14.06.2008

Suicide - Diane Dufresne

Un magnifique texte de Serge Gainsbourg... Pour la richesse de la langue... Et pour la voix de Diane Dufresne :  

J'me verrais bien m'taper de l'arsenic
J'entends mes râles émouvants
Je vois quelques sables mouvants
Se coller à mes cosmétiques

J'verrais assez ma tête au bout d'une pique
Mon joli petit cou sanglant
Ou me faire les cartes en trichant
Et me tirer l'as de pique

J'me verrais bien là-bas dans l'Antarctique
Me mettre autour de mon séant
Au beau milieu de l'océan
Une bouée marquée "Titanic"

J'me verrais bien mordu par un aspic
Ou encore par un chien errant
La proche pharmacie manquant
De sérum antirabique

J'me verrais bien sur un pain de plastic
Comme Larousse semé à tout vent
Mes quatre membres et moi crevant
De cette chirurgie esthétique

J'me verrais bien le crâne entre deux briques
Une à une crâcher mes dents
Exhaler en caillots de sang
Tout mon amour égocentrique

Je verrais bien ma guitare électrique
Me foudroyer en un instant
J'me vois aussi innocent
Assassiné par la critique

J'me vois lynché sur la place publique
Par mes admirateurs d'antan
Qui m'aiment encore, qui m'aiment tant
J'me vois hué par mon public

...

Texte: Serge Gainsbourg / Musique: Claude Engel

26.04.2008

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 3 : Sans regrets à Montauban :

137361945.JPG Elle nous salue, se laisse longuement applaudir avant d’attaquer Sans regrets. Version strictement identique à 2005, avec de longs « Aaaaaaah » magnifiques et très réussis. Cette chanson, comme Toi et moi, a un pouvoir, un pouvoir d’évocation, le pouvoir de nous plonger dans un univers lunaire, cette Lune qui nous appelle et qui veille sur cette petite salle, dans ce soir si particulier.

Encore une des versions inédites de 2008 : Sad Limousine. L’intro si atypique de cette chanson a disparu, je mets un certain temps à la reconnaître. Ca bouge pas mal, notamment le refrain et le pont. L’ensemble est bon, même si ce n’est pas ce soir ma chanson préférée. Peut-être aurait-elle dû arriver plus tôt dans le programme. Mais suivie par Marie, cela s’avère parfait. Marie, à l’intro si triste, si mélancolique. Cette chanson si étonnante, qui bouge énormément, et qui commence comme une des plus sombres. Véro appuie sur le « pas » de « j’te l’ai PAS volé, c’est ton homme »… La tension monte vite, les musiciens entendent bien faire du rock ! « Est-ce que tu l’aimes enco-ore ? » La batterie tombe et la page mélancolique est tournée, « Houn di di da… » Les onomatopées sont gutturales, elles arrachent les cordes vocales du public qui est uni dans un même élan de joie et de vie.

La petite bande du premier rang crie, hurle, exulte, s’excite… Alia Souza démarre. Le public, même les non fans, connaissent cette chanson. Véro la chante bien, elle tient bien les « Aaaah » du début. Je suis content de l’entendre aussi bien chantée. Elle se plante un peu dans les paroles, ce qui la fait rire et nous fait rire par ricochet. Les musiciens se lancent dans un pont aux accents de salsa. On se revoit à la Rochelle, il nous manquerait presque Fugain. Mais c’est bien aussi sans lui. On sait bien qu’elle va laisser nos cœurs tous vides là, à la fin du concert… La pression monte, les trois-quarts du concert sont déjà passés. Il faut absolument profiter des minutes qui restent. Les quelques secondes que Véro nous offre encore seront la fête à Sanson… Et nous n’avons pas encore utilisé notre arme magique ! Les pétales attendent sagement dans leurs poches. Le public se déchaîne, ça va vite, ça sourit de partout, ça crie, ça bouge, ça tape des pieds.

Indestructible est lancé par une batterie agressive. Les guitares électriques lui emboîtent le pas, pour ce rock puissant et bagarreur. Cette chanson compte parmi mes préférées. Elle est l’hymne des sansonniens, fragiles mais indestructibles, sensibles mais solides, comme Véro. Un passage du documentaire de Didier Varrod me revient en mémoire : « On est indestructibles, puisqu’on s’est déjà détruits… » La salle entière lance des poings levés sur les derniers refrains. Avant de conclure par le dernier « In-des-truc-ti-ble », Véro ménage une pause de quelques secondes. Paddy à côté de moi lance les premières notes. Véro se racle la gorge, les choristes se sont rapprochés d’elle. Le cri est lancé, plein de rage, des flammes dans les yeux. Nous l’aimons comme ça notre Véro : Indestructible. Avec un grand I.

Les guitares entament un rock enflammé. Rien que de l’eau. Cette chanson a un étrange pouvoir en concert, elle fait se décoller les fesses du spectateur du dernier rang, qui n’avait pas encore osé se lever. Je me retourne plusieurs fois, tout le monde, sans exception, est debout. Tout le monde tente de se masser autour de la scène. Nous sommes écrasés les uns sur les autres. Des gens montent sur les baffles sur le côté. Une secousse de délire nous traverse. Je tremble un peu, car les pétales ne vont pas tarder à sortir de leur poche. Il est prévu que Véro sorte de scène un petit moment, et revienne pour un dernier refrain. Nous nous tenons prêts pour cet instant. Les poches sont contre nous, contre la scène, nos mains sont plongées à l’intérieur. Les pétales, douces caresses veloutées, glissent entre nos doigts. Tout à coup, Véro entre sur scène. Elle revient. Je tremble. Je regarde mes amis. Nous attendons la seconde propice. Elle approche. Elle arrive devant nous. Un nouveau refrain commence. Un dernier coup d’œil de connivence entre nous. Nos bras se déplient. Véro est arrosée de pétales. Nos six bras sont parfaitement synchrones. La pluie de pétales monte relativement haut, et nous rejaillit dessus. La scène est inondée sur plusieurs mètres. Véro sourit. Elle marche dessus, et nous gratifie d’un pouce levé. Je suis tellement dans l’euphorie de l’instant que je ne fais pas trop attention aux réactions de la salle ou de la scène. Cet instant est magique, ça sent bon, et c’est si beau !

Véro fait venir tous ses musiciens près d’elle, devant le piano. Elle nous les présente, un à un, avec tant de mots gentils, tant de tendresse… L’équipe est là, ils s’aiment, ils forment un ensemble parfait, d’amour et d’amitié. Michael Hernandez est là aussi, et Véro entame un petit bout du refrain : « l’Amour est un voleur… » La petite formation quitte la scène.

Nous languissons un long moment, dans un tintamarre, un brouhaha de fans hystériques. Véro se fait désirer pour ce rappel. Elle est longue à revenir. Hervé Le Duc entre en scène discrètement, comme à son habitude. Ils vont nous jouer Quelques mots d’amour, comme en 1994, comme en 2000 ; comme à chaque fois qu’ils la jouent tous les deux, une des plus belles chansons de la variété française, par la plus grande des interprètes. Avec le temps des chansons en piano solo, revient aussi la voix de mon voisin de droite, trop content de montrer que, celle-là aussi, il la connaît. Mince, il les connaît toutes… J’avais décidé de chanter encore plus fort et plus faux que lui, bien dans son oreille. Mais, peut-être était-ce l’émotion, il fut relativement silencieux. La voix de Véro est délicieuse et déchirée.

