La langue reste, pour la France, le premier outil de son influence et la plus manifeste marque de sa présence dans le monde. Mais il est affligeant de constater à quel point la télévision participe de plus en plus à la destruction de notre langage. Les correcteurs de journaux ne sont pas toujours si nombreux ou si qualifiés qu’ils le devraient, et les coquilles ou les mauvais accords parsèment les colonnes de nos quotidiens, surtout ceux en ligne. Mais la langue de la presse demeure une langue. La langue de la télévision devient, quant à elle, de plus en plus une bouillie. Elle exerce un vrai ravage dans le vocabulaire aussi bien que dans la syntaxe. Chaque jour surgissent, à travers nos écrans, de nouveaux chiendents et de nouveaux chardons.

On ne regarde plus les mots en face, on les attrape, mais sans s’interroger sur leur sens réel ; et s’ils sont employés à tort, on les gobe avec leurs faux sens. Un mot bien solide, bien précis est installé dans la langue avec une signification claire et des emplois parfaitement définis. Soudain, la mode s’en empare, on s’en sert à tous propos, on l’utilise à tous les usages, on lui fait dire ce qu’il ne veut pas dire et on le rend ridicule.

La langue est un code, avec ses lois, sa syntaxe, son orthographe, sa grammaire, et qui les ignore ou les malmène menace son lien avec autrui. Encouragés par la mode des nouveaux supports qui privilégient vitesse et laconisme (sms, tchats, e-mails), la plupart des jeunes parlent désormais un français douteux, doublé d'une orthographe désastreuse. Bien souvent, pour comprendre quelque exemples de ces communications, il faut les appréhender assortis de traductions, comme pour un idiome étranger, ou un jargon technique. Lorsqu’un nouveau mot entre dans le dictionnaire, comme le très à la mode verbe « kiffer », ce sont parfois plus d’une dizaine de verbes qui sont condamnés à ne plus être dits.

Passion, empirisme, intelligence, opiniâtreté et amour de notre langue doivent inlassablement combattre le discours transformant la liberté de parole en poison. La « modernité » répugne à regarder en arrière, comme si le passé poussiéreux risquait de la changer en statue de sel.
Je souscris aisément à la dénonciation du délabrement linguistique dont pâtit aujourd'hui l'expression lycéenne et estudiantine : la méconnaissance de l'orthographe, l'indigence du lexique et surtout la dislocation syntaxique. Je mets en accusation l'expression médiatique, souvent incorrecte et relâchée pour faire « branché », autant que celle des blogs, des sms ou parfois du milieu familial. Tout professeur doit lutter contre cette « mauvaise langue qui chasse la bonne » identitaire des lycéens, ciment de leur groupe d'appartenance. Le barbarisme mène à la barbarie. Car un jeune qui manque de mots justes y substitue souvent la violence de l'interjection, du ton, voire du geste. La jeunesse, impuissante à formuler ses propres opinions de manière claire et cohérente, est aussi impuissante à comprendre les opinions d'autrui, de là sa vulnérabilité à toute forme de manipulation.

Tout ce qui est beau est difficile d'accès. Mais le travail de sa propre langue ouvre les portes de l'enthousiasme. Savoir s’exprimer est au fondement du plaisir. L'art de la grammaire est comparable à l'art culinaire : adjectifs et adverbes sont là pour décorer la phrase, lui apporter des saveurs inédites. Il faut porter à bout de bras les « amours, délices et orgues », les « cieux sur la ville et les ciels de tes yeux », les « scenarii », les « maxima »…
Il est tellement plus simple de connaître les justes expressions et de les employer sans fioritures ! Cela s’appelle respecter le bon ordre des choses.
Pour que dans un monde de plus en plus gouverné par les chiffres, survivent les lettres, et la parfaite horlogerie qu’est notre langue.

16.11.2007

Juliette Gréco au Pin Galant, le 09 Novembre 2007 :

262339dc424526c99500e2e4e11f11b0.jpg Encore un caprice.
Après avoir vaguement entendu « Déshabillez-moi » à la radio, j’ai cherché à aller voir un peu plus loin. Quelle drôle d’idée ! Juliette Gréco était pour moi une icône obscure des temps anciens, des temps glorieux de la littérature Française, de l’après guerre… Vian, Queneau, Brassens, Barbara, Piaf, Sartre et Brel, elle évoluait dans ce milieu là, et elle devait avoir arrêté de chanter.
Erreur ! Bêtise ! Gréco est encore là, et bien là, puisqu’elle est en tournée… Les arrêts de tram de Bordeaux sont pleins de ces affiches qui la montrent, s’ébouriffant les cheveux, devant un garage américain du nom de « Diva » (hasard ou humour torride ?)… Le Pin Galant… Cette drôle de salle au drôle de nom… Je clique sur le net, je simule une commande, place A3, premier rang, plein centre, j’hésite quelques secondes, et puis j’achète… Ca ne fonctionne pas, je m’entête, il n’y a rien de tel pour me faire « vouloir » quelque chose… Grâce à l’intervention d’un ami, me voilà titulaire de la place A3, premier rang plein centre, pour ce Vendredi 09 Novembre 2007, à 20h30.
La date approche à grands pas, j’écoute de plus en plus de chansons. J’avoue accrocher beaucoup. Les textes sont riches, les musiques souples, parfois simples et bonnes, parfois tortueuses et ardues… L’œuvre de la Gréco s’étale sur près de 60 ans, il y a du stock de chansons, il y a de tous les styles, on peut presque suivre le cours de l’Histoire sur la patine de sa voix. Au fur et à mesure des décennies, son souffle se raccourcit peut-être légèrement, elle a tendance à moins chanter que parler, mais les années aidant, ses interprétations prennent justement le qualificatif plein et entier d’interprétations ! La Gréco est une actrice qui chante, ou une chanteuse qui joue la comédie… Elle est les deux à la fois, elle est artiste ! Toujours juste, toujours dans l’excès, toujours exubérante, toujours à deux doigts de la folie (je n’oublie pas qu’elle est l’idole de Diane Dufresne).

