25.08.2008
Au milieu de nulle part : aventure paysanne autour d’un concert de Catherine Lara :
Catherine Lara en concert, cela a pour moi l’éclat du double souvenir de mes onze ans à Toulouse et de mes vingt et un ans au Haillan, dans la banlieue bordelaise, pleine du froid et de la buée blanche de l’hiver. Catherine Lara à Bergerac, l’été, le 24 Août, un Dimanche… pourquoi pas ? Je réussis avec des arguments sincères basés sur mes délices passées et avec, je l’avoue, quelques arguments fallacieux, à convaincre Pierre de m’accompagner à Bergerac, ville qui, finalement, ressemble à sa campagne originelle. Si toutes les campagnes se ressemblent, alors je reste chez moi. Pierre tente désespérément de me prouver, à moi : sale petit-con-urbain-bourgeois-prétentieux-suffisant, que la campagne aussi c’est « fun » ; alors que je tente désespérément de le persuader que Catherine Lara est une grande musicienne, au talent énergique et au dynamisme chevronné. Finalement, personne n’aura convaincu personne…
Après une route longue et verte, de ronds-points en village et de stations-service en nobles vignobles, notre voiture tourne sur l’avenue des Grands Ducs, qui, comme son nom ne le laisse pas présager, est un parking gris et long. Après la photo d’usage devant l’affiche du concert, double mini poster, le vigile et ses doigts précieux détachent (ou déchiquettent, on ne sait pas vraiment) nos petits billets. Devant nos yeux ahuris s’étale la vaste foire-exposition de Bergerac. L’événement de l’année. La démesure agricole. L’instant agraire. La ruralité saisie dans son apogée. A gauche, tracteurs, tractopelles, moissonneuses-batteuses et tout l'équipement du parfait paysan. Les couleurs sont franches, le rouge boucher, l’éternelle mode du dernier modèle, le dernier cri est là, à Bergerac, sous mon nez ! Et je me permets le luxe de râler ? Quelle honte !
A vrai dire, à cet instant précis, je ne râle pas. Je découvre les stands piscines-en-plastique-grillages-clôtures-et-matériel-de-jardin, et me trouve partagé entre l’effroi et l’éclat de rire. Une phrase qui ne quittera pas mes lèvres de la soirée commence à se former dans ma tête : « Mais, qu’est-ce qu’on fait là ? »
La « salle » se profile entre le stand du pâté de terroir et celui de danseuses vêtues d’un épais maquillage aux couleurs bigarrées. La « salle »… Un toit de tôle ondulée, posé sur quelques poteaux en fer. Au milieu, des chaises bleues en plastique alignées pour une quinzaine de rangs. Nous retrouvons Patrick et Christine, qui nous fait la très agréable surprise d’être là. Ils me semblent sortis d’un autre âge, comme retrouver dans un autre monde des gens d’une ancienne vie. Patrick nous raconte qu’il a gagné, en fournissant la réponse à une question très sélective sur Catherine Lara le premier prix d’un concours : un verre de punch. Visiblement égayés par nos retrouvailles, nous nous mettons en marche vers le stand restauration, bâche blanche tendue au-dessus de l’herbe, où Catherine Lara dîne (hahaha) avec ses musiciens, entre une 405 d’occasion en vente et des enfants qui hurlent. Deux tréteaux, une planche, quatre chaises bancales, nous voilà mâchonnant un repas ponctué par les SMS stressés (et stressants) de Quentin, qui nous informe que la salle est en train de se remplir. Je ne peux m’empêcher de rire tout seul en écrivant cela.