Visiteur et voyageur. Nous avions eu la chance en 2005 d’entendre cette chanson à Toulouse. Véro voulait rendre hommage au Pape Jean-Paul II, décédé quelques jours plus tôt. Cet instant avait été très émouvant. Ce soir, Véro nous demande la tonalité. La salle lui crie des tonalités farfelues. Mais je sais bien qu’elle nous dit n’importe quoi, et qu’elle la sait bien sa tonalité ! La version piano solo de cette chanson est magnifique, surtout les accords de jazz à la fin, qui traduisent l’horloge qui « s’arrête pile à l’heure », comme le cœur de tout ce public, si triste de devoir se séparer bientôt. Véro se lève et crie « Merci » sans micro. Elle rayonne.

Une femme dans le public lance « Ma Révérence ». Quelle idiote ! Nous savons bien que c’est l’heure. Qu’il va falloir se quitter. Deux heures sont passées, tant d’émotions. Je suis épuisé, mais j’en reprendrais bien encore plusieurs heures. Une très belle Révérence ce soir, sans excès de douleur. Les talons de Véro battent le sol, notamment pendant le solo de piano, où elle assène à la scène des coups très violents.

Elle nous salue pendant plusieurs minutes. Des gens commencent à partir, car on sait bien qu’il n’y en aura pas d’autres. Pourtant, elle l’a eu fait… Mais pas ce soir, malheureusement. En quittant la scène, elle recule dangereusement sur un élément technique qui la fait vaciller. La salle s’exclame « attention » d’une seule voix, mais plus de peur que de mal, « ça, je le savais ».

La tension redescend d’un coup. En quelques secondes, ce sommet d’adrénaline et de plaisirs chute à un niveau vertigineusement bas. Il nous reste encore l’espoir de la croiser à la sortie. J’étais loin d’imaginer tant d’événements post-concert. Nathalie prend une photo de la salle avant de sortir. L’amie de Paddy lui saute dans les bras pour le remercier de l’avoir invitée ce soir, elle a tant aimé ce concert.

Pour être complet sur cette soirée, il faudrait aussi vous raconter les mots échangés avec mes amis à la sortie, les rencontres si sympathiques avec Michael Hernandez, si ouvert, si bavard, si gentil ; avec la jeune fille à la caméra, qui sera très agréable aussi, qui offrira son autocollant Véronique Sanson à Criket ; avec Rycko, que je rencontre pour la première fois, alors qu’il est l’ami de mes amies ; avec Iron, énorme chien de cent kilos et d’un mètre de haut ; avec Véro enfin, qui nous a offert de longues et trop courtes minutes, en sortant de sa loge et avant de monter en voiture. Véro habillée d’un blouson « d’un papillon à une étoile », avec modestement brodé devant un petit « Véro ». Véro, que je vois plus de dos que de face. Christian, qui se méfie de moi, « attention à son bras »… comme si j’allais lui faire du mal à ma Véro ! Personne ne lui veut autant de bien que nous. Véro veut rencontrer le chien et, douceur du danger aidant, lui trouve un air « si gentil », enfermé dans sa muselière. Un bon du chien, dû à des flashes d’appareils photo auront raison de la patience de Christian, qui pousse Véro dans la voiture. Le temps pour Nicolas de demander au vigile de prendre une photo, ce que ce dernier refuse, en suggérant lui de faire prendre la photo « par le Monsieur là », en l’occurrence, moi. Je prends donc la photo, très jolie, que vous connaissez. Je n’ose demander ni photo, ni bise. Criket l’embrasse. Véro monte en voiture. Criket se plante devant la fenêtre et lance des « Yes » très appuyés. Elle poursuivra même la voiture, en courant derrière sur le parking, avec ses désormais légendaires « Yes ».

Pour être encore complet, il faudrait raconter l’épisode champagne et boudoirs dans mon petit appartement, avec notre courte errance en voiture dans ce quartier de Bordeaux qui n’est vraiment pas le mien, avec Paddy assis sur un tabouret pour enfants, avec ma capitalisation active de toutes les photos et vidéos de la soirée, avec les verres dépareillés…

Pour être complet, il faudrait encore remercier Paddy pour les pétales, pour avoir engagé la conversation avec Michael Hernandez ; Michael Hernandez pour la magnifique dédicace qu’il a réussi à nous obtenir ; Véro pour les autographes sur le ticket, sur le programme ; Véro pour le spectacle, l’énergie, le partage, pour nous tous, pour nous avoir fait nous connaître, nous rencontrer et nous aimer.

Merci à mes amis, à Nathalie, à Laurence, à Martine, à Sylvie, à Patrick, à Christine pour la soirée. Merci les filles pour cette errance organisée le lendemain dans les rues de Bordeaux. Bordeaux, au temps si gris ce jour-là, avec sa bruine caractéristique des jours tristes, tristes d’être le 28 et non le 27… Ces rues où vous avez traîné des pieds, bouquiniste, boutique atypique pour collectionneurs de gadgets et de verres de bars, promenade nonchalante, croque-monsieur et lasagnes, moi qui avais pensé faire un périple énorme, pour TOUT vous montrer. Merci Nathalie de m’avoir offert ce repas ! Un dernier au revoir à l’hôtel, et je rentre… Seul ! Face à cet appartement vide, avec mes trésors sur le bureau : t-shirts, stylo, programme, post-it… Tout est là, cadavres d’une soirée enflammée, vestiges de souvenirs inoubliables, ruines souriantes d’un moment d’exception !

Je me connecte. Je regarde le site. Il y a une date, bientôt, à Montauban. Un rapide coup de fil aux filles. Elles y vont, bien sûr… Ni une ni deux, je saute dans la rue, jusqu’au Virgin : « Bonjour, je voudrais une place pour le 8 Mai, Véronique Sanson à Montauban ». Billet en poche, j’appelle Paddy, toujours sur son nuage, à écouter sa vidéo de « Ma Révérence ». Il nous fera savoir quelques jours plus tard qu’il viendra aussi.

A bientôt les amis ! A bientôt Véro…

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 2 : Monsieur Dupont à Bahia :

546897746.JPGQue ressent un individu placé sous hypnose ? Que perçoit-il de la réalité ? Dans quelle mesure est-il conscient des événements qui l’entourent ? Nous sommes tous un peu hypnotisés par Véronique. Elle est là à moins d’un mètre de nos bras tendus, on l’entend parler, même sans micro.

Les chansons se suivent, dans un ordre bien choisi.
Monsieur Dupont, Je suis la seule.

Je suis la seule, dont je ne garde pas de souvenir. Je n’arrive pas à atterrir sur cette chanson. Je regarde tellement Véro que même la musique n’a pas d’importance. Peut-être le mot fascination est-il plus exact que le mot hypnose. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas personne dans la salle que Véro et moi, ou plutôt, Véro et mes yeux. Véro au piano, Véro debout. Rien n’existe plus, mes voisins ont disparu, les musiciens aussi. C’est un état de pure hébétude, comme le sommeil, une sorte d’absence. Comme dans un concert classique où j’ai toujours tendance à tellement me focaliser sur le chef d’orchestre, j’ai besoin de faire un effort sur moi-même pour entendre le concert, le son, la musique, profiter du spectacle entier, et non que de l’image.

