16.10.2007

Jérémie Kisling au Satin Doll de Bordeaux le 12/10/2007 : Le coeur de l'action :

1ac19934f61465e41349a8e64113a78d.jpg La salle est minuscule. Quelques tables, des chaises autour. Nous nous asseyons, un peu loin, mais bien placés. Derrière la table de balances (modeste). Jérémie Kisling est là, on le voit, en blouson de cuir, passer sur la scène et traverser la salle, guitare à la main. Julien le trouve beau, j’avoue être surpris, en contradiction totale avec les images que j’avais pu voir jusqu’alors. 

Olivier Galis, pour une première partie… Monotone… Pas désagréable, mais pas agréable non plus. Assez plat… Aucune chanson n’attire mon attention en particulier, je n’ai rien retenu de ce bout de concert. Voix assez terne, beaucoup de charme, beaucoup de timidité, musiques sans envolée, guitariste sympathique, pianiste sans éclat. Un bon mot : le Président Sarkozy en Russie, parce que Nicolas Rase-Poutine ! A mémoriser…

Jérémie Kisling est assis juste derrière nous. Sa copine (qu’il me semble avoir déjà vue…) lui masse gentiment la nuque. Son regard est sombre.
Je m’impatiente…
Une dizaine de chansons… Entracte, pipi…
Depuis le début, deux piliers de bar, accoudés au zinc, font un bruit incroyable, discutant comme s’ils n’avaient pas parlé depuis des années, avec un niveau de décibels très élevé. Je pensais qu’ils étaient là pour Kisling, et qu’ils allaient se taire. Je ne pouvais pas leur en vouloir pour Olivier Galis… Mais non, ils ont continué jusqu’à la fin. Le public a tout de même réussi à les expulser au fond de la salle, d’où ils parlaient encore plus fort… A quoi cela sert-il devenir refaire le monde dans un bar musical ? Autant aller dans un café normal ! Sainte-Politesse, où es-tu ? 

Jérémie entre par la petite porte aménagée à droite de la scène derrière laquelle doit se cacher un semblant de coulisses. Il vient envahir la scène. Il a enlevé sa tenue de rockeur, il porte maintenant une chemise à paillettes… Nous sommes un peu déçus ! 

Il s’installe au piano et attaque « Là où », sans réfléchir même une seconde. Je trouve ce départ un peu arrogant, mais il faut bien se catapulter dans le concert, commencer coûte que coûte… Au diable le trac, au diable la peur… Démarrer !
Il est bien là, la voix est posée, la mécanique est bien rôdée. L’émotion aussi est là. On va passer un bon moment ! « J’ai un peu perdu la pratique pour vous décrocher la Lune d’argent », mais non !

Je réalise alors la chance qui s’offre à moi. Voir ce concert dans une si petite salle, le voir de si près, avoir un instant si intime, si acoustique… On est maximum une centaine, c'est un concert quasi privé ! 

Les chansons s’enchaînent, dans un ordre dont je ne saurai me souvenir… Il passe de la guitare au piano, du piano à la guitare. Maîtrise égale des deux. 
Oublis des paroles sur Carambar, il explique que la chanson a été écrite il y a longtemps et qu’elle est difficile à retenir, car sans queue ni tête. Il compte sur nous pour l’aider. Mais quand il se trompe, je n’ose crier « Sauter dans le ciment tout frais », mais visiblement, je ne suis pas seul à tout savoir tout par cœur. 

Ma voisine fait des photos. Elle semble bien enthousiaste elle aussi, chantant et frappant dans les mains dès que l’occasion se présente. Elle est très proche des deux bavards, elle ne doit pas pouvoir écouter dans de bonnes conditions. 

A l’entracte, Jérémie vient dans la salle. Il passe derrière le bar, il se sert, il sert même quelques clients. Concert placé sous un signe de décontraction totale. C’est peut-être aussi comme ça que l’on fait de la musique. On est aux antipodes du concert de la veille, en costumes, nœuds-papillons, et pantalons bien repassés. Il boit un verre de vin en tripotant les fesses de son amie. 

Je réalise par hasard que mon baladeur peut aussi enregistrer. J’essaye cette nouvelle technique pendant la deuxième partie du concert. J’écoute cette musique en écrivant ces souvenirs. Il y a tout sur cet enregistrement. La musique bien sûr, les blagues de Jérémie, le rire de Julien, mon enthousiasme chantant, les piliers de bar qui parlent, la voix de Julien, le public qui chante, mes doigts qui claquent, les doigts de Julien qui ne claquent pas… L’émotion hurlante et sursaturée de « La Javanaise ». 

