27.11.2008

Diane Dufresne - Théâtre des Bouffes du Nord, Paris - Samedi 15 Novembre 2008

bilde5.jpgDiane Dufresne, c’est la première cassette audio écoutée dans mon enfance. « Top secret » sur les trajets en voiture, à en vriller les oreilles de mes parents, pourtant fans eux aussi. Et puis, Diane Dufresne, c’est la première chanteuse que j’ai vraiment aimée, bien avant Véronique Sanson, avant la musique classique. Diane Dufresne, c’est les réminiscences de mes premières amours musicales, amours toujours aussi vivaces plus de quinze ans plus tard. Diane Dufresne, c’est une tournée ratée en 2003 à Toulouse, car personne ne voulait m’accompagner et que je ne pouvais me déplacer seul à l’autre bout de la ville. Diane Dufresne, c’est aussi tout ce que j’en disais, dans les premiers articles de ce blog, une chanteuse délirante, capable de tout, tant vocalement que comme tragédienne, une vraie diva.

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Diane Dufresne, tournée européenne 2008… Tournée très restreinte : 9 dates à Paris, dans un petit théâtre : les Bouffes du Nord, et quelques dates en province et en Suisse, mais rien à Bordeaux ou à Toulouse. Qu’à cela ne tienne. Je l’attends depuis bien trop longtemps, et Noël approchant, un week-end à Paris ne serait pas de refus. Les réservations partent très vite, je précipite mon choix sur un cinquième rang droite, il n’y a pas mieux !

 

Quelques mois plus tard : Paris, boulevard de la Chapelle, devant le théâtre des Bouffes du Nord. Ce lieu correspond exactement à l’idée que l’on se fait des petits théâtres parisiens : une brasserie à gauche, pleine à craquer de spectateurs, petit couloir sombre autour de la salle, beaucoup de gens devant, une hurleuse qui tente vainement de caser son journal gratuit sur les spectacles, et le métro qui passe, aérien, à quelques mètres, dans un fracas sonore.

En entrant, je suis frappé par l’originalité de la salle. C’est littéralement minuscule ! On dirait que le théâtre est en ruine, « destroy » dira Diane Dufresne. Il n’y a pas de scène ; rien que des fils qui dessinent l’emplacement où elle aurait pu être. Un piano noir Yamaha, aux beaux sons ronds et graves et aux aigus veloutés ; j’aime ces pianos, le piano de Véronique Sanson, le piano de mon ancienne prof, sur lequel j’ai beaucoup appris. Derrière la non-scène se trouve une autre salle, petite, étroite et vide, séparée de nous par une voûte, comme une caisse de résonance. Au fond, le mur est plat, rouge, déchiré, comme le mur d’un immeuble en travaux. Les colonnes qui supportent la voûte sont abîmées, certaines sculptures sont cassées. Le programme explique qu’en restaurant ce lieu, les propriétaires se sont rendus compte que le charme naissait de ce côté ruines, de cet aspect cassé, délabré… Ils ont donc rebâti le théâtre, en travaillant une dégradation volontaire. On se retrouve donc dans un théâtre qui sent le neuf, avec des bancs blancs et confortables, et dans un décor d’un autre temps. La coupole au dessus de nos têtes surplombe trois étages de balcons. Nous sommes au cinquième rang du parterre, légèrement sur la droite. Le plafond est très bas, mes cheveux le frôlent alors que je suis debout. La salle est en forme de corbeille très resserrée. De chaque côté de la scène, des portes donnent sur les coulisses.

 

Trois caméras fixent la scène, trois caméras pour un film qui sera diffusé sur une télévision québécoise, pour Diane Dufresne, pour la directrice du théâtre. Le caméraman nous confie que les moyens sont sommaires, et qu’ils filmeront aussi le lendemain. Les spectateurs passent autour des installations. Les rangs sont très serrés. Les lumières s’éteignent. Un jeune homme nous demande d’éteindre nos portables… Ca commence !