Lorsque j’arrive dans le Pin Galant, je suis étonné de ne pas trouver la salle comble. Cinq minutes avant le début, des places sont encore libres sur les côtés et au fond. Dans la salle, à la moyenne d’âge d’environ 55 ans, mes voisins parlent de leurs souvenirs des concerts de Mireille Matthieu, de Michèle Torr… Je commence à avoir peur… Mais ils parlent aussi de Barbara, de Brel… Et ça me rassure…
La salle s’éteint à l’heure exacte. Pas une minute de retard… Heureusement que j’étais à l’heure. Un micro est planté au milieu de sa scène, droit sur son pied. Un piano noir, magnifique Steinway sur la gauche, avec une petite estrade derrière pour l’accordéoniste. Les musiciens entrent, ils jouent une simple introduction. Le rond de lumière s’allume autour du micro. Gréco entre… Elle sort d’on ne sait trop où. Elle est immense, dans une robe en velours noir, moulée, très hauts talons, visage extrêmement maquillé, immaculé, blanc, fantomatique… Ses yeux sont eux aussi très maquillés, eye-liner noir profond… Le brushing bien en place. La mèche blanche a été abandonnée. Elle s’incline, murmure des mercis aux bravos lancés par la salle, elle affiche une grande maîtrise, mais semble émue. Elle entame son spectacle avec « Non Monsieur, je n’ai pas vingt ans ». Chanson de circonstance, s’il en fut…
Elle a des mains assez petites, comparativement à sa taille. Elle en joue beaucoup. Se toucher le visage, se toucher les cheveux, lancer des doigts pointés ou des points fermés, tout ce qui passe par la voix passe aussi par ses mains, si fines…
Son regard est noir et brillant. Rarement j’aurais remarqué un regard aussi vif. On dirait vraiment deux morceaux de charbon noir, luisants sous les projecteurs, deux pierres précieuses scintillantes, d’une force incroyable. Au fil du concert, elle aura plusieurs fois l’occasion de me fixer. Je croyais que les artistes ne pouvaient pas vraiment voir les spectateurs, du fait des projecteurs. Pourtant, elle a su trouver mon regard, le fixer, le figer et le garder. Son regard est absolument indescriptible… A la fois plein de dureté, de fermeté, de ténacité, de résistance, d’aplomb, de cran, d’audace… mais surtout de conscience de la complexité de la vie. Il me semble impossible d’avoir ce regard à mon âge. C’est un regard complet. Un regard immense, plein de toutes ces choses, de tous ces gens que la diva a eu la chance de voir en tant d’années.
Les chansons se suivent. Elle reste debout, devant son micro. Elle joue avec ses mains, avec ses cheveux, avec le micro… Elle râle, elle s’étonne, elle crie, elle pleure, elle rit… Elle a du mal à sortir de certaines chansons, comme « La rose ou le réséda », même si les lumières s’éteignent à la fin des chansons, les textes sont forts et laissent une étrange humidité au coin de son maquillage. Je reste bouche bée plusieurs fois, sur « la Chanson des vieux amants » que pourtant, je connais bien, sur « C’était un train de nuit », chanson de guerre, de profond désarroi…
Ce qui me stupéfie le plus, c’est sa capacité à passer du rire aux larmes, ou plus exactement, des larmes au rire.

« Déshabillez-moi »… Je n’aurais pas cru qu’elle ose chanter cette chanson. Elle la traite avec beaucoup d’humour… Elle suggère, elle demande de prendre son temps, elle ordonne, elle crie, elle supplie, elle trépigne, elle tape du pied, elle sourit, elle vit… Un concentré de vie en quelques mots. Une leçon pour le désir, pour le sexe, pour l’amour, beaucoup devrait la lire…
Elle annonce toujours l’auteur, le compositeur, et le titre avant chaque chanson. Brel, Gainsbourg, Roda-Gil, Leforestier, Lavilliers, Aragon, Ferré … « Avec le temps » magnifique…
Elle clôt le spectacle avec « La chanson de Prévert ». La salle entière se lève d’un seul bond. Elle triomphe. Pas de rappel. Elle disparaît à gauche de la scène, elle reviendra pour saluer plusieurs fois, mais elle ne rechantera pas.

Une seule phrase me vient pour résumer ce concert : « Juliette Gréco est jeune ». Ou en un mot : « la classe ! »
Je ne sais pas si j’aurais l’occasion de la revoir. Je l’espère vraiment. Leçon de vie, leçon de sens, rien n’est anodin dans l’univers de Gréco, tout est vrai, tout est consistant.

J’aurais aimé attendre à la sortie, mais le froid et la perspective de la dissertation le lendemain à 8h me glacent… A bientôt !

Merci Madame, et comme le disait Barbara : « Chapeau bas… »

16.10.2007

Jérémie Kisling au Satin Doll de Bordeaux le 12/10/2007 : Le coeur de l'action :

1ac19934f61465e41349a8e64113a78d.jpg La salle est minuscule. Quelques tables, des chaises autour. Nous nous asseyons, un peu loin, mais bien placés. Derrière la table de balances (modeste). Jérémie Kisling est là, on le voit, en blouson de cuir, passer sur la scène et traverser la salle, guitare à la main. Julien le trouve beau, j’avoue être surpris, en contradiction totale avec les images que j’avais pu voir jusqu’alors. 

Olivier Galis, pour une première partie… Monotone… Pas désagréable, mais pas agréable non plus. Assez plat… Aucune chanson n’attire mon attention en particulier, je n’ai rien retenu de ce bout de concert. Voix assez terne, beaucoup de charme, beaucoup de timidité, musiques sans envolée, guitariste sympathique, pianiste sans éclat. Un bon mot : le Président Sarkozy en Russie, parce que Nicolas Rase-Poutine ! A mémoriser…

Jérémie Kisling est assis juste derrière nous. Sa copine (qu’il me semble avoir déjà vue…) lui masse gentiment la nuque. Son regard est sombre.
Je m’impatiente…
Une dizaine de chansons… Entracte, pipi…
Depuis le début, deux piliers de bar, accoudés au zinc, font un bruit incroyable, discutant comme s’ils n’avaient pas parlé depuis des années, avec un niveau de décibels très élevé. Je pensais qu’ils étaient là pour Kisling, et qu’ils allaient se taire. Je ne pouvais pas leur en vouloir pour Olivier Galis… Mais non, ils ont continué jusqu’à la fin. Le public a tout de même réussi à les expulser au fond de la salle, d’où ils parlaient encore plus fort… A quoi cela sert-il devenir refaire le monde dans un bar musical ? Autant aller dans un café normal ! Sainte-Politesse, où es-tu ? 

Jérémie entre par la petite porte aménagée à droite de la scène derrière laquelle doit se cacher un semblant de coulisses. Il vient envahir la scène. Il a enlevé sa tenue de rockeur, il porte maintenant une chemise à paillettes… Nous sommes un peu déçus ! 

Il s’installe au piano et attaque « Là où », sans réfléchir même une seconde. Je trouve ce départ un peu arrogant, mais il faut bien se catapulter dans le concert, commencer coûte que coûte… Au diable le trac, au diable la peur… Démarrer !
Il est bien là, la voix est posée, la mécanique est bien rôdée. L’émotion aussi est là. On va passer un bon moment ! « J’ai un peu perdu la pratique pour vous décrocher la Lune d’argent », mais non !

Je réalise alors la chance qui s’offre à moi. Voir ce concert dans une si petite salle, le voir de si près, avoir un instant si intime, si acoustique… On est maximum une centaine, c'est un concert quasi privé ! 

Les chansons s’enchaînent, dans un ordre dont je ne saurai me souvenir… Il passe de la guitare au piano, du piano à la guitare. Maîtrise égale des deux. 
Oublis des paroles sur Carambar, il explique que la chanson a été écrite il y a longtemps et qu’elle est difficile à retenir, car sans queue ni tête. Il compte sur nous pour l’aider. Mais quand il se trompe, je n’ose crier « Sauter dans le ciment tout frais », mais visiblement, je ne suis pas seul à tout savoir tout par cœur. 

