20.07.2009

Véronique Sanson - Théâtre du Casino, Deauville - Samedi 11 Juillet 2009

J'en entends déjà certains s'écrier : "Encore ! Encore cette chanteuse... Mais, il l'a déjà vue plusieurs fois ! Il n'en a pas marre ?"
Non, je n'en ai pas marre, et je suis loin d'être rassasié... Après 5 concerts : Bordeaux, Montauban, Arcachon, Toulouse, Ivry-sur-Seine uniquement pour cette tournée, et après la déception de ce dernier, aller à Deauville me semblait une folie, 7 heures de route à l'aller, autant au retour, et pas les moyens d'aller à l'hôtel... Près de 15 heures de route, pendant le week-end le plus chargé de l'année, tout ça pour un spectacle que j'ai déjà vu 5 fois, et qui ne dure que 2 heures ! Faut-il être fou ?
Oui, sûrement... Mais, encore une fois : Sans regrets !

Non seulement Deauville, que je ne connaissais pas du tout, est une petite ville magnifique, ce qui m'a permis de faire bon nombre de belles photos. Ensuite, nous n'avons eu aucun embouteillage. La route à l'aller est passée très rapidement, entre plusieurs fous rires dont je ris encore... Le retour nous a semblé plus long, mais nous étions chargés de tant de souvenirs et d'émotions que le lever du Soleil nous a paru un moment poétique.
Et puis... le concert... Titanesque !

Je ne ferai pas plus de commentaire sur ce concert. Tout d'abord, parce qu'il est trop récent, trop frais dans ma tête pour que je sois capable d'écrire dessus. Ensuite, parce que même le plus détaillé de tous les comptes rendus ne serait pas assez complet, assez exhaustif pour relater tant de rires, de larmes et de plaisir d'être là... Le plus détaillé des comptes rendus ne saurait rendre une infime part du bonheur de vivre un tel concert. Pour mémoire, je vous renvoie à mon compte rendu du concert de Véronique Sanson à Bordeaux, le 27 Mars 2008. Enfin, peut-être que les moments échangés autour de Véronique à la sortie sont trop intimes ou, du moins, trop personnels pour être compris par les quelques lecteurs de ce blog, qui n'ont pas connu l'instant et qui ne prennent pas totalement conscience de la portée émotionnelle de ces quelques mots échangés...

Pour le souvenir, tout de même, j'ai réalisé plusieurs vidéos...

 

15.07.2009

Catherine Lara - "Au-delà des murs" - Palais des Sports, Paris - Mardi 23 Juin 2009

Ecoutez un extrait de "Behind the wall" :

podcast

affiche-audela.jpgDu haut de la terrasse du Panthéon, deux touristes se demandent s’ils ne vont pas être en retard. Il faut vite redescendre, prendre le métro ou marcher, passer à l’hôtel, manger, reprendre le métro, trouver la bonne station, entrer dans le Palais des Sports… Le Palais des Sports… Ce nom soulève en moi bon nombre d’images quasi-mythiques : « Véronique Sanson au Palais des Sports 1981 » est le titre d’un de mes albums préférés…

 

Petit attroupement devant la salle, nous entrons. A peine le seuil franchi, nous sommes surpris de recevoir en pleine face le parfum « Aral – Un des sens » dont la salle est emplie. La placeuse distribue des cartes sur lesquelles on peut sentir le parfum, mais l’atmosphère de la salle est pleine de cette senteur originale, terriblement féminine, capiteuse, forte et inédite. Plusieurs images se dessinent déjà dans ma tête : un bord de mer, des couleurs, une terre mouillée, des palettes de maquillage, une loge d’actrice dans un petit théâtre rempli de plumes, un marché d’épices… Le voyage a commencé ! Le pari de Catherine Lara, nous faire traverser le mur vers l’inconnu, aller au-delà des murs, prend forme, une forme inédite, jouant sur une corde rarement utilisée par le spectacle vivant : le sens olfactif. Aujourd’hui, sentir ce parfum me replonge dans l’ambiance de ce concert. Je ferme les yeux et je m’y retrouve…

 

Enivrés par cette odeur, les décors paraissent tourner autour de nous. La configuration de la salle est atypique. Les musiciens sont relégués à un angle de la scène, derrière un rideau. Ils feront partie du spectacle, mais à la marge. Passée la politesse insistante et indélicate de la placeuse qui réclame son pourboire avant de nous avoir laissé le temps de le sortir, nous retrouvons les amies laissées quelques jours plus tôt à Ivry-sur-Seine dans l’ambiance morose du dernier concert de Véronique Sanson. Tout le monde semble enchanté d’être là. Pendant que nous discutons, nous voyons passer Annie Cordy, visiblement ravie d’être là elle aussi. Quentin arrive, nous allons nous renseigner pour l’achat du parfum. Plusieurs autres stars feront leur apparition à cette soirée : Muriel Robin, Alice Dona, Lara Fabian, Mathilde Seigner, Sophie Davant, Alain Chamfort, Corinne Touzet… et d’autres dont le nom m’échappe encore ou que j’oublie. Tous les regards convergent vers le « rang des stars », quelques fauteuils derrière notre premier rang. Je profite de ces quelques minutes de flottement, où les photographes se concentrent sur le public et non sur la scène, pour photographier le décor initial.