 

Le pianiste entre. Gérard Daguerre s’assied et lance une introduction pleine de circonvolutions, de glissendos brillants, d’accords de jazz. Le public est brûlant. « Depuis votre départ, aucune nouvelle de vous… » La voix de Diane Dufresne résonne sous la coupole du théâtre. Elle entre. Ses cheveux sont parsemés de fleurs et de nœuds. Elle porte une longue robe, avec traîne ; une veste qui dessine sa taille ; un petit miroir rond pend à sa ceinture. La sophistication de sa tenue demanderait de plus amples descriptions ! Mes yeux restent ronds, fixés. Je n’ose plus les fermer, Diane Dufresne est là… Plus de quinze ans qu’elle n’est qu’une photo glacée sur des pochettes d’albums, qu’une image rapide sur des DVD. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. Chanson si adaptée à une ouverture de spectacle. « Un show, une autre robe de star, que pour vous ! Les projecteurs servent d’accessoires… » Le dernier couplet est modifié pour coller mieux à la situation. Le dernier accord n’a pas encore sonné, que les applaudissements volent dans l’étroit espace qui nous sépare d’elle. Plusieurs « merci », un petit cri aigu auquel le public répond, réminiscence des hurlements lancés au début de ses shows des années 1980, comme un moyen de faire s’exprimer le public autrement que par de conventionnels applaudissement et les « ouééé » habituels. « Quel bonheur d’être avec vous ce soir, dans ce lieu mythique, différent, destroy un peu. Ce soir, je réalise un désir, un rêve, celui d’être avec vous, et de chanter avec lui. A lui seul, il est toutes les symphonies : Monsieur Gérard Daguerre. Avec vous, nous souhaitons Partager les anges ».

 

L’intro de cette chanson est jouée plus lentement que sur le disque. Les graves sont très profonds. « Un matin près des hommes… » La voix est là. Quelle voix ! Ca me frappe particulièrement ! Il est très clair qu’elle chante mieux que sur disque. Pas de hurlement, un vibrato parfait, toujours bien placé. « Traverser le désir… » Les notes aiguës sont nettes. Diane se renverse en arrière et place sa main sur son estomac quand elles résonnent. Elle a le don se traverser les octaves en une seule phrase. Je la revois chanter Verdi et Mahler en 1988 ; mais, alors, elle n’avait pas ces notes graves enrobant la phrase, qui vont chercher l’âme en elle, jusqu’au plus profond du ventre. Elle reste assez statique, au centre, plantée sous la coupole. Ses bras dessinent des arabesques dans l’air, ponctuant la douceur et la violence des paroles et des vibrations.

 

Sans transition, les chansons passent très vite. Les dessous chics. Interprétée très vite. « Les dessous chics, ce sont des contrats résiliés, qui comme des bas résillés, ont filé… » Avec le piano, cette chanson n’a pas la portée de l’orchestration de 1986, même si cette dernière est un peu démodée aujourd’hui. L’interprétation est plus parlée que chantée ; dommage, peut-être le seul bémol que je pose à ce concert. « Lorsqu’on est à bout, c’est tabou ». Gainsbourg en son exposition, à quelques rues de là, doit sentir les notes, sorties de ses doigts quelques décennies plus tôt, venir lui « transpercer le cœur »… La note finale, comme sur le disque, fend l’air, pure et juste. Magnifique.

 

« De nos jours, beaucoup de gens veulent être des stars, pas des créateurs, pas des artistes, mais des stars… » Partir pour la gloire. Diane rate le début, le pianiste fait tourner l’intro. Le public rit, elle aussi, on applaudit. Je regrette légèrement l’interprétation du disque. Celle de ce soir la reproduit, mais n’apporte rien de plus. L’accompagnement au piano est assez classique. Je remarque que le pianiste dispose de partitions, qu’il dépose au pied de son tabouret à la fin de chaque chanson. Je donnerais cher pour des photocopies de ces pages !

 

Après un verre d’eau derrière le piano, verre qu’elle trinque avec le public, Que. Cette chanson littéraire est soulignée par le rythme métronomique, presque mécanique du piano. « Qui es-tu pour lire dans mes pensées ? » Les « je t’aime » sont lancés, très fort. La chanson décolle avec le dernier refrain, Diane est amoureuse, elle vit sa chanson. Nous l’aimons aussi.

 

J’taime plus que j’taime. L’interprétation est très proche du disque. Le refrain est chanté comme un cercle tournant autour de lui-même, la mélodie tourbillonne. Je goûte les paroles, « J’t’aimais déjà sans t’avoir rencontré ». Je t’aime plus que l’expression, trop courante, trop banale, trop galvaudée du « je t’aime ». Le public lance des bravos, des cris, un public de fans ! Un spectateur du premier rang lance un bouton de rose qui tombe sur le bord de sa robe. Diane le ramasse et le garde dans sa main tout au long de la chanson. Elle le lancera au premier rang à la fin.