Ma voisine fait des photos. Elle semble bien enthousiaste elle aussi, chantant et frappant dans les mains dès que l’occasion se présente. Elle est très proche des deux bavards, elle ne doit pas pouvoir écouter dans de bonnes conditions. 

A l’entracte, Jérémie vient dans la salle. Il passe derrière le bar, il se sert, il sert même quelques clients. Concert placé sous un signe de décontraction totale. C’est peut-être aussi comme ça que l’on fait de la musique. On est aux antipodes du concert de la veille, en costumes, nœuds-papillons, et pantalons bien repassés. Il boit un verre de vin en tripotant les fesses de son amie. 

Je réalise par hasard que mon baladeur peut aussi enregistrer. J’essaye cette nouvelle technique pendant la deuxième partie du concert. J’écoute cette musique en écrivant ces souvenirs. Il y a tout sur cet enregistrement. La musique bien sûr, les blagues de Jérémie, le rire de Julien, mon enthousiasme chantant, les piliers de bar qui parlent, la voix de Julien, le public qui chante, mes doigts qui claquent, les doigts de Julien qui ne claquent pas… L’émotion hurlante et sursaturée de « La Javanaise ». 

Il faudrait tellement en dire sur chaque chanson… L’entreprise est trop longue et trop périlleuse. Il faudrait tout retenir, j’ai tellement peur de l’oubli. « Je chante pour tuer l’oubli, l’oubli des mots, l’oubli des gestes, oubli de tout ce temps qui reste… ».
Je sais que dans des années, je relirai ce texte, et que tout remontera, ça me rassure beaucoup, beaucoup… 
Il faudrait retenir son étrange façon de faire la trompette avec ses lèvres pincées et vibrantes. Il faudrait retenir ses soupirs à la fin des chansons, comme pour démarrer une nouvelle phrase puissante… et puis non… Il faudrait retenir la prononciation Suisse de Georges Brassens (Brassans).
Il faudrait retenir la version tordante d’émotion d’ « Horizon grillé », des « Etoiles »…
Il nous explique qu’il aime parler des animaux dans ses chansons. Toute sa première partie y est consacrée : le chien d’aveugle, le poisson de l’aquarium amoureux de la femme qui vit dans l’appartement, le signe du zoo, les abeilles et les fourmis de la poussière, le canard de l’étang, et Teddy Bear en rappel… 

Les nouvelles chansons valent les anciennes. Quand le prochain album ? Quand ? Il nous dit qu’il va entrer bientôt en studio. 

Le concert se termine… C’est bien tôt ! Visiblement, il compte faire un rappel… Il en fera bien plus. A la fin, il ne saura plus quoi chanter, mais le public n’en démordra pas. Non, nous n’arrêterons pas d’applaudir, non, on va continuer et continuer encore. A un moment, nous ne sommes plus que quelques-uns à tenir le rythme, on n’y croit plus… Mais il revient… Confus, mais il revient...

« Celle-là, elle s’appelle Alice, et je la dédie à Elodie »… « Elle lit les poètes, du Proust et du Platon / Mais peut perdre ses nerfs quand elle a un bouton »…
« Petite nature », où Hélène monte sur scène et fait un petit numéro très drôle. Elle « le fait bien ». Elle doit incarner la femme, la féminité, la fécondité, et comme dans tous les bons films avec des femmes fatales, ne pas parler !
« Le bon moment » avec une improvisation chopinienne au milieu… Cet homme est parfait !
Et puis aussi le vieux rock de « Rendez-vous courtois », aux paroles si riches, si drôles, si recherchées, aux multiples ressources, impossibles à saisir en une écoute. 

Le concert s’arrête. Ce soir, c’est l’anniversaire d’un des membres de l’équipe, un grand et gros monsieur noir, caricature des bluesmen du Bronx monte au piano et joue une improvisation très drôle sur le thème d’Happy Birthday. 

J’attends Jérémie. Je VEUX mes dédicaces, j’avais amené l’intégrale de Jérémie Kisling dans mon sac exprès… Julien le voit dans la salle. Il se détend entre intimes au milieu des chaises désormais vides. Je m’approche, timide… Julien me suit de loin…

« Bonjour, est-ce que je peux vous déranger un petit peu s’il vous plaît ? »
Jérémie est gentil, abordable, visiblement content de ma demande. Je ne sais qui de lui ou de moi est le plus intimidé. Il cherche un stylo alors que je lui en tends un depuis une minute. Il fait le propre sur la table, d’un coup de manche : il ne faut pas abîmer l’intégrale de Jérémie Kisling ! Oui, je ne veux des dédicaces que pour moi ! Julien n’avait qu’à acheter ses albums plus tôt. Sa copine rit, même de près, sa tête me dit quelque chose… Il n’arrive pas à remettre la pochette dans sa fente, « ça m’énerve ».
Le Ours : « Do ré mi pour Rémi, de Jérémie » avec des dessins dans la lignée de la pochette.
Monsieur Obsolète : « Pour Rémi, Plein de fleurs et de pollen dans tes yeux. JéRmK. » J’en ai bien besoin. Merci !
Je n’arrive pas à partir… Jérémie semble vouloir embarquer mon bic, que je récupère impoliment… Eh oui, c’est le bic « touché » par le Kisling, avec lequel j’écris en cours ces jours-ci (je suis taré). « Au revoir, merci pour ce soir, à bientôt ! »
C’est dit !

Je rentre chez moi, baladeur sur les oreilles, et cordes vocales déployées. Paillettes plein les yeux.

D'autres photos : http://picasaweb.google.fr/mhbena/JRMieKislingSatinDoll12... 
Merci à Marie-Hélène de les avoir faites et de nous les faire partager !

14.10.2007

Jérémie Kisling au Satin Doll de Bordeaux le 12/10/2007 : Préambule

97d9720dcca967ead709347338637701.gif C’était un caprice. Depuis deux mois déjà, je savais que Jérémie Kisling allait passer à Bordeaux en Octobre. Y aller ou pas… ?

Ce chanteur a pour moi le charme doux d’être totalement inconnu du public. C’est le genre d’artistes qui pousse à avoir ce genre de conversations :
« Tu aimes qui comme musiciens ?
-   J’aime beaucoup Jérémie Kisling !
-   Ah… Connais pas… »

Jérémie Kisling est, chez moi, le fruit du hasard. Un petit extrait a atterri un jour sur mon forum consacré à Véronique Sanson. J’avoue, je n’ai pas aimé tout de suite. Et puis (pourquoi ?), j’ai réécouté, plusieurs fois. C’était en 2005, il assurait la promo de son deuxième album « Le Ours », dont personne n’a entendu parler. Devant l’incapacité de trouver sur le net d’autres extraits de ses musiques, je me suis vu réduit à l’obligation d’acheter le disque. Disque que la Fnac ne proposait qu’en version « collector », avec un CD bonus. Je me suis retrouvé face à ma chaîne, avec un CD qui ne me plaisait pas, maudissant ma compulsion maladive d’acheteur de musique. Et puis, j’ai enterré le CD, au fond de ma discothèque. Mais le hasard frappe à ma porte sans cesse… La mélodie de sa chanson Teddy Bear, qui raconte le quotidien d’un ours en peluche, ses souffrances et ses tendres euphories, est remontée en ma mémoire comme remonte la bulle du fond de l’eau. Elle s’est imposée d’elle-même, à tel point que je l’ai eue en tête toutes les vacances, pour au final, me jeter sur l’album oublié, en rentrant à Toulouse. Et l’adorer… L’adorer !
L’adorer à tel point que la Fnac exhumant ses vieux stocks, j’ai réussi à trouver le premier album : « Monsieur Obsolète »… Et l’adorer encore… 

Me voici depuis deux ans, amoureux solitaire de ce Suisse inconnu, ne partageant mon enthousiasme qu’avec de rares amis, accrochés comme moi par ses textes et sa musique, mais étourdis par sa non notoriété. 