Véronique est contente de retourner à Bordeaux, surtout depuis que la ville est propre, « avant elle était toute noire ». Elle espère que nous allons partager la musique. « No problem » s’écrit une voix dans la salle. « Alors allons-y, je suis contente de vous voir. » Nous aussi !

« Dans la vie, c’est toujours pareil, pareil… » Ca fait tellement plaisir à entendre, je crois que nous nous levons.

Elle est une grande piégeuse… On rêve un coup sur Toi et moi. L’intro est un peu ratée, mais l’ambiance de la chanson est tellement magique qu’on décolle directement vers la Lune, dans une navette en forme de piano et conduite par une petite femme blonde chaussée de bottines noires à talons. Cette version ne ressemble ni au Zénith 1993, ni à la tournée d’été 2005. C’est un arrangement nouveau, assez intéressant.

Sans transition, Un peu d’air pur et hop ! La soirée est décidemment placée sous l’étoile du rock’n’roll, un rock tendre et bestial, comme on ferait l’amour. On tape dans nos mains, je tape du pied sur le sol, la rangée de fauteuils remue beaucoup, mes voisins sont tous aussi agités que moi. Cette chanson n’avait pas eu la carrière qu’elle méritait ; heureusement, elle est le centre de la tournée. C’est une des rares fois que l’on pourra l’entendre avec uniquement Véro (soit l’ancienne version 1988, soit le duo avec Clémentine Célarié, soit avec les 907 choristes). Véro nous fait signe de nous lever, ce que je fais au milieu de la chanson. Elle le voit, me fixe, me montre du doigt et lève son pouce en signe d’approbation. Yeah !

Entre les chansons, nous crions des « Bravos », des « Vérooo », « on t’aime Véro », et beaucoup de « ouééé »… le vocabulaire est assez limité. Vers la fin, des « Merci » viendront aussi.

Vancouver. La même version qu’en 2005, avec en plus, des petites originalités du nouveau choriste Medhi entre les « je danse ». Véro nous demande de chanter avec elle, elle nous écoute, elle nous veut. Je crie « on t’aime Véro » qui la fait sourire. Les lumières valsent sur scène. Chanson typiquement sansonnienne. Elle n’est pas ma préférée, mais un concert sans Vancouver est inimaginable. « … ils vous accueillent avec des rires et des bravos », la salle hurle, éh oui ! Mon voisin de droite crie « tu vas trouver » quand Véro chante qu’elle « cherche quelque chose ». Je ne trouve pas ça malin, mais ce monsieur tout au long du concert l’indélicatesse de chanter plus fort que Véro, de préférence avec une mesure d’avance, pour nous montrer qu’il a bien appris les paroles. Sans commentaire, je suis aussi sûrement un spectateur pénible.

Amoureuse, déchirée, en trio avec les choristes (ou en quatuor avec mon voisin de droite). Très belle version. La salle s’envole sur la montée chromatique qui ferme les couplets.
Véro nous remercie pour nos silences qui sont encore plus beaux que tout le reste.

Les musiciens reviennent sur Je me suis tellement manquée. La version ressemble encore à celle de 2005, même si les musiciens sont plus discrets. Véronique est encore déchirée, l’émotion est bien là. La tension est palpable sur chaque mot. La voix est impeccable. Un régal. Tout comme Seras-tu là ? Debout ou calée contre le piano. Toute la salle est au bord des larmes. Une grande version, comme en 1993. Le public est un peu anesthésié après cette chanson, il faudra quelques secondes à Véro pour pouvoir sortir de l’émotion et reprendre le concert, tout comme nous…

Elle nous dit quelques mots sur les dédicataires des chansons, sur leurs titres provisoires, sur Bernard’s song, sur une certaine chanson intitulée Diplodocus, mieux connue sous le nom de Donne-toi.

Les choses qu’on dit aux vieux amis. Cette chanson résonne particulièrement en moi, notamment car elle est peut-être ma chanson préférée de Véro, dans un contexte amical très tourmenté. Cette chanson est tellement bien écrite, tellement juste, tellement écrite pour moi, sur la situation actuelle avec celui que j’appelais mon meilleur ami ou mon frère. Ces démons, ces moments théâtraux, ces années brûlées…

Sans transition, les Tyrans… Cette chanson si atypique dans le répertoire sansonnien. Véro est au centre de la scène, bien en face du prompteur, pour la liste si longue de ces « rois imbéciles ». Elle a un peu de mal sur les paroles, mais dans une bonne humeur époustouflante, et puis, elle est à quelques centimètres de moi. Je suis tétanisé, les yeux grands ouverts. Elle demande à la salle de se lever. Un spectateur fait de la résistance au premier rang, elle le fixe pour qu’il se lève. Elle ne le lâchera pas tant qu’il ne sera pas levé et il l’a bien compris : il reste assis, un grand sourire aux lèvres. Cette petite affaire durera près de deux minutes, j’ai envie de me rasseoir.

Bien souvent je me retourne, regarder la salle derrière nous. Seul le premier rang est debout, je nous sens un peu isolé. Mais la chaleur vient de la scène…

Dans la même ville, dans une version que je ne comprends pas trop. On est très loin de la version studio, et à part sur le refrain, je ne saisis plus la mélodie de départ. Chanson très transformée. Etonnante, intéressante à voir en live. Cela mériterait d’être réécouté.

Le public lance des cris de rythme, des « yeah ». Criket est ancrée dans la musique. Elle hurle « bravo Véro ». Véro, qui est toujours si proche de nous…

Bahia, transformée, qui n’est plus une chanson de rappel. Une ballade douce et souriante. Elle nous demande de chanter avec elle. No problem ! La version ressemble à celle chantée par Alain Chamfort à la Rochelle en 1994, mais chantée cette fois-ci par une vraie voix, celle de Véro, et celle du public enthousiaste. « Encore ! Et je t’aime, oh ! Caresse-moi… » Violent, félin, érotique… Le Casino virevolte de douces délices.

Véronique Sanson au Casino de Bordeaux, le Jeudi 27 Mars 2008 : Chapitre 1 : Monsieur Dupont au Casino :

1616363213.JPGJe savais Véro capable de beaucoup de choses. Je savais que Véro m’étonne à chaque fois. Je savais que je ne serai pas déçu. Je savais que la revoir après tant d’années me bouleverserait au plus au point. Je savais qu’elle allait mettre le feu au Casino, faire tout sauter, dépasser les records, tout démolir avec son énergie débordante, avec cette folie qu’elle nous donne et que nous lui donnons, et qui rend ces moments beaux, si beaux. Je savais que Véro serait Véro, que c’est déjà beaucoup. Mais je ne savais pas à quel point j’allais être surpris par ce concert-là, par ce soir-là, par cet instant de deux heures qui est plus qu’un concert, plus qu’un show, plus qu’un spectacle, plus qu’un moment de vie et de partage. Ce ne sont pas des chansons que Véro a chanté ce Jeudi 27 Mars 2008, ce Jeudi que j’attendais depuis si longtemps, depuis les chaleurs de Juillet, jour où j’ai réservé ma place, depuis les chaleurs de Carcassonne en Juillet 2005, jour où je l’ai vue pour la dernière fois… Véro, ma Véro, notre Véro… Rien qu’évoquer votre nom, vous imaginer entrant sur scène fait surgir l’émotion. Véro, pouvez-vous savoir comment et à quel point j’ai pu attendre ce jour, cette soirée-là, qui nous a vus tous réunis, nous, petit peuple de fous, de fans, petit peuple de chaleur, petite famille et grands amis ? Ce Jeudi, je pensais avoir du plaisir à vous voir. Je m’étais bien trompé. Ce n’était pas du plaisir, c’était du bonheur.