 

Le dernier aveu. Là encore, l’interprétation est proche du disque. Diane est penchée sur un être imaginaire. Elle semble le voir, elle le caresse, lui chante sa complainte. A la fin de la chanson, si triste, si désespérée, si chargée de regrets, elle pleure. « S’il est trop tard pour notre histoire, pour certains mots, il est trop tôt. Je te les dirai là-haut ». Cette chanson prend âme sur scène, elle n’avait sûrement pas sa place sur disque.

 

L’intro scandée de Noire sœur démarre, lente, sournoise… Diane s’accroupit sous le piano : « Je suis l’enfant qui s’imagine un monstre sous le lit ». La tragédienne se réveille. Chaque mot est mimé, chaque intonation prend corps : « tu es menace, corbeau, rapace ». On la sent terrorisée, entre l’admiration et la répulsion. Le refrain est très accéléré. Diane va s’asseoir sur une chaise et s’enroule dans un grand châle de tulle rose fushia. Elle s’en protège, comme l’enfant terrifié par le noir. J’aime particulièrement cette chanson, la plus belle du disque, interprétée et vivante sous nos yeux.

 

Assise, Diane entame Psy quoi encore. Elle reste dans le registre de la terreur, terrifiée cette fois par les monstres, les démons qui ne sont pas dans le noir tout autour d’elle, mais en elle. Bien plus effrayants ! « Et je vous entends, psy quoi encore ? Quoi encore ? Démaniacosez, osez, causez-moi ! Dépressionnez, sonnez, sauvez-moi… Je vous entends ! » La voix de la folie se fraye un chemin à travers les « Je vous entends ». Diane se lève et quitte la scène, entraînant derrière elle la longue traîne de sa robe, de son châle rose, et la chaise, posée sur le châle, qui s’enfuit de scène, suivant sa maîtresse, la folie qui déplace les objets, un monde de rêves incroyables… La première partie est terminée.

 

Le piano sert d’entracte. Le son de l’instrument est différent de la première partie. Il ressemble à celui des enregistrements de l’entre-deux-guerres. Le son hésitant des rythmes de musiques de bordels, des tavernes sur les ports, repères de tous les pirates et autres brigands de grand chemin, entre putes, alcools, rires sonores, bagarres et portes de saloon qui grincent. L’univers de Kurt Weill se déploie avec ce solo de piano. Un univers de vulgarité, de sexe rapide, de froufrous, d’ambitions démesurées et d’espoirs déçus, un univers instable où pourtant rien n’évolue, un univers violent, où les femmes sont des objets méprisés, où les marins sont sans vertu, l’univers des marins, de la mort facile, de l’insécurité, un univers plein de pirates, plein de rag time, d’insouciance et d’égoïsme, de bière et de whisky, de barbes non rasées et de cris gouailleurs. Et de musique, qui jamais ne s’arrête, même pendant l’abordage… L’intro se termine.

 

Diane entre sur scène par une la porte de droite, latérale à la scène. Sa robe est retroussée jusqu’en haut des cuisses. Comme on fait son lit on se couche. « Si quelqu’un doit gagner, ce sera moi ; si quelqu’un doit crever, ce sera toi ». Elle porte une veste rouge, à galons dorés et gros boutons. Elle porte de grosses chaussettes dans ses talons, un bas coloré et déchiré autour d’une seule cheville. Ses jambes sont fines et élancées pour une femme de son âge. Elle est belle en tenue de putain, de fille de rien. « Messieurs Dames, voilà ce que ma mère, un beau jour m’avait prédit… Tu finiras à la morgue, à l’asile ou sur l’échafaud… Oui, cause toujours, tout ça, c’est des mots, moi j’vous dis, vous n’aurez pas ma peau… Comment je finirai, je n’en sais rien… et vous n’en savez rien non plus M’sieurs Dames… On n’est pas des chiens ! » Les spectateurs rient… Pendant le refrain, elle mime des coups de reins, avec plaisir, avec lassitude, ses hanches marquent le rythme…

 

« Au rayon des amours à vendre, on m’a mise à 17 ans… » Le piano est plus brillant que sur le disque Kurt Weill, disque si atypique dans la carrière de Diane. Nana’s lied. La voix est parfaitement posée. Diane s’assied sur le bord du piano. Sa jupe remonte le long de ses cuisses, mais le nœud nonchalamment noué vient tomber sur le lieu défendu aux regards. Elle lance ses bras en l’air, l’air excédé de la Dufresne, arpentant la scène et venant flirter avec les premiers rangs.