Navigation Internet d’une nuit d’été, suant et transpirant toute la chaleur de mon corps, Jérémie Kisling chantera à Bordeaux le 12 Octobre 2007, au Satin Doll, pour présenter son nouvel album, et partager en acoustique ses plus belles chansons.
Rapide tour d’horizon sur le net, la salle est inconnue de tous les moteurs de recherche, et aucun centre de réservation ne comprend ma requête.

Patience !

La situation se débloque, je réserve… Je vérifie mes connaissances Kislingiennes en feuilletant les livrets de paroles : pas de doute, je les connais vraiment toutes par cœur !

En rentrant du concert Ravel/Stravinsky, Julien me demande s’il peut venir.
Nous voilà donc tous deux Vendredi soir devant cette salle au bout du bout des quais, dans une ruelle sombre, avec sa petite porte et sa musique d’ambiance.

Article 422 : Rémi

Il m’a touché, il m’a ému. Il m’a fait l’une des plus belles déclarations d’amitié qui soit. La première que j’ai reçue. En quelques mots, brefs, rapides et simples, il a su délimiter toute la portée des sentiments qui nous unissent, et il a su résumer les moments de « nous », vécus et ancrés dans ma mémoire depuis cet été.

http://wolf-rayet.skyrock.com (article 422).

Je serai bien incapable d’en faire autant. Je me perds en moi ces jours-ci, et la confusion qui m’emplit à la lecture de son « article » me coupe l’herbe sous les pieds, me faisant voler sur ce petit nuage trottinant à travers ce ciel de France, comme nos pensées qui font bien souvent un si long trajet pour se rencontrer.

Souvent, il me demande : « Seras-tu là ? »
Oui, Aurélien : « Je serai là ». Mon p'tit pote du Nord si courageux…

Ravel / Stravinski au PDS de Bordeaux le 11/10/2007

77a33cf9388129993f557d440eb1feea.jpgBeaucoup de monde dans la rue. Les dernières voitures tentent de trouver une hypothétique chance de se garer dans les rues adjacentes. Les phares s’énervent, et les piétons se frôlent.
Le hall du Palais des Sports est éclairé. Les gens sont là, à moitié dedans, à moitié dehors. On nous distribue des papiers, on déchire nos billets, on entre. On nous balade, on se balade, de gauche à droite, puis de droite à gauche, pour se fixer à droite. La barre en fer cache un peu l’orchestre, il faut se tenir très droit, ou s’affaler sur ses coudes… J’opte pour la seconde solution, Julien pour l’autre, même si à première vue, nous aurions plutôt structurellement dû faire l’inverse.

Varèse – Tuning up : L’œuvre m’est inconnue. Je pars avec des a priori peu glorieux sur les qualités mélodiques de Varèse, tout en constatant sur le programme que ça na va durer que 5 minutes. La courte pièce symphonique s’ouvre par un renvoi à un thème bien connu de Paganini joué par le premier violon. On se retrouve catapulté dans un monde de dessins animés, une fantaisie des années 1940, comme le dit Julien. Les cuivres font retentir une sirène, toutes les dix mesures. Le rythme est soutenu, le tout dans un grand délire… Les accords finals me lâchent conquis, dans un éclat de rire non contenu. Cette œuvre est drôle !

Ravel – Concerto pour la main gauche : L’œuvre est bien connue, jouée, rejouée, sur-jouée… Je l’aime, je la connais bien. C’est Nicholas Angelich qui sera le gaucher du soir. Je l’aime, je le connais bien, lui aussi. Je n’avais par contre jamais vu ce concerto et ce pianiste ensemble. J’imaginais mal la rencontre, attribuant à Angelich beaucoup de talents, mais pas celui de faire vibrer Ravel. Erreur… Encore une erreur d’a priori ce soir… Angelich se révèle très à l’aise, au point d’en tourner lui-même sa partition de sa main droite inutile. L’entrée du piano est un peu décevante. L’andante est sublime, la main gauche se plait à s’inviter dans les notes suraiguës. L’osmose parfaite est atteinte, elle dure le temps de quelques mesures, le pianiste la ressent, il en est même surpris, le chef jette un coup d’œil discret au concertiste en se retournant légèrement. Complicité improvisée en Kwamé Ryan et Angelich, mais complicité tout de même. Toute l’habileté en revient au chef, me semble-t-il. Ravel est son domaine, il habille le piano du plus bel écrin. L’ensemble est enlevé avec un certain panache, même si l’on a perdu le caractère angoissé de la partition.
Un rappel ravélien au piano, à la fois délicieux et insipide.

Stravinski – Le Sacre du printemps : Le Sacre est bien trop souvent à l’origine d’interprétations de deux ordres, ratées toutes les deux, soit trop contemporaine (Berstein), soit trop molle (Boulez, et non l’inverse). Il m’avait été jusqu’alors impossible d’adorer cette œuvre, même sur la version à 8 pianos de Fazil Say, qui me fait décrocher en milieu de première partie. Et pourtant, à la lecture de la partition réduite pour deux pianos, il me semblait bien que ce « tube » devrait trouver une place importante dans ma discographie… Et voilà comment on prend une baffe en plein visage. Kwamé Ryan se soulève légèrement et le Sacre commence… Dès les premières notes, je m’affale sur mes coudes, bouche bée. La première partie s’envole, l’orchestre est comme un banc de poissons, uni un même mouvement. Ryan transpire. Il intensifie « l’Adoration de la Terre » ce qui lui donne le panache de son titre. Des passages sont ténébreux, la partition est par moment transformée, et certains rythmes modifiés. Mais tout est là et tout est juste ! A la pause, je demande à Julien s’il survit à cette cacophonie organisée, tant l’interprétation est obscure, magnifique seulement pour les initiés me semble-t-il. Il se réveille tendrement… La deuxième partie s’ouvre, et là… le sol tremble… Kwamé Ryan saute, vole, s’emporte, s’énerve, vibre, bondit… Il rend au chaos rythmique qu’est « le Sacrifice » une unité que je ne lui avais jamais entendue. C’est vraiment magnifique. Après le passage de réflexion du début, la dureté des notes l’emporte et les rythmes brisés sont comme autant de coups de poings jetés en l’air sur les spectateurs. On aurait dit une bombe lumineuse. Julien sort de sa paralysie endormie, je suis plié en deux et mes mains battent l’air, presque involontairement. Le public ne bouge pas. La fin retentit, grandiose, hurlante, exubérante… 35 minutes de folie pure, d’incohérence et d’un déraisonnable n’importe quoi… 35 minutes d’intensité parfaite… (Normalement, l’exécution dure 40 minutes, Kwamé Ryan aura bousculé la partition, et c’est tant mieux !). Le public bordelais est conquis, même s’il reste victime du cul de plomb, nous sommes les seuls à nous lever… Le chef est trempé, nos mains sont brûlantes et l’orchestre est à bout de souffle. Ce fût un grand moment, et tout le monde en prend conscience à l’instant même de la dernière note. Trois ou quatre rappels mais pas une note de plus ne sortira ce soir de cet orchestre qui m’a fait rêver l’espace d’une heure. Le public semble conquis, peu de gens se lèvent pour partir, tout le monde traîne… Mais la salle se rallume, et voilà !