Si ce texte est très lyrique, très emphatique, pardonnez-moi. Mais, sachez que tous les mots ont été pesés, et aucun ne dépasse le sentiment ressenti.

En commençant ce compte-rendu, je me rends compte de l’immensité de la tâche. Je voudrais tant raconter seconde par seconde, mot par mot, regards par regards tout ce qui s’est dit, fait, chanté, dansé… Chaque seconde, chaque mot et chaque regard sont pleins de tant de sensations, de tant de frissons, de joies mêlées, de confusions de sentiments, de larmes souriantes et de sourires humides… Il n’est pas possible de tout dire. Et tant mieux ! Le plus beau, c’est ce qui restera au fond de nous, dans nos cœurs, à jamais. J’avais écrit les comptes-rendus de Toulouse et de Carcassonne avec des objectifs d’exhaustivité, mais, des années après, je réalise que je n’ai rien oublié, que tout est là, que ces souvenirs ne sont pas prêts de s’évanouir… L’objectif de ce texte sera alors d’évoquer ce qu’a été cette soirée, plus poétique que factuel, plus tendre et plus proche de la réalité qu’un récit journalistique, malgré mon désir de complétude.

La folle parenthèse commence Jeudi 27 Mars 2008, aux alentours de 17h, pour se terminer environ 24 heures plus tard.

Drôle d’idée, le Jeudi, jour où normalement je n’ai pas cours, notre bien-aimé professeur de droit administratif a décidé de rattraper un cours Jeudi 27 Mars de 17h à 18h30… Tellement excité par la soirée en perspective, j’en oublie l’heure du cours et arrive plus de 20 minutes en retard. Vers 18h35, le prof estimant que nous n’étions pas pressés, décide de prolonger le cours jusqu’à 19h pour pouvoir terminer son programme… Je quitte la salle en claquant la porte, personne n’aura compris…

J’arrive à Bordeaux, devant le Flunch. Nathalie, Martine, Laurence et Sylvie sont là. Je suis ému de les retrouver, cela faisait si longtemps. Je n’arrive pas trop à parler, les mots ne sortent pas et il me suffit de penser à Véro pour avoir le souffle coupé. Nous mangeons dans la bonne humeur et dans une excitation redoublée d’être tous ensemble face à ce moment qui approche… Paddy et son amie ne peuvent pas nous rejoindre et nous attendent à la salle.
En route vers le Casino, mon estomac se noue de plus en plus. Je me sens ridicule d’avoir autant le trac ; ce n’est pas moi qui serait sur scène !
On arrive, Paddy est là. Nous prenons les sacs pleins de pétales de roses, magnifique idée de Paddy pour faire la fête à Véro. Impossible de me retenir d’acheter le programme. Tout noir, il est simple et la plupart des photos sont déjà connues. Nous montons dans la salle, c’est là !

A8… Je suis loin d’eux… Je négocie un déplacement de toute la rangée, et très gentiment, ces personnes acceptent. La moitié du petit peuple de Sansondamour est là, 1er rang à gauche. La Noiraude est là. Les instruments aussi. La fumée aussi. Nous avons froid, Paddy a mal à la tête. Il me fait jurer de ne pas penser à « l’après », quand Véro sera partie, quand le concert sera fini et qu’il n’y aura plus rien à espérer…

Mickael Hernandez arrive, après quelques mots de Véro en voix-off. Paddy a encore froid, la salle est gelée. Mickael chante, joue du piano. Il joue bien, il chante bien. Je regrette, mais je suis incapable d’écouter. J’applaudis vaguement, je suis là sans être là. Je le regrette d’autant plus que Mickael sera à la sortie et se révèlera être un des anges de la soirée. Il chante 6 ou 7 chansons, je ne sais plus, dont « Vue sur la mer » qu’il a écrite pour Véro en 2004. Tout cela est bien agréable, mais ça manque de Véro. Rien ne peut avoir d’importance quand Véro est sur le point d’arriver. Une jeune fille filme tour à tour le piano et le pianiste, et la salle.

La tension monte. Mickael s’en va et nous remercie. Nous mettons rapidement au point une stratégie pour le lancer de pétales. Ceux-ci nous attendent sagement sous nos fauteuils. Tout est en ordre. Nous attendons.

Les musiciens entrent discrètement. L’introduction mélancolique de « Monsieur Dupont » commence. Ils sont tous là : Basile, Eric, Medhi, Hervé Le Duc… à leur place. L’écran de l’ordinateur (Mac) d’Hervé Le Duc était en veille jusqu’à présent, un écran violet et vert, des vagues de couleurs, comme les écumes de notes qu’il va nous offrir lui aussi dans quelques secondes.

Je guette l’entrée de Véro. Plus rien n’existe à ce moment-là. Je n’entends plus la musique. Je ne vois plus mes voisins du public, la scène et les musiciens. Il n’y a rien qu’un rideau qui se soulève, la main d’un technicien qui prend doucement un pan de tissu noir dans sa main, la tire vers lui, une main, un micro, une attelle étoilée, une jambe moulée de cuir avec des étoiles en strass sur le tibia, une cravate noire à poix blancs, un large sourire, des cheveux blonds, un regard pétillant, des grands yeux, … Véro… Véro est là. Je n’y crois pas, je n’y crois plus, depuis si longtemps que je l’attends… Véro arrive, elle marche sur scène, elle vient juste devant nous… Elle est là, à moins d’un mètre. Nous sommes tous debout. Le concert prend résolument des accents rock dès les premières notes.
Je n’avais pas voulu lire la liste des chansons sur les comptes-rendus des concerts précédents. J’ai toujours beaucoup de mal à contenir mon impatience, mais je tenais absolument à la surprise. A part quelques chansons, je ne savais rien… Je ne serai pas déçu ce soir ! Les meilleures, les plus rock, les plus vibrantes sont là. La voix de Véro est là, elle aussi, elle que je redoutais tant, elle pour laquelle j’avais fait toutes les suppositions négatives voire malhonnêtes suggérées par mon esprit malade. Tout le monde est en place, tout le monde est là, tout le monde est en forme. On se rassied, on va pouvoir commencer.

21.02.2008

Liszt / Scriabine / Strauss – Lazarev / Ghindin au PDS le 08/02/2008 :

832114458.jpg Deux musiciens célèbres, le premier à la direction, le second au piano, que je ne connaissais pas. Le programme seul avait décidé mon choix, ce concert étant le seul de la saison proposant du Liszt. Echaudés par notre expérience précédente, nous étions là et assis bien en avance. L’orchestre entre, il y a deux petites orgues au fond à gauche (pour Strauss), et deux harpes, instruments que nous n’avons pas l’habitude de voir.

