05.12.2007

Le bon français

Aujourd’hui, j’aimerais aborder devant vous un concept oublié, négligé, tu, gommé peut-être des bouches de certains francophones… Le bon français.

Fautes de langage, impropriétés, barbarismes, négligences des accords, prononciations boiteuses, inventions de néologismes inutiles ou obscurs, emplois abusifs de vocables étrangers ou dérivations absurdes de ces langues, liaisons malheureuses… La langue française ne cesse de se dégrader. On peut bondir sur son fauteuil en entendant une monstruosité proférée par les radios, la télévision, rayer d’un trait plein de rage l’erreur dans une revue ou un journal, s’indigner devant une page Internet rédigée et publiée solennellement… avant d’avoir été relue…
On devrait s’attaquer à l’indifférence des médias en matière de langue, aux faiblesses de l’enseignement du français, aux jargons prétentieux et inutiles de quelques spécialistes dans certaines professions, ou même aux erreurs des ministres ou de nos hommes politiques.
Où est le bon français ? Qu’est-il ? Pourquoi est-il en danger ? Pourquoi le combat pour sa sauvegarde en vaut-il la peine ?

Pour démarrer mon modeste plaidoyer (et non le débuter), je dois préciser que mon objet n'est pas ici de chasser la faute avec délectation. On reconnaîtra que la faute du quidam est excusable, par définition, mais qu’elle est plus gênante lorsqu'on a affaire à des professionnels de la communication. On ne peut pas parler ici d’évolution de la langue quand le premier venu fait bon marché des règles les plus indispensables.

La langue reste, pour la France, le premier outil de son influence et la plus manifeste marque de sa présence dans le monde. Mais il est affligeant de constater à quel point la télévision participe de plus en plus à la destruction de notre langage. Les correcteurs de journaux ne sont pas toujours si nombreux ou si qualifiés qu’ils le devraient, et les coquilles ou les mauvais accords parsèment les colonnes de nos quotidiens, surtout ceux en ligne. Mais la langue de la presse demeure une langue. La langue de la télévision devient, quant à elle, de plus en plus une bouillie. Elle exerce un vrai ravage dans le vocabulaire aussi bien que dans la syntaxe. Chaque jour surgissent, à travers nos écrans, de nouveaux chiendents et de nouveaux chardons.

On ne regarde plus les mots en face, on les attrape, mais sans s’interroger sur leur sens réel ; et s’ils sont employés à tort, on les gobe avec leurs faux sens. Un mot bien solide, bien précis est installé dans la langue avec une signification claire et des emplois parfaitement définis. Soudain, la mode s’en empare, on s’en sert à tous propos, on l’utilise à tous les usages, on lui fait dire ce qu’il ne veut pas dire et on le rend ridicule.

La langue est un code, avec ses lois, sa syntaxe, son orthographe, sa grammaire, et qui les ignore ou les malmène menace son lien avec autrui. Encouragés par la mode des nouveaux supports qui privilégient vitesse et laconisme (sms, tchats, e-mails), la plupart des jeunes parlent désormais un français douteux, doublé d'une orthographe désastreuse. Bien souvent, pour comprendre quelque exemples de ces communications, il faut les appréhender assortis de traductions, comme pour un idiome étranger, ou un jargon technique. Lorsqu’un nouveau mot entre dans le dictionnaire, comme le très à la mode verbe « kiffer », ce sont parfois plus d’une dizaine de verbes qui sont condamnés à ne plus être dits.

Passion, empirisme, intelligence, opiniâtreté et amour de notre langue doivent inlassablement combattre le discours transformant la liberté de parole en poison. La « modernité » répugne à regarder en arrière, comme si le passé poussiéreux risquait de la changer en statue de sel.
Je souscris aisément à la dénonciation du délabrement linguistique dont pâtit aujourd'hui l'expression lycéenne et estudiantine : la méconnaissance de l'orthographe, l'indigence du lexique et surtout la dislocation syntaxique. Je mets en accusation l'expression médiatique, souvent incorrecte et relâchée pour faire « branché », autant que celle des blogs, des sms ou parfois du milieu familial. Tout professeur doit lutter contre cette « mauvaise langue qui chasse la bonne » identitaire des lycéens, ciment de leur groupe d'appartenance. Le barbarisme mène à la barbarie. Car un jeune qui manque de mots justes y substitue souvent la violence de l'interjection, du ton, voire du geste. La jeunesse, impuissante à formuler ses propres opinions de manière claire et cohérente, est aussi impuissante à comprendre les opinions d'autrui, de là sa vulnérabilité à toute forme de manipulation.