En entrant sous ce hangar (qui n’est pas un hangar à bestiaux, selon Pierre, car les animaux ont besoin d’espaces moins ventés et plus confortables), mon visage, marqué par la surprise, s’allonge encore plus : la salle est à moitié vide et le concert commence dans une dizaine de minutes. Quelques salutations, quelques repérages, et l’on comprend qu’il y a plus de monde derrière les barrières, sur les côtés du hangar, qu’assis sur les chaises. Les spectateurs bergeracois sont séparés des spectateurs venus d’ailleurs (beaucoup moins nombreux…) par un fil rouge et jaune de chantiers tendu au milieu des chaises. Les néons du hangar s’éteignent et le spectacle commence. Les musiciens n’entrent pas tout de suite, deux personnes, un homme et une femme entrent sur scène (je crains alors la première partie… mais non). Ils viennent nous présenter le concert, nous parler du concours aux deux foies qui aura lieu le lendemain, nous rappeler les délices des spectacles d’Arthur et des futures prestations de Lâam ou Dick Rivers… Les affligeants présentateurs dont on retiendra le fameux « ah oui quand même ! » de surprise exprimé par la dame endimanchée, après avoir retrouvé sa ligne sur sa fiche… Deux écrans géants encadrent la scène, pour les spectateurs qui, depuis le quinzième et dernier rang, n’auraient pas tout vu…
Je suis envahi par une grande tristesse. Catherine Lara est une grande artiste qui n’a rien à faire ici. Son public habituel n’est pas là, personne ne connaît ses chansons dans ce petit parterre éteint, à part quelques inconditionnels égrenés sur les trois premiers rangs. Les ruraux, éreintés par leur dure journée à la foire n’écoutent pas, n’entendent même pas. C’est un public difficile à capter. Ce que Catherine Lara tentera de faire, avec plus ou moins de succès.
L’intro au violon est, à mon avis, l’un des plus beaux morceaux du spectacle. Après avoir créé une ambiance douce et bleue, lumières et musiciens nous forcent à retenir notre respiration jusqu’à l’arrivée ondulante du violon, violon qui tient en son bout un petit bout de femme, aux doigts terriblement courts, qui courent et basculent de descentes chromatiques en accents sensuels. Des gouttelettes de magie nous parviennent ; je m’installe et sens vibrer mon ventre de la chaleur ronde des notes.
Un problème de son nous fait « friser le Larsen-Lupin »… Chez certains, un sourire se dessine à ce jeu de mots ; chez d’autres, un sourcil se lève… Les réglages sont longs et Catherine Lara doit meubler. Pas de répétition dans l’après-midi pour ajuster tout ce qui doit l’être sans le spectateur ? Il y a un moment étrange où tout peut basculer… Les chansons s’enchaînent, dans le même ordre qu’au Haillan. Mais, si en Décembre toutes les notes s’équilibraient jusqu’à former un ensemble parfait, des joyaux de notes pures aux éclats d’étincelles, ici rien ne s’élève, le piano est trop présent et pourtant on l’entend à peine, la voix de Catherine Lara est trop poussée au début, peut-être pour lancer un concert qui peine à démarrer, le cymbalum semble désaccordé dans les graves et surtout sonne terriblement faux avec le piano. A croire que le temps de deux saisons, cet instrument trois fois centenaire aurait perdu sa justesse ! Certaines chansons tombent à plat. Certaines tombent juste. L’irrésistible gradation, cette heure et demie sans temps morts en Décembre se transforme en alternance de vides et de pleins, tant ce concert a la capacité de laisser de marbre ou bien de mettre les larmes aux yeux. De belles réussites : Au milieu de nulle part, Aime-moi comme ton enfant, Nuit magique, Genoux écorchés… Des gâchis qui m’emplissent de tristesse : Johan, La vérité sort de la bouche du métro, Petit homme… Là où le public du Haillan avait chanté jusqu’à se sentir voler, le public de la foire se murait dans un silence timide aux premiers rangs ou hostiles dans les derniers. Les musiciens sont incapables de faire décoller un public qui n’ose pas. Le bizutage de Chopin par le pianiste reste un bon moment, mais n’a rien du brillant de l’hiver, morceau très raccourci et moins drôle. Le solo de cymbalum, moment d’extrême finesse en théorie, devient un passage lourd et difficile à supporter.