Dehors, il fait frais, j’ai encore ce rythme cassé et fracassé dans la tête, qui m’accompagnera jusque dans mon sommeil.
Un excellent concert classique, moi qui me croyait blasé, j’avais tort, et j’en suis bien heureux.

Prochaine étape : les sœurs Labèque qui joueront le Concerto pour deux pianos et orchestre.

23.09.2007

Liebestraüm, à la manière de Schubert

Un rossignol s’est posé hier soir à ma fenêtre,
Me regardant de ses yeux flambants et brillants ;
Un rossignol a hier soir remué tout mon être,
Petit animal fragile et éternel, tremblant et chantant.

Un rossignol a chanté hier soir à ma fenêtre.
De ses plumes vibrantes, il a volé jusqu’ici.
Peut-être est-il réel, peut-être est-il un spectre ?
Peut-être est-ce lui que j’attends toutes les nuits ?

Un rossignol s’est envolé hier de ma fenêtre,
Il m’a laissé seul ici à contempler le vide,
Me sentant vieilli, abîmé et hideux.
Pourquoi faut-il qu’encore son image me pénètre ?

Le rossignol n’est pas venu hier soir à ma fenêtre.
J’ai contemplé les fleurs, les guêpes et le Soleil,
Attendant tendu de ne le voir paraître
Jusqu’à ce que naisse l’aurore à l’heure du réveil.

Le rossignol n’est pas venu hier soir à ma fenêtre.
Je rentrais chez moi en chancelant de larmes
Quand tout à coup, un son comme une alarme
Se détacha du silence, pour que je promette…

… Que si un rossignol se pose un soir à ma fenêtre,
Me regarde dans les yeux et s’installe dedans,
Il faudra que je lui dise en un mot ou une lettre,
Que je l’aime, que je l’aime, à en finir dément.

15.09.2007

C'est beaucoup mieux comme ça

Et même, si tu me manques certains soirs
Et même, si elle était belle notre histoire
Je sais, que tu t’en iras de ma mémoire
C’est beaucoup mieux, c’est beaucoup mieux comme ça.



Et même, si je te cherche dans la nuit
Et même, si j’ai froid seul dans mon lit
Je sais que toi et moi on a compris
C’est beaucoup mieux, c’est beaucoup mieux comme ça.

17.08.2007

Souviens-toi, oublie-moi

Souviens-toi de mes lèvres la première fois sur tes lèvres.
Oublie le vent et les yeux qui tournaient autour.

Souviens-toi du ciel sombre et pâle qu’on regardait tous les deux blottis dans l’ombre.
Oublie le froid, oublie le chaud, oublie la peur d’être découverts.

Souviens-toi de la douceur de mes draps et de la candeur de ma main sur ta peau.
Oublie les téléphones qui sonnent, la poussière sur mes étagères, et le lit qui craque.

Souviens-toi du deuxième sucre dans le café, du Soleil qui nous brûlait les yeux, de tous ces cafés en amoureux.
Oublie le pire de nos moments de peine, de mes doutes, de ma haine.

Souviens-toi de la ville, des pavés, souviens-toi de l’herbe humide, de la bruine et des yeux rieurs.
Oublie l’odeur de nuit qui recouvre aujourd’hui ce qui fut nous.

Souviens-toi de ma main dans la tienne, des frissons.
Si tu as pleuré, oublie… Oublie la goutte de sang versé pour te savoir en vie.

Souviens-toi d’être toi, que tu plais, que tu es beau, que tu vis.
Oublie les excuses, les retards, oublie que je t’aime et que mon amour est un poids.

Souviens-toi de ne pas réveiller l’eau qui dort, et d’arroser ta vie comme le Soleil inonde le ciel.
Oublie ma fenêtre, ma porte, mon paillasson, ma rue, mon nom.

Souviens-toi de mon rire, des baisers qui piquent, des mains qui fouillent tes cheveux.
Oublie la musique, le bruit pour rien, les repas, mes voisins qui marchent.

Souviens-toi de nos rêves, nos projets, nos utopies, nos fantaisies, nos folies.
Oublie que tout ce que je t’ai appris vient de moi.

Souviens-toi de tout ce que tu m’as donné.
Oublie-moi.

31.07.2007

Le cinéma, fin ou pas fin ?

La réalité était littéraire au temps de Flaubert. Au temps de John Ford, elle est vue construite, pensée cinématographiquement. Le cinéma a été l’art par excellence du XX° siècle, alors que le roman a été celui du XIX°. Le cinéma s’est révélé comme la boîte à outils du XX° siècle. Le propos est un peu exagéré, bien sûr. Mais, il est probable que notre rapport au monde réel a été plus transformé par le cinéma que par aucun autre art. Et que la connaissance du cinéma est, autant que celle de la littérature, un mode d’accès à la connaissance de notre histoire proche. Les situations, les personnages inventés par les grands cinéastes habitent l’inconscient du siècle révolu. Nous avons tous plus ou moins compris nos mœurs, choisi nos modèles, déchiffré notre histoire à travers le cinéma.

Lors de la cérémonie des César, qui a eu lieu le 24 Février, ont été récompensé les réalisateurs, les acteurs, les producteurs, comme le sont les peintres, les musiciens, les écrivains, leur accordant le droit intellectuel sur le sort de l’œuvre : au début du XXI° siècle, le cinéma est donc toujours reconnu comme un art.


Mais, je me pose la question de ce que sera le cinéma au XXI° siècle ! Pourra-t-on encore parler de films ? Et si le support mis au point par les Frères Lumières et Edison disparaissait ? Et si le câble, le disque dur, les moyens hertziens devenaient les seuls moyens de diffusion ? Je vous rassure : les internautes nous dit-on, vont plus souvent au cinéma que les autres.

Mais si les sociétés vieillissant devenaient plus casanières, connaissant le cul de plomb dont Nietzsche disait qu’il est le vrai pêché contre l’esprit ? Imaginons le moment où les citoyens des vieilles démocraties resteraient enfermés chez eux, à contempler sur leurs écrans leur passé et le présent des peuples qui, eux, font l’Histoire. Voilà pourquoi il faut prendre au sérieux les transformations qui sous l’impact de la télévision et des procédés numériques affectent la conception des films et leur réception.