 

Petite phrase en allemand lancée au pianiste… « On riait en buvant comme des perdus… Et sous l’parquet l’herbe poussait drue… » Bilbao song… Cette chanson n’est pas sur le disque. La musique est assez aride, mais l’interprétation lui donne tout son sens, pleine d’humour, caractéristique des chansons de Kurt Weill. « Fume ton cigare là-haut. » Elle apostrophe les balcons… La chanson se transforme est devient une complainte. Barbara song. « Mon cœur est si silencieux… » Une histoire d’amours déçues, de femme délaissée, abandonnée… « C’est là que j’ai rencontré Johnny… Le bonheur a duré quelques semaines… »

 

« J’étais jeune, 17 ans, une môme… » Surabaya Johnny. La musique passe au second plan. Elle hurle, elle pleure, elle l’insulte : « Ah ce que je te hais Johnny… Quand t’es là que tu ricanes Johnny… Tu retires cette pipe de ta grande gueule, ordure ! » Le pont et le refrain sont l’occasion pour chahuter les paroles, torturer la mélodie. Le dernier couplet est particulièrement réussi, porté par sa voix chaude, elle semble très triste au dernier refrain, refrain musicalement très accéléré. Elle semble ne pas dire Surabaya, mais Surabaye, ce qui fait perdre en sens, pour la colonie indonésienne. « Il t’fallait pas d’amour Johnny, il t’fallait du fric Johnny… » A la fin, elle appelle Johnny et sort de scène, croyant le reconnaître en coulisses.

 

Elle ressort par la porte latérale avec un lave-pont. Elle s’avance dans la salle, jusqu’aux premiers rangs, nettoyant le sol, chantant penchée en avant. La fiancée de pirate. « Me v’là en habits loqueteux au fond de cet hôtel miteux… » Le rire est sonore et l’interprétation comique, jusqu’au bombardement. Les lumières se font rouges ; au fond, sur le mur, un feu de lumières consume le théâtre. Le piano se fait inquiétant lorsque le bateau entre dans la ville… « Et le navire de haut bord, loin de la ville où tout sera mort n’emportera vers la vie… » Le rire de la folie résonne à la fin et Diane part en coulisse.

 

diane21.jpgUne sirène d’ambulance retentit… Le bruit d’un respirateur, qui décroît… Au bout du respirateur, la personne qui se meurt a besoin d’Oxygène. Nous allons assister à la version la plus originale de cette chanson jusqu’à ce jour. L’interprétation n’a plus grand-chose avoir avec celle du disque, vieux de quinze ans. Diane crie le refrain plus qu’elle ne le chante. Le son du respirateur continue tout au long de la chanson, la sirène s’invite au deuxième couplet. « Je respire et j’expire dans un mouvement machinal... » Diane s’assied sur la chaise, mime un essoufflement exagéré. Le public remue, certaines personnes aux premiers rangs sont debout et dansent ; nous tapons dans nos mains. Toujours assise, Diane imite la sirène et meurt sur la chaise.

 

Elle porte un immense châle noir, dont les plis et les volutes de tissu tournoient autour de sa silhouette. « A l’époque où nous vivons, le changement climatique, j’ai de plus en plus besoin d’oxygène… » Le piano fait virevolter les arpèges, dégringolant les octaves. « Peut-être même que dans quelque temps, l’été n’aura qu’un jour. » La voix se fait intense et poignante. « Sous tes yeux purs se cachent des milliers de papillons bleus… papillons… papillons… papillons… » Sorti d’on ne sait où, un discret accompagnement rythmique et guitare vient souligner les complaintes du refrain.

 

« Nous sommes là, sur cette toute petite planète bleue… Ne tuons pas la beauté du monde… » Hymne à la beauté du monde. Cette version est très raccourcie et accélérée. Je commence à ressentir une certaine angoisse. Il ne reste qu’une chanson ! La musique passe très vite. Des spectateurs descendent sur scène pour lui offrir des bouquets de fleurs, beaucoup de roses… Diane les prend tous, émue. Dans le public, entièrement debout, certains lancent des bravos ; l’excitation des spectateurs fait brutalement monter la température dans la petite salle, température qui devient rapidement insupportable. Diane Dufresne entre et sort plusieurs fois, par la porte de gauche cette fois. Le pianiste aussi se lève. Elle l’appelle pour saluer. Diane se laisse rappeler plusieurs fois. Elle se replace au centre de la scène. Elle nous parle de la vieillesse, et le fait qu’elle a 64 ans me revient en mémoire, j’ai eu tendance à l’oublier au regard de sa prestation. Elle nous parle de son bonheur de revenir à Paris chanter pour nous, « Y a pas de frontière dans la musique… » Elle présente l’équipe. Gérard Daguerre souligne chaque nom avec une petite série d’accords. Un baiser à Richard Langevin… « Il est le maître de toutes les couleurs de la musique, Monsieur Gérard Daguerre ! » Dans son euphorie, Diane remue les bras et en oublie de parler dans le micro. La salle est tellement petite que nous l’entendons quand même, sous les applaudissements. « Prenez soin de vous mes amours, je vous aime… » Elle nous explique qu’elle a besoin de nous, que nous sommes interdépendants.