La voix de Catherine, qui a beaucoup donné au début, peine à la fin. Je ne retrouve pas non plus son énergie à couper le souffle, son étrange balancement, ses trépignements. Tout ça est là, bien sûr, mais avec une faible intensité. Peut-être que le concert du Haillan était trop fort, trop beau, trop magique pour être reproduit ou surpassé.
Il y a tout de même de beaux instants, des instants où la magie passe enfin, comme à travers un filtre qui aurait voulu nous cacher l’essentiel. Des beaux moments comme ce Nuit magique, où ma voisine de devant se retourne les joues baignées de larmes. Des beaux moments comme Aral ou Aral 2, avec la douce folie, le rythme du Diable, les accents lointains, les battements de mains et de cœur du public, uni enfin dans un même élan, un public qui chante, qui crie, qui s’anime, même les indécis des derniers rangs entrent dans la danse, dans le jeu. Cette communion, mes pieds qui veulent remuer, me porter au pied de cette scène pour chahuter ces spectateurs mornes et calmes, cet enthousiasme et surtout ce sourire de Catherine, qui lui déchire le visage, qui la transporte loin de cette foire. J’en oublie le lieu et les mésaventures de la soirée. Aral est un voyage, il nous soulève, nous fait planer loin, nous fait plonger, comme la ronde d’un oiseau assoiffé d’espace et de liberté. Aral, le chant de la peur et de l’angoisse, le chant de l’espoir, de la vie, de la force. Aral et les cris de Catherine, son archet qui vole, ses mains qui battent l’air, sa tignasse blanche qui se balance enfin. Aral et la scène qui s’enflamme. Aral qui se termine et la lenteur, qui revient. Aral sublime parenthèse…
La « mémoire du futur » de Je m’en souviens déjà me passera sous le nez sans que je m’en aperçoive. Seuls les rappels et les deux standings ovations, et le public qui afflue en masse au pied de la scène pour la Rockeuse de diamants, où nous chantons et vibrons debout permettront de finir ce concert avec mieux qu’un mauvais goût au fond des oreilles. Sur la fin, la voix de Catherine est fatiguée. Et cela se comprend bien à la lumière de ses efforts du début.
Nous sortons pour retrouver les stands de crêpes, frites, bières à l’arrière de la salle. Après quelques dizaines de minutes d’attente, Catherine sort du hangar, serre des mains, se plie au jeu des dédicaces et accepte plusieurs photos. Elle semble de mauvaise humeur, même si son contact transparaît au moment où Lalapassion lui montre un beau violon noir qu’elle vient d’acheter. Elle signe mon billet, salue quelques personnes et disparaît dans son taxi pour 600 km de route. Elle ne restera donc pas au concours des deux foies, d’oie et de canard du lendemain comme le prétendait le présentateur… Catherine en route vers… ailleurs !
Nous lui emboîtons le pas, après des au revoirs à Paddy et Christine, Quentin restant introuvable, avec la promesse de nous retrouver bientôt autour de Véronique Sanson à Arcachon dans moins d’un mois et demi.
Pour mémoire, mon compte rendu du concert du Haillan, le 14 Décembre 2007 :
http://rocktambule.hautetfort.com/archive/2007/12/index.h...
15:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Surprise,
je passe par ton blog pour te donner quelques nouvelles car je n'ai pas accès à mon adresse e-mail. Désolée je n'ai pas encore eu le temps de te répondre et ça risque d'attendre ce week end. J'ai commencé le travail hier et pour l'instant tout se passe bien. Je ne t'en raconte pas plus car un commentaire sur un blog ne suffirait pas et parce que c'est perso : je ne veux pas que tes lecteurs y aient accès.
Bon je te laisse. Le café m'appelle.
Bisous.
Laurence
Ecrit par : laurence | 03.09.2008
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