Liszt : Prométhée, poème symphonique : En un mot, ce court morceau de 13 minutes est « efficace », le mot est de Julien. Ce petit bijou mélodique, romantique, torturé, nostalgique… fait peur, fait trembler, transporte dans des élans de rythme et des cascades de notes. C’est magique, c’est Liszt, ça marche à tous les coups. Le chef Lazarev est un personnage excentrique, un show-man extravagant. Il bouge dans tous les sens, dans sa chemise de satin noir, ses lunettes et son brushing bien accroché. Le spectacle pourrait n’être que sa gestuelle.

Scriabine : Prométhée, poème du feu : Le long piano noir s’avance sur scène. Le pianiste entre, dans la tenue rituelle, queue-de-pie, nœud papillon, mine fermée et sérieuse du pianiste classique. On est loin, très loin de l’exubérance des sœurs Labèque. On est loin de l’enthousiasme du chef d’orchestre. On est loin d’être en face d’un bon pianiste. Ghindin est inaudible, nous n’entendons presque rien, même dans les moments où le bonhomme remue son embonpoint pour faire sonner le piano. La musique ne sort pas. Les 20 minutes sont longues et le chef n’arrive pas à relever le niveau.
Le pianiste se fend d’un rappel, rappel qui ne pouvait pas plus mal lui seoir : Etude opus 25 n°24 de Chopin, dite « l’Océan ». Ghindin est brutal, trop rapide et… faux… Sans regrets !

Strauss : Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique : Après une introduction très célèbre, les 34 minutes du feu symphonique se déroulent sans grand événement majeur. Le chef est toujours égal à lui-même, grandiose et grandiloquent. Très intéressante version. Les solos d’orgues et de harpes sont de douces délices de préciosité et de pureté.

Un concert inégal du fait des musiciens, mais qui donne le sourire, de l’énergie. Un plaisir !

13.02.2008

Caféine-moi

J’avance vers toi, je te regarde.
L’œil clignotant scrute l’air fade.
Je n’ai pas de honte à me mettre face à toi,
Pour commencer mes caresses, du bout des doigts.

C’est combien ?
Je fouille dans ma poche, et pourtant…
Je suis un habitué, mais c’est mon rituel pour te séduire.
Et j’ai besoin de ça pour jouir.

Je glisse ma pièce en toi,
Un indice, tu frémis déjà…
Ma main effleure et déflore ton corps pendant cette rencontre furtive.

Voulez-vous café avec moi, ce soir ?
Je te porte jusqu'à ma bouche, je frémis quand on se touche.
Je laisse errer mon nez dans tes parfums suaves.
Tu es l'homme, le mâle, l'excellence...
La première goutte touche ma lèvre,
Tu m'as enfin pénétré,
Je suis ému et possédé.

La gorgée emplit ma bouche et je la fais rouler pour te garder entre mes dents.
T'aspirer, te laisser couler, avaler, aspirer, lécher, sucer,
Ou, quand tu es refroidi, te deviner sous de la crème glacée...

Au fond de ma tasse, ce diamant noir,
Liquide viril et créature chaude,
Sa chaleur me brûle de l’intérieur.
Palais d’or et de feu,
Son palais, mon palais, palais du roi café.

Il danse en moi,
Il danse avec ma langue enfiévrée de son goût, de ses charmes…
S’il vous faut opium, héroïne, morphine, aspirine…
Donnez-moi ma caféine.
Sans chercher bien à mal, voulez-vous boire un café ?
Parler de mon cas – fais-moi te désirer…

Désire mon désir,
Café mon amour, ma chaleur incertaine.
Dans ta tasse de porcelaine,
Tu défies l’âme humaine.
Tu portes en toi la chaîne où il faudra bien m’accrocher,
M’arrimer, atterrir sur la mer de café.

Tu parles encore en moi par l'odeur de ma bouche,
Que tu donnes à mes mots, haleine de l'amour.
Diamant noir qui brûle le palais.
Mes yeux qui pétillent ; ça sera après t'avoir fait l'amour, mon amour caféine...

25.01.2008

La télévision mélange tout

Une publicité pour un DVD de témoignages sur les camps de concentration nazis immédiatement suivie d’une publicité pour le Club Med : vu à la télévision. Une incarnation caricaturale de la féminité censée être à la mode, c’est-à-dire une blonde immense pourvue de seins immenses, moulée dans un uniforme de la Croix-Rouge : vu à la télévision. On appelle ça de l’humour. L’humour qui recouvre tout. L’humour qui associe détestablement le glamour et l’humanitaire. La Croix-Rouge qui intervient dans des situations d’urgence vitale, de tragédie humaine, est représentée par cette blonde certes sculpturale et sympathique, mais qui prodigue des gestes de premiers secours, comme autant de renvois évidents à d’autres gestes pas moins secourables.

Efficacité, efficacité chérie. On marque les esprits comme autrefois le bétail, ou les prisonniers des camps. Un signe identifiable et identifiant. L’important est d’inscrire son slogan, sa marque ; peu importe la marque, peu importe le slogan.

La télévision mélange tout ; aussi tout y ressemble à tout, et cette indifférenciation produit un effet d’éternelle récurrence. Les promos font passer les invités avec leur livre/film/disque d’une émission à l’autre, comme par vagues successives, en alternance. Ils font leur tour, ils investissent l’écran, l’envahissent aussi soudainement qu’ils en disparaissent. Ils reviendront. Ou pas. En attendant, un autre prend leur place. Il se soumet partout aux mêmes questions, au point qu’on devance bientôt les réponses. Il est docile à l’extrême, aussi depuis quelques années s’est développé un sadisme soft chez les animateurs qui le reçoivent. Participer à des émissions pour y vendre quelque chose exige en contrepartie quelques sacrifices du côté de l’honneur, ou de la simple dignité. Il existe, en plus, un semblant de hiérarchie dans la condition qui est faite à l’invité.
Les plus punis, évidemment, sont ceux qui ont le plus besoin d’audience. Ceux qui n’ont que leur statut de célébrité à proposer, ces déclassés de toute sorte qui n’aspirent qu’à revenir au premier plan. Un noir androgyne et maquillé, connu pour ses talons aiguilles déposés dans la boue d’une ferme et son costume de lapin rose de chercheur d’œufs en chocolat : vu à la télévision. Chez Fogiel, ceux frappés de ringardise subissent une peine rédemptrice qui consiste à accepter le discours injurieux de cet arrogant inculte et méprisant, à l’issu duquel il faut avouer sa ringardise et l’assumer publiquement. Une prestation réussie ouvre droit à une reconnaissance médiatique, pas forcément artistique, peu glorieuse mais effective, sous la forme d’un nouvel /livre/film/disque, qu’il faudra retourner vendre chez Fogiel, où il faudra supporter à nouveau les mêmes épreuves. Fatigue !