Il faudrait tellement en dire sur chaque chanson… L’entreprise est trop longue et trop périlleuse. Il faudrait tout retenir, j’ai tellement peur de l’oubli. « Je chante pour tuer l’oubli, l’oubli des mots, l’oubli des gestes, oubli de tout ce temps qui reste… ».
Je sais que dans des années, je relirai ce texte, et que tout remontera, ça me rassure beaucoup, beaucoup… 
Il faudrait retenir son étrange façon de faire la trompette avec ses lèvres pincées et vibrantes. Il faudrait retenir ses soupirs à la fin des chansons, comme pour démarrer une nouvelle phrase puissante… et puis non… Il faudrait retenir la prononciation Suisse de Georges Brassens (Brassans).
Il faudrait retenir la version tordante d’émotion d’ « Horizon grillé », des « Etoiles »…
Il nous explique qu’il aime parler des animaux dans ses chansons. Toute sa première partie y est consacrée : le chien d’aveugle, le poisson de l’aquarium amoureux de la femme qui vit dans l’appartement, le signe du zoo, les abeilles et les fourmis de la poussière, le canard de l’étang, et Teddy Bear en rappel… 

Les nouvelles chansons valent les anciennes. Quand le prochain album ? Quand ? Il nous dit qu’il va entrer bientôt en studio. 

Le concert se termine… C’est bien tôt ! Visiblement, il compte faire un rappel… Il en fera bien plus. A la fin, il ne saura plus quoi chanter, mais le public n’en démordra pas. Non, nous n’arrêterons pas d’applaudir, non, on va continuer et continuer encore. A un moment, nous ne sommes plus que quelques-uns à tenir le rythme, on n’y croit plus… Mais il revient… Confus, mais il revient...

« Celle-là, elle s’appelle Alice, et je la dédie à Elodie »… « Elle lit les poètes, du Proust et du Platon / Mais peut perdre ses nerfs quand elle a un bouton »…
« Petite nature », où Hélène monte sur scène et fait un petit numéro très drôle. Elle « le fait bien ». Elle doit incarner la femme, la féminité, la fécondité, et comme dans tous les bons films avec des femmes fatales, ne pas parler !
« Le bon moment » avec une improvisation chopinienne au milieu… Cet homme est parfait !
Et puis aussi le vieux rock de « Rendez-vous courtois », aux paroles si riches, si drôles, si recherchées, aux multiples ressources, impossibles à saisir en une écoute. 

Le concert s’arrête. Ce soir, c’est l’anniversaire d’un des membres de l’équipe, un grand et gros monsieur noir, caricature des bluesmen du Bronx monte au piano et joue une improvisation très drôle sur le thème d’Happy Birthday. 

J’attends Jérémie. Je VEUX mes dédicaces, j’avais amené l’intégrale de Jérémie Kisling dans mon sac exprès… Julien le voit dans la salle. Il se détend entre intimes au milieu des chaises désormais vides. Je m’approche, timide… Julien me suit de loin…

« Bonjour, est-ce que je peux vous déranger un petit peu s’il vous plaît ? »
Jérémie est gentil, abordable, visiblement content de ma demande. Je ne sais qui de lui ou de moi est le plus intimidé. Il cherche un stylo alors que je lui en tends un depuis une minute. Il fait le propre sur la table, d’un coup de manche : il ne faut pas abîmer l’intégrale de Jérémie Kisling ! Oui, je ne veux des dédicaces que pour moi ! Julien n’avait qu’à acheter ses albums plus tôt. Sa copine rit, même de près, sa tête me dit quelque chose… Il n’arrive pas à remettre la pochette dans sa fente, « ça m’énerve ».
Le Ours : « Do ré mi pour Rémi, de Jérémie » avec des dessins dans la lignée de la pochette.
Monsieur Obsolète : « Pour Rémi, Plein de fleurs et de pollen dans tes yeux. JéRmK. » J’en ai bien besoin. Merci !
Je n’arrive pas à partir… Jérémie semble vouloir embarquer mon bic, que je récupère impoliment… Eh oui, c’est le bic « touché » par le Kisling, avec lequel j’écris en cours ces jours-ci (je suis taré). « Au revoir, merci pour ce soir, à bientôt ! »
C’est dit !

Je rentre chez moi, baladeur sur les oreilles, et cordes vocales déployées. Paillettes plein les yeux.

D'autres photos : http://picasaweb.google.fr/mhbena/JRMieKislingSatinDoll12... 
Merci à Marie-Hélène de les avoir faites et de nous les faire partager !

Commentaires

Très bon compte rendu...! D'ailleurs, je me demande si je n'était pas ta voisine...enfin du moins, je n'étais pas loin...car les 2 bavards, je les ai bien entendu...!

A bientôt...!

Ecrit par : Kelly | 01.11.2007

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