 

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Un enfant arrive au premier rang, vêtu d’un gilet et d’une chemise. Il demande à un des spectateurs à notre droite de l’aider à monter sur scène. Le spectacle commence. Un vieil homme descend des gradins et monte aussi sur scène. Les lumières s’éteignent dans la salle. Ils traversent la scène. Le silence se fait doucement. Le parfum est toujours là, présent, imposant, puissant, envoûtant. Quelques phrases passent sur les tissus tendus. Une femme entre sur scène et débute un chant doux et lent au début, puis puissant et très émouvant vers la fin. Elle traverse la scène et vient se tenir devant nous, à quelques mètres seulement. Je suis saisi par une chair de poule, tous poils dressés, chair de poule qui ne me quittera que quelques heures après la fin du spectacle.

 

A peine le temps de demander à Quentin si cette chanson était sur le DVD, les premières notes d’introduction de « Tant que nous danserons ensemble » se faisaient déjà entendre et Catherine Lara était sur scène. Vêtue d’une ample chemise noire, violon à l’épaule, elle fait courir les notes rapides de ce morceau endiablé dans un Palais des Sports uni dans un seul éclat, dans une même ovation. Son enthousiasme, son bonheur d’être là, véritable bonheur au sens littéral du terme, m’ont tiré une sévère quantité de larmes, émotion incontrôlable. Rapide coup de fil à Paddy, « celui qui n’a pas pu être là », pour lui faire entendre quelques notes. En me retournant, je vois la salle, certes pas totalement pleine, mais terriblement enthousiaste. De nombreux danseurs entrent et décrivent des chorégraphies indescriptibles autour de la violoniste. Quel sourire ! Catherine Lara est rayonnante, sa tignasse blanche remue dans l’air imprégné de sa création, de son parfum. Mais, les surprises olfactives ne s’arrêteront pas pendant l’heure et demie que durera « Au-delà des murs », un nombre incalculable d’odeurs traverseront la salle, de la barbe à papa, au goudron mouillé, en passant par la pomme d’amour, la vanille, la mer… et tant de fragrances que je n’ai pas su reconnaître ou même isoler des autres. Je regrette la rapidité du spectacle, pour n’avoir pas permis de s’attarder sur ces très nombreuses et très délicates odeurs.

 

Catherine quitte le centre de la scène pour se placer sur le côté gauche. D’autres danseurs envahissent l’espace. Des tissus apparaissent et disparaissent, accrochant la lumière de nombreux projecteurs et des immenses vidéos. « Valse pour Lilah », mieux connue sous le nom d’« Intro-violon » lors de la tournée trio de Catherine. Je me revois chez moi, au piano, avec Quentin au violon, en train de déchiffrer ces quelques notes, si simples et si efficaces.

Petit moment de magie et première vidéo :

A partir de ce moment, tout ce mélange dans mes souvenirs : l’ordre des tableaux, des morceaux, les vidéos, les chorégraphies, les odeurs, les sourires de Catherine ou ses expressions concentrées. Parti, embarqué dans ce grand vent de poésie, je sens mon fauteuil décoller dans un tourbillon de danses, de musiques, de senteurs évanescentes, où les minutes fuient inexorablement vite, beaucoup trop vite…

 

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Une danseuse de flamenco s’invite au devant de la scène et nous exécute une danse empreinte de vigueur, de désespoir et de folie. Elle tourne, tape, tourne, tape, lance ses bras, tourne sa tête, tape, tourne, tape, tourne…

 

L’enfant entre sur scène, s’allonge sur le ventre et ouvre une boîte à musique d’où s’élève une petite lumière. Pendant ce temps, une boîte beaucoup plus grosse, que nous n’avions pas vue arriver, s’ouvre au centre de la scène et une danseuse vêtue de noir se met à tourner sur une petite musique, comme les danseuses des boîtes pour enfant. Elle prend les poses classiques des danseuses artificielles, de ces petits objets gracieux, symboles délicats et fragiles du corps de la femme. Ces poses se transforment petit à petit, pour devenir un exercice contorsionniste des plus raffinés, des plus périlleux, des plus époustouflants. Ces différentes positions sont accompagnées de cris d’admiration du public, applaudissant à chaque mouvement, de plus en plus subjugué. L’exercice nous laisse ébahis.