Pourtant, je crois qu’il y aura toujours des salles de cinéma. Bien sûr, les gens achèteront des écrans de télévision de plus en plus grands et ils aménageront des mini salles de projection chez eux, mais rien de remplacera le plaisir de voir un film au milieu de gens que vous n’avez jamais rencontré. Ca ne sera pas remplacé car c’est irremplaçable.

Certes, Internet a changé la donne sur la circulation de l’information. Lorsque les gens voient un film le jour de sa sortie et l’aiment, ils vont le dire sur les blogs ou sur leur téléphone, et la fréquentation des jours suivants explose. S’ils le détestent, c’est le contraire. La bouche-à-oreille fonctionne à la vitesse de la lumière.

Spielberg regrette qu’à l’heure où l’on accorde de plus en plus de soin à la qualité de l’image et du son, certains se contentent de regarder les films sur l’écran de leur i-pod ou de leur téléphone. C’est un peu la défaite du savoir-faire et de l’imagination. Ce n’est donc pas seulement les salles que le piratage met en péril, mais le système tout entier.

Aux César, ce problème n’a pas été évoqué, cela ne vient même pas à l’idée lorsqu’on regarde la cérémonie. Mais l’inquiétude de Spielberg ne semble pas atteindre l’élite cinématographique de l’année. Le cinéma Français n’est pas mort. Ou pas encore. Une fois la part faite de l'américanisation du cinéma mondial, on constatera que le cinéma obéit, chez nous, à des lois et à des goûts qu'on ne trouve pas ailleurs. Peu importe la vague, nouvelle ou pas, sur laquelle surfent réalisateurs, scénaristes ou producteurs. Les Français se font du cinéma une certaine idée : celle du cinéma comme un art. Avec lui, on entre dans le monde des choses de l'esprit, dans celui de la créativité et des valeurs de civilisation.

D'où le côté volontiers littéraire du cinéma à la française, son penchant pour l'analyse, plutôt que pour l'action, et le naturel avec lequel il s'inscrit dans une tradition romanesque ou théâtrale, mais toujours moraliste, au sens de l'étude de moeurs. Que le réalisateur mette ou non la main au scénario de son film est finalement secondaire. C'est lui qui observe les âmes et les passions grâce aux mouvements de sa caméra et aux jeux de lumière qu'il contrôle et qui lui servent, plus sûrement que les dialogues, à interpréter le monde dans lequel évoluent ses personnages.

Alors, rassurons-nous ! Le cinéma n’est pas mort, puisque son rôle est de sonder l’âme humaine et que l’âme humaine est infinie.
D’ailleurs, lorsque l’on demande à Spielberg « où vous voyez-vous dans vingt ans ? » Il répond : « sur un plateau quelque part, en train de tourner un autre film. »

30.07.2007

« Vend mèches de cheveux de la momie de Ramsès II : 2000€ »

Je viens de retrouver un article dans un tas de papiers sur mon bureau en désordre. Le titre de cet article paru dans le Libération daté du 29 Novembre 2006 fait de prime abord l’effet d’un canular. Et pourtant, il s’agit bien d’une information, une vraie ! Cheveux, photos et certificats à l’appui, de la résine d’embaumement et des bandelettes pour un minimum de 2.000 euros le lot, aux enchères sur Internet.
L’homme, un facteur de 50 ans, avait mis en vente sur Internet des mèches de cheveux qu’il affirme provenir de la momie du pharaon égyptien Ramsès II. Il a indiqué être en possession de ces mèches et de petits morceaux de bandelette car son père, ancien chercheur, a participé à des opérations d’analyse et de traitement de la momie effectuées à Grenoble en 1976 et 1977. Son père étant décédé en 2001, l’homme a hérité des restes de Ramsès II, et les a mis en vente sur le net, « pour se faire de l’argent » dit-il. Le problème est que cela est interdit. Premièrement car le trafic de cadavre est interdit. Et il ne s’agit pas ici d’autre chose ! Ensuite, il peut être accusé de recel de restes provenant d’un abus de confiance. L’enquête devra déterminer si son père avait délibérément ou non dérobé ces cheveux.
Le facteur a été interpellé mardi soir à son domicile proche de Grenoble et placé en garde à vue. Il a été relâché 18h plus tard, faute d’éléments nouveaux.

Cette histoire qui peut paraître anecdotique et dérisoire face à des problèmes plus graves, soulève tout de même chez moi certaines interrogations d’ordre éthique, historique, et enfin diplomatique.

D’ordre éthique tout d’abord, car l’on peut se demander s’il est moral de détenir des parties de dépouilles. Le trafic de momie et plus généralement d’objets de l’Antiquité, ou même de cadavre n’est malheureusement pas né avec notre temps. Si les Egyptiens vénèrent leurs morts, les Européens en ont fait le commerce. A la fin du Moyen Age, un remède miracle appelé « mummie » est censé soigner toutes sortes de maux : douleurs gastriques, blessures… Rapidement, il est prescrit à toute occasion. A l’origine, cette substance est fabriquée à partir des corps desséchés d’antiques momies. Le remède parvient chez les apothicaires sous trois formes : morceaux de cadavre, pâte noirâtre, poudre obtenue en consumant les corps… Ce remède a tant de succès que le roi de France lui-même, François Ier, ne se déplace jamais sans sa mummie. Ce sinistre commerce reste florissant en Europe jusqu’à la fin du 17e siècle. Mais bon, ce remède était bien pire que le mal et occasionnait douleurs et vomissements.
Dès 3000 avant notre ère, l’Egypte affirme sa croyance en une vie future. Elle pense que la préservation du corps humain dans son intégrité est indispensable pour accéder à cette nouvelle existence. C’est pourquoi, elle invente la momification. Pour les Egyptiens, la vie après la mort est bien plus importante que la vie terrestre. La personne comprend un corps auquel sont associés plusieurs principes spirituels qui, libérés après la mort, restent liés au cadavre. Mais pour cela, le cadavre ne doit jamais regagner l’air. N’est-ce pas en quelque sorte violer les croyances d’un peuple que d’exhumer ces momies ?

Les techniques de communication les plus avancées viennent jongler avec l’ordre établi durant l’Antiquité… A chaque âge, sa profanation : les archéologues ont désacralisé les rites funéraires en exhumant les sarcophages. Maintenant vente ? N’est-ce pas une escalade dans le pire ? Quoi plus tard ? Étage par étage, les techniques progressent… Et l’éthique ? Quel respect pour les autres civilisations et pour les morts ?

28.07.2007

Le prix de la vie

Souvenez-vous, ça n’est pas si vieux. Lorsque le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a annoncé la grâce des 15 marins en "cadeau" au peuple britannique, près de deux semaines après leur capture par les forces iraniennes, le Premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, a salué l'annonce de la libération, disant que Londres était déterminé à résoudre la crise de manière pacifique. Plus récemment, la libération des infirmières Bulgares par les autorités Libyennes, après les négociations de l’Europe et en particulier de la France.