 

« Y en a qui ont le cœur si large qu’on y entre sans frapper… » Les cœurs tendres, de Jacques Brel. Magnifique chanson, au texte riche, sur une mélodie rythmée par des accords plaqués. « Y en a qui ont le cœur trop tendre, moitié homme et moitié ange… » Le refrain est magique, souligné par cette voix magnifique, qui n’a pas faibli sur une seule note en près d’une heure et demie. « A plein de fleurs dans les yeux, les yeux à fleur de peur, de peur de manquer l'heure… qui conduit à… Paris. » Paris… Je suis heureux d’être là. Paris, qui a su rendre ce moment, ce concert, ce spectacle possible.

 

Près d’un quart d’heure de standing ovation et d’acclamations n’y feront rien. Diane entre et sort une dizaine de fois, sous les hourras d’une salle euphorique. Mais, elle ne chantera pas une note de plus. De nombreuses personnes continuent à applaudir, alors même que les lumières se sont rallumées dans la salle, que les rangs se vident et que le personnel nous prie de sortir. Une fois le silence retombé sous la coupole du théâtre, je reste assis plusieurs minutes, incapable de bouger, malgré la chaleur qui me presse vers la sortie. Une fois levé, je tente de prendre quelques photos de la salle, mais il n’y a pas assez de recul. Je tente un œil en coulisses, mais un membre du personnel me retient… Dommage…

 

Après une demi-heure d’attente, Diane sort par une porte latérale à la salle. Elle est rapidement prise d’assaut par les quelques fans restés là pour la voir. Elle signe très vite mon billet, ne s’attarde qu’à un bref regard et une main serrée. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je la regarde s’engouffrer dans son taxi, tout en prêtant mon stylo à un homme désespéré qui n’en a pas. Le feu est au rouge sur le boulevard. Diane nous regarde à travers la vitre, regard à la fois vide et légèrement triste. Elle descend la vitre et continue distribuer les autographes. Une fois mon CD Effusions dédicacé, la quinzaine de personnes présentes regarde le taxi s’enfoncer dans l’ombre des rues parisiennes, entrefilets où ira se perdre une diva pour se reposer en vue de son ultime spectacle, le lendemain. Je suis légèrement déconcerté par la froideur apparente dont Diane a fait preuve envers son public qui l’a attendu sur le trottoir ou dans les couloirs de la salle. Mais, à l’écoute d’une interview quelques jours plus tard, je comprends mieux son absence de « débordements emphatiques d’amour » : elle explique que, pour elle, le spectacle n’est pas encore fini lorsqu’elle sort de scène, qu’il reste vivant encore plusieurs heures après, qu’il n’est pas fini mais plutôt qu’il commence. Je pense à la chanson qu’elle a offerte face à la salle vidée des spectateurs quelques minutes après le spectacle, chanson dédiée aux disparus, à ceux qui n’ont pas pu être là. Je crois aussi que Diane est timide, et elle n’en est que plus touchante.

 

Ce spectacle, qui n’est pas qu’un concert, cette brève rencontre à la sortie, l’émotion de cette superbe voix, la beauté et le talent de Diane Dufresne la tragédienne de la variété québécoise… ce « moment » restera. Je l’ai beaucoup aimée sur disque, sur DVD ; je l’adore sur scène. « Il existe pourtant bien des frontières / Quand de vous à moi, de moi à vous / Ailleurs, n'importe où, entre ciel et terre / Restons étrangers presque au garde-à-vous / Nous sommes entre nous la clé du mystère / Intimement liés à ce rendez-vous / Vous souviendrez-vous de ces quelques heures ? / Qui seront pour moi plus qu'un rendez-vous… »