 

Les tableaux se succèdent, tous plus soignés, plus beaux, plus complets, plus fins… Les masques, symboles effrayants et amusants arrivent. Le masque de l’affiche allume des feux de vidéo sur les rideaux blancs au rythme de la musique d’« Exode ».

 

 

Le Diable est parmi nous ce soir, s’invitant dans la musique qui tient de Paganini, avec des arrangements modernes. Le violon est parfaitement maîtrisé, Catherine lance son archet, pince les cordes, vibre de sa petite main, transcende les partitions en encourageant la verve du public d’un mouvement de bras ou par de petits cris. L’effet est immédiat : le public, sûrement intimidé par la perfection des tableaux, n’attend que les instants de silence pour clamer des « mercis » et des « bravos ».

 

Les odeurs se brassent dans l’air lorsque deux hommes et une femme, métaphore du tiraillement intérieur d’un jeune homme entre l’amour d’une femme et l’amour d’un homme, entament une danse extraordinaire. L’homme vêtu de noir symbolise la tentation pour l’homme torse nu. La femme s’éloigne peu à peu, vaincue par l’attirance charnelle et irrépressible émise par l’homme en noir. Mais celui-ci arbore un sourire malin, diabolique. La danse des deux hommes sera celle d’un combat entre attirance et répulsion, combat entre amour et haine, entre rejet et main tendue, trahison et réconciliation… Catherine Lara joue, dans la demi-pénombre d’un coin de la scène le frissonnant « Behind the wall ». Pour la deuxième fois, des larmes incontrôlables m’étreignent, devant la beauté de cette danse, face à la musique. « Il nous faut maintenant aller voir derrière le mur… le gravir pierre à pierre… » Catherine dit un court poème. Les deux danseurs terminent leurs contorsions érotiques et émouvantes, tous deux vaincus par le poids de leur lutte, par celui de leur amour peut-être…

 

Christophe Willem, prévu en invité-surprise de la soirée arrive et interprète une belle chanson, très éloignée de son style. Les pieds nus, dans sa tenue noire habituelle, il a su s’adapter au spectacle et mettre sa voix légèrement nonchalante au service de cette entreprise collective. Il chante de profil, face à Catherine heureuse et fière de sa présence.

 

Un danseur se glisse entre les gouttes d’une pluie d’encre. Les gouttes tombent, au hasard, sans retour, et l’homme tente de les éviter, de naviguer entre les chutes de cette pluie mortelle, pour finir exténué.

 

Les tableaux s’enchaînent, traversés par l’enfant et le vieil homme, entrecoupés par la « Valse pour Lilah ». Je suis sûr d’en oublier un grand nombre, dont l’image reviendra peut-être, au détour d’un souvenir. Un texte d’Akhenaton me laisse très surpris, et un nouveau tableau commence avec une musique absente du disque, avec des vidéos de dessins d’enfants. Une odeur de fête foraine, de barbe à papa nous fait voyager. Un autre tableau sur le morceau « Gipsy soul » avec beaucoup de couleurs et une référence au masque symbolique. 

 

Le clin d’œil musical à Paganini est explicite dans la mélodie. Je déborde à la fin et ne peux m’empêcher de bouger sur mon fauteuil et de crier mon plaisir.

 

Le spectacle prend fin sur un tableau où presque tous les danseurs sont présents. Il me semble que tous morceaux du disque n’ont pas été joués, ce que je regrette un peu car cela aurait prolongé ce moment exceptionnel. Le public entier est debout. Muriel Robin a mis ses mains en porte-voix et crie des bravos. Catherine Lara dit quelques mots de remerciements, salue longuement, félicite tous les danseurs un par un, le chorégraphe, les artistes des lumières, des vidéos, des parfums, les musiciens, Christophe Willem, et revient après de nombreux saluts pour mentionner son producteur qui a su croire en l’idée folle d’un spectacle extrêmement coûteux et original, pour une unique représentation. Le fait que ce spectacle ne soit représenté qu’une seule fois me surprend beaucoup. Mais, peut-être n’en est-il que plus magique ! Il n’y en a eu qu’un, et j’y étais !

 

A la sortie, après un long moment, nous voyons une Catherine fatiguée mais terriblement joyeuse et énergique se faufiler entre les vigiles et les fans. Sylvie lance : « Merci Catherine pour ce moment de poésie », ce à quoi Catherine répond : « Ah voilà, c’est ça, de la poésie, c’est ce que je voulais ». Un beau moment de poésie qui n’aura laissé personne insensible, car « derrière le mur, on est à l’abri de rien » !

 

Pour une belle série de photos et pour prolonger votre découverte ou vos souvenirs, cliquez sur le site officiel : http://www.lalapassion.be/palaisdessports.html