La télévision mélange tout. Souvenons-nous… Ces 100 plus grands Français de tous les temps, émission ambitieuse qui mélangeait les plus grands hommes politiques, les artistes et assimilés, les sportifs et intellectuels, les grands d’hier et de toujours et ceux du moment… Certains ont laissé des œuvres magistrales à la postérité, d’autres sont passés chez Drucker, un dimanche après-midi, sorte de coin du feu, où les ministres viennent causer léger avec quelques figures populaires, pour fournir la preuve qu’ils sont humains.

La télévision mélange tout. Elle va même jusqu’à défier les tabous les plus fondamentaux de l’humanité, comme la séparation entre les vivants et les morts. Une série de duos impossibles, il y a quelques années, où la technique de l’image et du son permettait de faire chanter les vedettes regrettées et les vedettes imposées, selon un processus méthodique de recyclage des défunts. Jacques Brel et Hélène Ségara faisant scène commune, ce qui établit de fait, une forme d’autopromotion inespérée pour la sous-star élevée jusqu’à lui, et surtout malgré lui. Les morts qui ont laissé une empreinte de leur image voient cette image leur échapper. Cette greffe monstrueuse dit toute la fadeur de cette époque qui se régénère dans l’ancien. Si seulement, par contact, ces figures mortes pouvaient donner un peu de charisme aux personnalités de synthèse que forme la gamme limitée de la télévision d’aujourd’hui.

La télévision mélange tout. Elle va même jusqu’à défier les tabous les plus fondamentaux de l’humanité, comme la mort. Le choix de Jean nous impose au regard la volonté d’un homme de se donner la mort en public. Se donner la mort devant la caméra. Dernier sursaut d’exhibitionnisme. Dernière volonté de célébrité ? Quel intérêt de voir cet homme mourir en plans-séquences minutés ? Quel plaisir à regarder ces images ? Quel intérêt aussi pour Jean de mourir pour être vu, ou d’être vu pour mourir ? Se rend-on compte que cet homme est en train de vivre, oui vivre, le passage vers la mort ! Qui peut admettre un tel silence, le silence de la chambre d’un mort, empli par les pleurs d’une sœur, et le ronronnement d’une caméra qui tourne ! Qui peut admettre que le réalisateur lance le rituel Coupez, coupez oui, il est bien mort. On peut la refaire ? On nous dit que Jean fait preuve de courage, pour quitter ce monde avec dignité. Où est la dignité ? Qui a tenu un jour la main d’un ami, d’un proche, pour l’accompagner dans ce terrifiant instant, dans cet instant si grave, peut-il penser filmer cela ? Peut-il vouloir partager ce qu’il y est de plus intime ? Où est la pudeur ? Oui, la mort est spectaculaire, donc tout doit être filmé ? J’ai honte…

Cette télévision qui mélange tout, que va-t-elle inventer demain ? J’ai beau creuser mon esprit, je ne trouve pas de nouvel étage à cette échelle du pire. Vous me trouverez sûrement trop candide, mais j’ai la naïveté stupéfaite de quelqu’un qui ne comprend pas que le service public décide de ne pas diffuser de film pornographique, mais choisit de diffuser, à une heure de moyenne écoute, un documentaire d’un tel genre.

Ma télévision ne mélange décidemment pas grand-chose. Elle reste souvent close, malheureusement. Mais la télévision n’est jamais vraiment éteinte, et les émissions que nous choisissons de ne pas voir s’imposent à nous, par ses amis qui, choqués et interdits, nous font un compte-rendu détaillé de leurs émois de la veille. Tu ne sais pas ce que j’ai vu ? C’était vraiment horrible…

Alors, bien sûr, il y a la demande, il y a le public. Mais croyez-vous réellement que c’est la demande qui fait la qualité des émissions ? Je suis persuadé du contraire. L’offre crée sa propre demande, ici aussi.

Stephen Kovacevic - Récital au Grand Théâtre le 21 Janvier 2008

3e6a5e5592fa0c0d1fecce5b6684aaf2.jpgStephen Kovacevic… Un nom bien connu, en tant que partenaire de Martha Argerich. Mais je le crains, l’association s’arrête là. Le vieil homme n’a rien de ce qui me rend amoureux de la lionne-pianiste, du dynamisme, de la puissance titanesque de l’argentine.

Bach : Partita n°4 : Prévisible, long, ennuyeux. Je ne m’étendrai pas plus sur ma détestation de Bach, mais Kovacevic n’aura pas réussi, ce soir, à me faire changer d’avis. On assiste là à un étalage de technique, de mécanique digitale, ô la belle souplesse, ô le beau rythme, ô la belle gamme… Où la belle émotion ? Où la passion ? Où la déraisonnable flamme qui fait vibrer les murs du Grand Théâtre ?

Schumann : Scènes pour enfants : Doux souvenirs. Heureusement que mes souvenirs sont là, eux. Mes souvenirs de Martha donnant vie à ces instants de l’enfance, avec la naïveté de l’enfant fougueux. Mes souvenirs de moi-même devant ces partitions. Kovacevic passe trop souvent à côté du ton. Il joue ces partitions comme un morceau classique, alors que ce ne sont que des pépites de joie, la joie brûlante d’être en vie, d’avoir la vie devant soi, d’avoir tout à découvrir encore.
Certains passages sont réussis, mais de façon éparse.

Beethoven : 33 variations sur un thème de Diabelli : La pièce forte du concert. Le thème est attaqué avec conviction, les variations animées sont animées, les variations lentes sont ennuyeuses. Le pianiste n’habite jamais sa partition ni son piano. Sa valeur ajoutée est nulle. Sa quête artistique me semble être justement de ne rien faire paraître au piano de sa sensibilité ; la difficulté est de ne rien ressentir. C’est contraire à l’idée que je me fais de l’art. Que j’aime les pianistes qui surjouent, ces pianistes de l’excès !
Beethoven, qui est le premier à avoir inventé la passion, la fameuse flamme, est réduit par Kovacevic à l’état de musique insipide, soupe unicolore incapable de réveiller les foules. De la musique de poseur !

Pas de rappel. Raison : un marmonnement incompréhensible, dans une langue indéterminée. Inadmissible : les rappels font partie du spectacle ! Peut-être le dernier morceau était-il trop long (une heure), et Monsieur Kovacevic était-il fatigué ? Finalement, nous l’étions aussi, et il en est bien ainsi.

Mon spectacle aura été la salle. La salle petite et riche, ouvragée et habitée (elle) d’une étrange harmonie et de tant d’Histoire. Mon spectacle aura aussi été Julien, qui piquait du nez (je ne trouve pas de meilleure expression, tant ses mouvements désespérés de lutte contre l’inéluctable endormissement, conduisait son nez à frôler dangereusement la perruque de notre voisine de devant).
Un spectacle au bilan mitigé ; une très belle soirée, mais cela n’a rien de musical.

Francesco-Tristano Schlimé - Récital au Grand Théâtre le 22 Décembre 2007

b14d79e56f055ad539763ae89b677318.jpgPianiste inconnu de ma discographie, de mes références musicales, de mes lectures et des noms récurrents d’interprètes connus.
Programme mitigé : les préludes de Debussy ne comptent pas parmi mes œuvres préférés du compositeur, et ce compositeur ne compte pas non plus parmi mes préférés ; des compositions originales de Schlimé lui-même ; du Berio, agréable mais peu transcendant ; des toccatas de Frescobaldi (1583 – 1643), peu réjouissant quant aux dates…
Pour couronner ce tableau gris, j’avais réservé pour un amour et moi-même, l’amour s’étant éteint entre la réservation et le concert. Tout avait été tenté pour revendre au mieux ces places, et finalement, la rage aidant et Romain acceptant de m’accompagner avec une très agréable bonne volonté, nous voilà en route pour découvrir ce si fameux et tant loué Grand Théâtre.