Comme toute prise d’otage, les détentions des marins Anglais ou des infirmières Bulgares ont reposé le problème de la négociation diplomatique, en vue de sauver des vies humaines. De tous temps, pendant les guerres et les conflits, des êtres humains ont été kidnappés, et réclamés pour des revendications politiques, sociales, ou plus simplement contre de l’argent : on parle alors de rançon. Mais comment fixer le montant de cette rançon ? Comment évaluer le prix de la vie d’un être humain ? J’ai essayé d’y voir clair.

La question du prix de la vie n’est pas taboue en économie ! Dès le XVIII° siècle, les économistes, et notamment, à l’époque, les physiocrates, se sont interrogés sur la question du prix d’une vie humaine. La question de base est en fait : l’homme est-il propriétaire de lui-même ? Et si oui, quels seraient les critères pertinents pour en faire l’évaluation ? La force physique ? La beauté ? L’intelligence ? La notoriété ? Le débat portait surtout à l’époque sur la question, bien entendu, de l’esclavage, et Dupont de Nemours, ami de Quesnay, avait fini par trancher : aucun homme ne peut être propriétaire de son corps.

Et pourtant… aujourd’hui, la vie humaine semble avoir un prix, au regard des événements du monde. En Iran, les autorités judiciaires ont fixé pour 2007, comme elles le font chaque année, le « prix du sang ». Tout responsable de la mort d’une autre personne (du meurtre au simple accident) doit payer une compensation à sa famille. En Iran, la vie d’un homme vaut donc environ 28 000 € et celle d’une femme la moitié. On constate une augmentation du tarif de 34% par rapport à l’année dernière.

Au-delà de la révolte suscitée par le sort financier et général réservé à la femme, que penser de ce chiffrage de la vie ? L’idée d’attribuer une valeur économique à l’homme apparaît spontanément inacceptable ! Tout aurait alors un prix ? Un œil ? Un rein ? En quelques clics sur le net, on découvre qu’en 2006, sur le marché du trafic d’organes, la cornée de l’œil se vend 22 500 € et le rein 46 500 €… La traite des êtres humains a rapporté en 2004 entre 8,5 et 12 milliards d’euros, selon Europol.

Mais au-delà de ces comptes inacceptables moralement, le prix de la vie est bel et bien calculé par des économistes de la santé, ou d’autres qui, dans le cadre de la rationalisation des choix budgétaires, aident les décideurs publics à arbitrer, notamment en matière d’infrastructures. Le Président d’EDF et économiste de renom Marcel Boiteux a théorisé le concept de « valeur marginale de la vie sauvée ». Il indique ainsi que, pour EDF, le prix retenu pour la vie humaine était de 1,5 millions d’euros. Il explique aussi qu’il doit passer sur les détails de ce calcul… et il en est en effet peut-être mieux ainsi…

21.07.2007

Que la France est belle

Que la France est belle. Que la France était belle hier vue du train. Que la campagne était verte, quel le ciel était ciel. Hier, de la fenêtre du train, j’ai vu la France. J’ai vu la France de l’arrière. J’ai vu l’arrière des maisons, j’ai vu les champs, les marécages, la boue et les poubelles. J’ai vu cette France que l’on ne voit que du train, et je l’ai trouvée belle. J’ai vu ses villages, ses clochers, ses ruines. J’ai vu son Soleil, ses nuages. J’ai vu la nature, la nature comme elle poussait avant moi, comme elle poussera après moi, comme elle a poussé et poussera toujours. J’ai vu les forêts, le vert, le dégradé, la mousse, l’eau. J’ai vu la pluie, les éléments, la fumée, le feu. J’ai vu la France pittoresque, la France qu’on appelle profonde, non pas parce qu’elle est loin, mais parce qu’elle est l’essence même de ce que la France fut et est. J’ai vu cette France et je l’ai trouvée belle. J’ai vu le geste auguste de la semeuse, vieille femme tordue, courbée par l’âge et l’effort, j’ai vu ces grains qu’elle lançait, j’ai vu son acharnement, j’ai vu son courage. J’ai vu sa lassitude, et je sais aussi que pour rien au monde elle ne quitterait ses sabots, elle ne quitterait sa terre, cette terre de France où elle est née, a vécu et mourra. J’ai vu les labours, j’ai vu les vaches et les chevaux. J’ai vu les tracteurs et l’agriculteur. J’ai vu le marécage, les algues, l’herbe plongée, les racines de l’arbre, j’ai vu l’arbre centenaire. J’ai vu le canal, j’ai vu ses lignes droites, ses formes géométriques. J’ai vu les écluses, les bateaux, la fumée, le bras des hommes. J’ai vu l’eau, l’écume. J’ai vu l’impatience et la patience.

J’ai vu le dos des maisons. Maisons qui donnent tout devant, et oublient qu’on les voit par l’arrière. J’ai vu les jardins, les grilles. J’ai vu les vieilles voitures bâchées. J’ai vu ces pneus sans roue, coupés du bitume et frustrés de l’asphalte. J’ai vu la France de dos, et je l’ai trouvée belle. J’ai vu les murs, les buissons, les fossés. J’ai vu les oiseaux, les fils électriques. J’ai vu les vagues sur le canal, l’onde qui secoue, l’enfant qui tend la main dans l’eau et la trouve froide. J’ai aussi vu la mère inquiète lui tendre le bras. J’ai vu le pont, j’ai vu les routes, les voitures et les piétons. J’ai vu les promenades, le chien qui court. La joie du chien enfin libre, la folie du chien dans la nature. J’ai vu le feu rouge et les voitures s’arrêter.

J’ai vu la nuit tomber sur la France. J’ai vu le ciel qui s’éteint. J’ai vu le berger entrer ses bêtes. J’ai vu l’épouvantail au milieu du pré. J’ai vu les arbres, les fruits, les paniers. J’ai vu les abeilles, les fleurs. J’ai vu du rouge, du jaune, du bleu. J’ai vu la montagne au loin. J’ai vu les neiges éternelles, j’ai vu le Soleil mourir au fond du ciel. J’ai vu le tunnel, j’ai vu les yeux dans le noir. J’ai ouvert les yeux dans la nuit. J’ai vu les lumières, les scintillements. J’ai deviné les intérieurs des maisons. J’ai vu le bord des routes. J’ai vu l’avant, l’arrière des voitures qui se croisent. J’ai vu la nature dormir, attendre l’aube, demain comme aujourd’hui, et ainsi depuis les aubes du monde. J’ai vu ma main dans le reflet de la vitre. J’ai vu le train qui nous a croisé. J’ai vu le noir, dense et épais. J’ai vu la nuit sur la France et je l’ai trouvée belle.