Tout ce qui est beau est difficile d'accès. Mais le travail de sa propre langue ouvre les portes de l'enthousiasme. Savoir s’exprimer est au fondement du plaisir. L'art de la grammaire est comparable à l'art culinaire : adjectifs et adverbes sont là pour décorer la phrase, lui apporter des saveurs inédites. Il faut porter à bout de bras les « amours, délices et orgues », les « cieux sur la ville et les ciels de tes yeux », les « scenarii », les « maxima »…
Il est tellement plus simple de connaître les justes expressions et de les employer sans fioritures ! Cela s’appelle respecter le bon ordre des choses.
Pour que dans un monde de plus en plus gouverné par les chiffres, survivent les lettres, et la parfaite horlogerie qu’est notre langue.

Commentaires

Mon p'tit Rémi ^^. Voilà un article que j'aime vraiment beaucoup, et je partage entièrement ton opinion. Tu sais que j'aime écrire, que j'essaye de faire attention le plus possible à mon langage. Cela dit je n'en connais pas tout le vocabulaire et j'aurais été incapable d'écrire un article comme celui-ci ou comme d'autres. Cela dit pour moi, le langage est sacré, notre langue est sacrée et la respecter, c'est respecter beaucoup d'autres choses.
Si un jour tu finis président je te soutiendrai dans ta lutte contre le "mauvais français", avec grand plaisir. ^^

P.S : Tu as le droit de me punir si j'ai commis trop d'erreurs dans ce commentaire. (Rires)

Ecrit par : Romain | 08.12.2007

Ah j'oubliais deux exemples qui m'ont choqué. Au self en terminale ils affichaient au menu qu'on maneait des "wings" de poulet. Quel est l'intérêt d'utiliser ce mot-là ? On pourrait penser au nombre de syllabes, car souvent les mots anglais sont plus courts que les français, mais "ailes" n'en contient qu'une lui aussi...

Une femme à la radio : "Je vous demande une question..." c'est incorrect, non ? Si tu me dis que c'est correct, j'aurais appris une chose ^^.

Ecrit par : Romain | 08.12.2007

J’aimerais bien avoir ton élégance avec les mots, pouvoir décrire mes pensées et construire avec cette plume que tu manipules avec tant de clarté et de sincérité.
C’est là que pèse la frustration du scientifique qui, trop gâté par notre système éducatif, se permet de négliger la richesse de la langue.
Et même si le français doit vivre et évoluer, nous lui devons le respect. Nos moyens pour y parvenir sont parfois modestes : faisons un effort !
Nous avons maintenant Rémi comme parfait ambassadeur…

Ecrit par : Paddy | 09.12.2007

Enfin un article sur un sujet différent des concerts ! Je vais pouvoir écrire un commentaire -ce que je suis bien incapable de faire sur "Juliette Gréco" ou "Jérémie Kisling".
Ainsi tu prends la plume (ou le clavier) comme d'autres les armes pour défendre notre belle langue. Je suis entièrement de ton avis, et mes cours enseignés en anglais (tous sauf un cours optionnel de maths dans lequel nous sommes peu nombreux et tous à l'aise avec le français, le professeur compris...) ne me feront pas dire le contraire. Je crois qu'il faut défendre la langue tant au niveau de la pratique (les erreurs du type "ils croivent que" sont très fréquentes) qu'au niveau de l'usage : nombreuses sont les organisations françaises -entreprises ou non- où l'on parle anglais plutôt que français et souvent un mauvais anglais comme le fait remarquer Claude Hagège dans "Le Monde". Dans le cas de mon master, l'anglais est utilisé car la formation recrute à l'international ; ceci dit cela fait de ce master une formation aux standard anglo-saxons dans un décor français. Bref la France devient une étape dans un parcours d'étude et le français une option ; comme si mes camarades chinois étaient à Toulouse pour apprendre l'anglais (la maîtrise d'une langue venant avec la pratique c'est bien connu) et l'économie.
Tout ça pour dire : vive le français !
Un dernier mot pour dire que ton article est particulièrement clair et bien écrit : j'ai beaucoup de plaisir à lire quelqu'un qui possède aussi bien sa langue maternelle. Tu es sûr de ne pas vouloir faire des études de lettres (tu était pris en khâgne après le bac je crois) ?

Ecrit par : Henri | 11.12.2007

Salut Rémi ! Je suis entiérement d'accord avec toi , la langue française est en perdition. A quand l'épreuve du bac en SMS ?!

Ecrit par : Jonathan | 15.12.2007

Bel ange de Sciences Politiques, tes articles sont toujours peints avec beaucoup de style et d'élégance, ce qui fait évidement ton charme et celui de ton blog (il est 6h du matin alors on excusera la faute d'orthographe qui s'immisce dans le commentaire).
Il est évident que nous évoluons dans une société où le langage ne fait que retourner vers une forme primaire. A quand les onomatopées pour communiquer, je ne blâme pas la population dont évidemment je fais partie... qui détraque notre beau français !
Mais au fond le langage n'est qu'une partie du problème du "progrès" (tél, internet,....). Celui-ci ne se meurt-il pas d'avoir perdu sa naïveté originelle ?

Ecrit par : john | 28.12.2007

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