L’endroit est magnifique, et il méritera un article spécifique. Je m’en tiens ici au compte-rendu du concert.

Debussy : Préludes livre II : Une longue et lente réflexion. Du Debussy immobile. Debussy explore tout, il ne passe aucun détail, il vient et revient, inlassablement, dans la rigueur continuelle du compositeur exhaustif. 43 minutes, je sens l’ennui poindre. J’écoute d’une oreille toute prête au cynisme. J’écoute et j’écoute. Et j’écoute… Et je sors de là captivé. Tout le mérite en revient à l’interprète. Il habite sa partition, il vit ses notes, il est là, il n’y a que lui. Enfin un pianiste qui a quelque chose à dire ! Enfin un pianiste vivant qui égale Jacques Février dans l’épreuve Debussy.

Schlimé : compositions : Rapides, courtes, intéressantes, dans la veine de Debussy, il explore chaque thème à fond, à l’extrême, jusqu’à la folie. On comprend sa tentative de fusion entre la musique classique et la techno. C’est réussi, un travail peu transcendant, mais passionnant.

Frescobaldi : Toccatas : J’avoue, je découvre. J’avoue, j’ai des a priori tenaces quant à l’époque de composition et aux titres (Toccata, ça rime avec Bach et avec ennui). Ces partitions sont en fait très intéressantes ! Le compositeur touche au romantisme. Schlimé a exhumé des oubliettes des bibliothèques musicales des notes enthousiasmantes, à retenir et à réécouter.

Berio : Ce court morceau et le rappel seront des petits moments choisis, délicatesses délicieuses.

D’autres compositions du pianiste : Improvisations, petits délires sur des thèmes bien gentils. C’est doux, fin et distingué. Plaisant ! Pour Hello, il se lève et trifouille dans les cordes du piano. Je n’aime pas trop ces pianistes qui détournent l’instrument. Le piano, ça se joue assis, avec les doigts et les pieds. Mais Schlimé reste modéré dans son délire, et reprend ce rythme effréné de thème techno traité de façon classique. Romain adore, moi aussi.

Le pianiste est un homme magnifique, ce qui ne gâche rien. Un grand jeune homme, mince, brun ténébreux, habillé d’un costume noir parfait. Un homme de goût, un homme goûteux !
Un très bon spectacle, une très bonne soirée.

30.12.2007

Catherine Lara à l'Entrepôt du Haillan, le 14 Décembre 2007

48c3bd3a642b086a28bfadc720b9f071.jpg De la buée blanche sort de nos bouches, il fait très froid ce soir-là. Nous arrivons devant la salle, quelques personnes sont déjà là, et nous sommes en avance. L’entrepôt du Haillan. Petit endroit au loin perdu en banlieue bordelaise. Je ne cachais pas mon appréhension. C’est loin, inconnu, égaré dans cette périphérie qui résonne pour moi comme « sans intérêt ». A priori, faire un concert dans ce genre d’endroit était pour moi synonyme d’échec, ou de début de carrière ; or, ça n’est pas cette dernière hypothèse. A quand une tournée des supermarchés ?