J’ai vu l’entrée des villes. J’ai vu les parkings, les châteaux d’eau. J’ai vu les lampadaires, les maisons plus proches. J’ai vu des volets ouverts, des volets fermés. J’ai vu les premiers immeubles. J’ai vu les paraboles, les pots de fleurs. J’ai vu les fenêtres allumées, les fenêtres éteintes. J’ai vu les publicités, les supermarchés. J’ai vu les cours d’école. J’ai vu les enfants, les jeux, le ballon, j’ai vu les bâtiments, j’ai vu les filles et les garçons. J’ai vu l’avenir de la France, et je l’ai trouvé beau. J’ai vu les manèges, les décorations, le sapin de Noël, la place du village, les guirlandes, j’ai vu la buée sortir des bouches. J’ai vu la voiture garée sur le gravier.

J’ai vu la colline verte, les arbres en haut, les arbres en bas. Le vert partout. Les constructions de l’homme au milieu de la campagne. J’ai vu la main de l’homme, et j’ai vu la nature. Je les ai vus en harmonie. Je les ai vus en conflit. Je les ai vus se respecter car l’un est né de l’autre et l’autre risque sa vie au contact de l’un qu’elle a créé. J’ai vu la vie en France, et je l’ai trouvée belle. La France millénaire, la France de la tradition. J’ai aussi vu la France et sa puissance. J’ai vu la force nucléaire. J’ai vu les centrales, j’ai vu les deux gros tubes gris au milieu de nulle part. J’ai vu la fumée blanche. J’ai vu les oiseaux et les rayons du Soleil passer au travers. J’ai vu l’intelligence de la France, j’ai vu sa technologie, j’ai vu son goût et son besoin de perfection. J’ai vu la France, et j’ai été fier. J’ai vu la France du travail, j’ai vu la France du progrès. J’ai vu la France au cœur d’elle-même, et au cœur de moi-même. J’ai vu la France face au ciel, j’ai vu la France se regarder. J’ai vu la France et ses habitants. J’ai vu ces hommes et ces femmes, ces paysages et ces ombres qui appartiennent à la France et qui sont la France.

J’ai entendu les musiques de mon pays, et je suis fier d’être Français. J’ai vu la France, ses clochers, ses croyances, sa foi, ses fois, son espoir, son cœur qui bat. J’ai vu la France et son patrimoine. Je l’ai vue fière de son passé, de sa richesse, de son Histoire qui la propulse vers l’avenir. J’ai vu les cimetières, j’ai vu le respect, les croix, les tombes. J’ai vu la vie autour. J’ai vu des larmes, des souvenirs, des sourires.

Je suis descendu du train, j’ai senti le sol de mon pays sous mes pieds. J’ai senti le sol de la ville. J’ai respiré le vent de l’hiver. J’ai refermé les yeux pour ne rien oublier et ne laisser aucun souvenir partir avec le vent.

Hier, j’ai vu mon pays comme je ne l’avais jamais vu. J’ai vu la France comme elle s’est offerte à moi. J’ai vu ce que tous voient dans leur pays, ce que tous les pays possèdent, ces éléments qui sont la nature des choses. Mais j’ai ressenti l’émotion, j’ai reçu la conscience que jamais mon émotion ne saura être aussi forte ailleurs.

Je suis fier d’être Français. Emotion que je traduis en mots, ces mots qui sont ma langue, ma langue que j’aime et que je m’émerveille de parler. Cette langue qui est la France.

Que la France était belle hier vue du train…

13.07.2007

Une Vie Française, de Jean-Paul Dubois

86078ca672a82da3a650e2207b2c32e5.jpgDéjà son nom, Dubois Jean-Paul, un nom et un prénom qui semblent naître de la patrie des « rien à signaler », courants au point d’en être banals, stigmates d’une époque ordinaire. Le titre du livre, « Une vie Française ». Oui, effectivement, il y a toute une vie dans ces 367 pages, une vie concentrée en quelques mots, tant et tant de jours en quelques lignes. On pourrait se dire que l’entreprise est trop ambitieuse pour être honnête, que, sûrement l’auteur ira bien vite sur certains passages, que ça sera peut-être bâclé… Non, non, n’ayez crainte. Ce livre ne part pas tambours battants. Ce livre est même très lent, le rythme d’une barque qui dérive sur un étang un jour sans vent.

Ce livre aurait aussi pu s’appeler « Paul Blick sous la Vème République ». La volonté de l’auteur a sûrement été de raconter la vie de son personnage (lui, on l’a bien compris) en parallèle à celle de la Vème. L’histoire dans l’Histoire. Ce qui me désole, c’est que cet ouvrage ne remplit aucune des annonces de son titre. Effectivement, on lit bel et bien l’histoire totalement sans intérêt d’un Toulousain post-soixante-huitard mi-attardé mi-mollusque, mi-gauchiste mi-désenchanté.  Mais les ajouts de « moments d’Histoire » sont autant inutiles que maladroits. Sorte de furoncles sur un corps mou et terne, comme un vieil homme laid et chauve dans une voiture de sport en ruine.

On pourrait faire bien des reproches à Paul Blick et à son auteur. On pourrait lui reprocher son ton flottant, apathique, râleur lâche, totalement inadapté socialement. Mais le pire reproche qu’on puisse lui faire est qu’il n’est pas drôle ! Souvent, on tombe dans une vulgarité qui a sûrement pour but de nous faire rire, mais si l’on sourit, c’est plus de dépit que d’autre chose.

En constante mais discrète rébellion, Paul Blick est le premier à pester contre l’argent facile, contre le fric, contre le sale capitalisme qui ne fait que du mal, qui détruit les gens... Mais Paul Blick est aussi bien heureux lorsque ses livres de photographies se vendent et qu'une fortune entre dans sa vie…

Paul Blick le rebelle, qui mène une vie d’une conventionalité confondante. Récalcitrant à la pensée unique, marié, deux enfants, belle maison en banlieue… Il essaye désespérément de faire jouir sa maîtresse, mais on sent bien que lui ne jouit pas de grand-chose. Et le lecteur non plus. Un mari transparent, un père médiocre, un amant minable mais attachant, un inutile aux yeux de la société. Un homme qui s’ennuie. Un homme que rien n’intéresse, un homme sans passion, même pas par égoïsme. Un homme qui réussit, par chance, parce que son look baroudeur correspond à la mode, mais qui retombe dans l’oubli et l’ennui presque instantanément.

Paul Blick n’a pris qu’une décision dans sa vie : n’en prendre aucune !

Jean-Paul Dubois semble quelqu’un de gentil, attentionné. Un auteur tout sauf romanesque qui signe un livre aux antipodes d’un livre d’aventures. On se balade mollement de réflexions sur la vie salaces en déceptions et événements malheureux qui font, au mieux, se demander dans quel merdier on se trouve. « Une vie Française » est un livre qui fait décrocher, un livre que l’on tient dans ses mains plus que l’on ne lit, après avoir passé plus d’un quart d’heure les yeux dans le vague, on se rappelle que l’on était en train de lire et que c’est étonnant de se déconcentrer comme cela.

Une petite note positive : « Une vie Française » qui ne brille ni par son fond ni par la langue anti-soutenue, reste un livre par moments presque prenant. Au moins, on ne s’endort pas. A recommander pour patienter sur la plage, pendant que le Soleil fait son effet.