Nous entrons, la salle est sympathique. Nous retirons nos places, nous buvons un café. Enfin, nous gravissons l’escalier pour redescendre dans la salle et nous placer. Place B1, deuxième rang, au centre de la scène. Devant moi, la spectatrice est petite. Je suis content de ma place !
Je fais la connaissance de Quentin. Nous discutons rapidement avant le concert, promettant de se retrouver à la sortie.
Les musiciens entrent. Un piano noir, un équipement informatique. Un micro sur un pied, typique des concerts de Lara. Un cymbalum, instrument charmant et original.
Les musiciens commencent à jouer, un morceau doux et sensuel. Catherine Lara entre, en jouant du violon, cette musique est troublante. Pleine de contours, de richesses, et en même temps simple et tendre.
La deuxième musique démarre elle aussi très doucement, toute en volutes sensuelles. « On a fermé les cahiers un soir… ». La salle frémit pour La craie dans l’encrier. Après la chanson, Lara nous remercie d’avoir bravé le froid pour venir la voir et vibrer en harmonie avec elle et sa musique. La salle et le public sont chaleureux, vifs, attentifs, passionnés. Le pianiste lance une improvisation sur un thème mi-jazz, mi-rock… De loin en loin, on devine les harmonies de Au milieu de nulle part, la salle réagit aux stimulations du rythme, à l’enthousiasme de Lara, à son énergie communicative, au pianiste d’un dynamisme à couper le souffle, génial de technique, de facilité, de rapidité. Patrick me dira « ce type est dégoûtant ». Il a parfaitement raison.
Claquements de doigts. Lumière douce. Ambiance intime… Petit homme. Le piano est piqué, le cymbalum ponctue le tout de sa finesse. La salle murmure, la salle entre dans le rythme, rythme dont on ne sortira jamais vraiment.
Chaque chanson est une claque. Chaque chanson va plus loin que la précédente. Dans un concert, il y a des hauts et des bas. Dans un concert, il y a des moments pleins et des moments vides. De l’émotion, de la folie, de l’intensité, et aussi du vide, de l’ennui, des chansons où l’on décroche. C’est normal, et c’est aussi préférable, pour ne pas arriver au bout épuisé par tant d’attention et de concentration vigilante au bout de l’heure et demi réglementaire. Il n’en est rien avec Catherine Lara. Chaque note fait vibrer, chaque mot est prononcé, chanté, porté, transcendé avec la magie nécessaire. Chaque morceau amène un peu plus loin. Les « tours du monde qui s’arrêtent à Bordeaux » de Johan. Les amours délicieuses de George Sand et Musset, de George Sand et Chopin, de George Sand et son siècle… Aime-moi comme ton enfant, La langue des anges, Les romantiques
Le pianiste, l’immense Thierry Eliez, s’amuse et improvise sur Chopin, sur cette valse bien connue. « Il le chahute légèrement ». La première valse brillante de Chopin commence, légère, brillante oui, musique pour les pieds, musique qui fait tourner la tête, les sens et l’âme. Musique qui tourbillonne, qui virevolte, qui décolle et retombe toujours juste. Lentement, le rythme se saccade. Jazz, tzigane, ragtime, rock, salsa… Ca semble si facile, c’est déconcertant ! Chopin est éternel, Chopin s’adaptera à tout. Le piano aussi, le piano est capable de tout quand de tels amoureux se penchent au dessus de lui. Ce piano qui peut faire rire et pleurer dans la même minute. Ce piano si talentueux. Le public sort de cette improvisation « soufflé ». Catherine Lara danse derrière le piano, heureuse d’être là. Nous aussi.
Les genoux écorchés, on renoue avec l’émotion, avec la douleur de l’enfance… Lara joue parfois des phrases au violon pendant les chansons. Quand les cordes se frottent, un léger sourire se dessine sur ses lèvres, et ses yeux se ferment derrière ses lunettes teintées de violet. La passion est là, sa passion, son violon, sa vie, une vie toute entière consacrée à la musique, à cette magie encore, qui est là, bien présente. Toute une vie pour des cordes qui vibrent. Quelques cordes pour émouvoir un public entier, pour aller toucher au plus profond de nous. Aral 2 qui fera l’objet d’un prochain album, d’un prochain spectacle, pour mélanger « lézard »… Musique tzigane, musique follement entraînante. Musique pleine de vie, pleine d’optimisme, chargée d’inquiétudes aussi. Une conclusion vive, le public est conquis, saisi en pleine lancée. Je suis assis sur le bord de mon fauteuil, je vibre à et de chaque note. Les applaudissements éclatent. J’hésite à me lever, mais ça viendra…
Le cymbalum est invité à un long solo. Cet ancêtre du piano a quelque chose d’envoûtant. Un son légèrement distingué, un peu hautain, comme la harpe. Le musicien démontre les possibilités offertes, et son épreuve ressemble un peu à celle du pianiste quelques minutes auparavant. Le piano d’ailleurs entre dans la danse, et la musique s’éteint en un tourbillon de notes.
« Ok ! »… En écrivant ce compte-rendu, je réalise à quel point ce concert était sensuel… Nuit magique. Une chanson d’amour… Une chanson physique et érotique. La salle reprend en chœur le dernier refrain, et je pense à Diane Dufresne lorsqu’elle disait que « la voix des hommes englobe celle des femmes, et c’est vraiment l’une des beautés du monde… »
Un peu de sérieux dans cette soirée, La vérité sort de la bouche du métro… Cette chanson, par la richesse de ses paroles, m’avait déjà beaucoup ému sur le disque. « Malheureux, naufragé… » Elle évoque ses engagements auprès des Restos du Cœur. « Il habite chez dehors… »
Inquiétude, angoisse et fol optimisme. Aral, cette mer qui recule jusqu’à s’éteindre. La mélodie est entraînante, prenante, convaincante, persuasive… Ca va vite, ça bat fort. Lara jubile, nous aussi. Un grand vent de musique pure dont on ne se lasse pas.
J’aime sa façon de frôler le micro sans le toucher. Sa façon de bouger, de nous amener doucement dans cet univers flamenrock ; sa façon de claquer des doigts, sa façon de marquer le rythme d’un coup de pied au sol. Sa façon de tenir son violon, comme on tient le corps d’un amant entre ses mains, l’archet et le violon dans la même main, délicatement, ou l’archet dans la main gauche, comme un long doigt pour nous désigner, nous public, nous conquis, nous à l’unisson. Sa façon de balancer sa tignasse blanche au gré des avalanches de notes.
Je m’en souviens déjà, aux mots si subtils, chanson que j’ai tant entonnée modestement dans mes rêves les plus fous. I.E.O. repris en chœur par le public. Cette chanson est l’hymne des spectateurs de Lara. « Simplement… » On aurait tous envie de brandir un poing levé au dessus de la salle. Quelques spectateurs commencent à se lever entre les chansons, cela devient presque systématique, et à la fin, nous resterons debout, pas la peine de se rasseoir, la bonne musique doit se vivre debout, se ressentir des pieds à l’âme, sans coupure.
Premier rappel : Les romantiques, cette chanson me replonge près de dix années plus tôt, lorsque je faisais un exposé de collégien sur le romantisme en littérature, exposé que j’avais illustré par cet extrait de Plamondon/Lara, ode rock à ce courant « qui a réinventé l’amour, qui a réinventé la vie ». Ma voisine ne se tient plus, elle aussi s’époumone, crie, trépigne, transpire. Lara, l’amour et nous…
Le second rappel est long à venir. Je sais qu’elle termine son spectacle par La rockeuse de diamants, je ne suis pas trop inquiet. Cette chanson a l’étrange pouvoir de me coller un sourire indélébile dès les premières notes. Toute la salle est debout. Tout le monde saute, tout le monde danse, tout le monde chante. Ce petit bout de femme nous met littéralement le feu, des millions de lumières, de paillettes, l’électricité ambiante de son talent. Quelques minutes de rock, de déchaînement sur ce joyau du répertoire.
La salle se rallume, c’est sans appel, sans rappel supplémentaire. Je me tourne vers Patrick, et nous poussons un « ouaaah » à l’unisson. Nous sommes en sueur, soufflés par cette bombe musicale, cette détonation mélodieuse, cette déflagration si courte et si réussie ! Une bouffée de bonheur, comme on en fait peu.
Je pensais innocemment « voilà, c’est fini ». Erreur !

J’avais aussi prévu de vous raconter la suite de la soirée, en détails. Mais je me rends compte de l’inanité de cette tâche. Il serait bien vain de reproduire ce qui a été dit, ce qui a été fait, ces regards partagés, ces mots échangés. Il serait bien impudique de recopier ces instants de tendresse et de partage entre une artiste et son public de fans. C’est pourquoi je vais simplement brosser la scène en quelques mots. Lara, que nous attendions dans la salle, près de la scène, puis dehors, est finalement venue nous rencontrer dans le hall de la salle. Séance dédicaces, où finalement tout le monde a versé son petit mot, gâté toujours d’une tendre attention, de regards fins, de photos prises de bon cœur, de bises échangées, d’affection transmise entre une femme si proche de nous, et nous ce public encore brûlant, vibrionnant des notes plein les yeux. Lara n’est pas avare, elle prend autant de plaisir que nous. J’ose lui tendre timidement la pochette de Passe moi l’ciel sur laquelle elle appose sa « Tendresse ». J’aimerais aligner trois mots pour lui dire qu’elle est mon premier souvenir musical, ma première émotion live, pour ce concert d’il y a presque dix ans déjà, à la Halle aux Grains, avec l’orchestre symphonique de Toulouse, concert qui m’a laissé tant de traces et tant d’images indestructibles. Bien sûr, j’ai eu d’autres émotions, j’ai eu d’autres concerts, d’autres moments inoubliables, des moments peut-être plus forts encore ; mais cet instant garde pour moi l’intensité et la charge émotive d’une première fois. Voilà, Catherine Lara, ma première fois, c’était vous.
Voilà ce que je voulais oser lui dire, pensant seulement débiter quelques mots, peut-être dans le désordre, incapable d’écouter sa réponse, tellement ému d’avoir réussi ma performance. Mais Catherine Lara, musicienne magique, est aussi une femme magique et ses yeux rieurs derrière la fumée violette de ses lunettes nous détend tous, et les mots sortent, pas dans l’ordre convenu, pas aussi bien qu’il eût fallu, mais ils sortent. Lara, chaleureuse et naturelle.

Le temps de dire quinze fois au revoir à Quentin et ses amies, de lui faire promettre mille fois de m’envoyer les photos qu’il a pu prendre du concert et de nous, nous revoilà dehors, à souffler cette buée blanche, buée blanche ce soir en forme de violon, en forme de cymbalum, en forme de piano, en forme de tignasse blanche se balançant sous le choc de la mélodie, en forme de diamant électrique.
« Alors, tu maintiens toujours ce que tu disais sur les petites salles ? »